Mois de la fierté gaie - Les quatre défis de la communauté gaie et lesbienne

Le mois d'août est le mois de la fierté gaie et des festivités organisées par Divers/Cité. Certes, tout au long de l'année, les droits des gais et des lesbiennes ont été au centre de l'actualité avec l'affaire du renvoi au sujet de la proposition de loi concernant certaines conditions de fond du mariage civil. Ce renvoi a été à ce point médiatisé qu'il en est venu à occulter les autres enjeux pour la communauté gaie et lesbienne. Je ne prétends évidemment pas que l'accès au mariage pour les conjoints de même sexe ne soit pas une question fondamentale puisque, de cette accessibilité, dépend une égalité pour les gais et lesbiennes qui soit complète ou partielle, réelle ou fictive.

Cependant, j'aimerais rappeler qu'il y a actuellement quatre autres grands enjeux qui représentent autant de défis et qui constituent autant de points d'ancrage importants au sein de la réalité collective gaie.

1) Réussir les Jeux gais

Comme chacun le sait, Montréal sera l'hôte des premiers «out games mondiaux» en 2006. Cette manifestation de grande envergure sera le plus grand rendez-vous sportif et culturel à Montréal depuis les Jeux olympiques de 1976. Rendez-vous Montréal 2006 accueillera plus de 16 000 participants et 250 000 visiteurs provenant de plus de 100 pays. Le défi est de plusieurs ordres. Il faut d'abord respecter l'équilibre financier soigneusement établi par les organisateurs et s'assurer de la participation de la communauté internationale tant dans son segment nord-américain que dans son segment européen, sans bien sûr exclure les autres continents.

Il faut souligner que Louise Roy, Mark Tewkesbury et Lucie Duguay ont démontré le leadership, l'aplomb et l'échine nécessaires pour poser les germes d'une remise en question de la Fédération internationale des Jeux gais, démarche qui a culminé par la création d'une nouvelle fédération internationale, l'Association internationale sportive pour gais et lesbiennes (GLISA).

2) Construire un complexe gai et lesbien à Montréal

Depuis quelques années, la question des infrastructures pour les différents dispensateurs de services pour les gais et lesbiennes se pose avec une acuité particulière. Il est inconcevable qu'une ville de la taille de Montréal n'ait pas de complexe consacré au service de la communauté gaie et lesbienne digne de ce nom. Un groupe de bénévoles issu de la Fondation Mario-Racine a entrepris de construire un mégacomplexe pour les gais et lesbiennes de Montréal. Ce projet, qui a reçu un financement de 3,6 millions de dollars dans le cadre du programme d'infrastructures fédéral, provincial et municipal, se propose d'accueillir au moins 16 groupes communautaires. La mission de ce complexe s'articulera autour des services d'accueil, d'espaces culturels, d'un centre d'affaires communautaires et d'espaces commerciaux. Dans les prochaines années, les gais et lesbiennes seront sollicités pour soutenir ce projet, évalué à 7,5 millions de dollars, qui deviendra un point de rencontre unique entre les forces économiques, culturelles et communautaires du milieu gai montréalais.

3) Vaincre le sida

Au cours des dernières années, un certain laxisme en matière de lutte contre le sida a gagné la communauté gaie et lesbienne. Cette baisse de la garde n'est pourtant pas fondée puisqu'il y a 4000 nouveaux cas d'infection au VIH/sida par année au Canada: 30 000 personnes vivaient avec le VIH/sida au Canada en 1995, et il y en avait 54 000 en 2002.

Le défi dans la lutte contre le sida revêt plusieurs formes. D'abord le visage du sida a changé. Le Comité permanent de la Santé de la Chambre des communes a étudié, en avril et mai 2003, les composantes de la Stratégie nationale de lutte contre le sida. Le Rapport du Comité a dressé un portrait de la transformation de cette épidémie: «Le Comité s'inquiète d'une tendance troublante vers la transmission hétérosexuelle de la maladie. D'après les témoins, en 2001, les femmes représentaient la moitié des tests positifs de dépistage du VIH parmi les personnes de 15 à 29 ans. Or, les jeunes femmes en âge de procréer retiennent particulièrement l'attention à cause du risque de transmission du virus de la mère à l'enfant. Par ailleurs, la proportion des cas de sida déclarés parmi les noirs et les autochtones a beaucoup progressé à tel point que les autochtones représentent plus du quart de tous les nouveaux cas.» (Rapport du Comité permanent de la santé, Renforcer la Stratégie canadienne sur le VIH/sida, juin 2003, p. 8). Cette citation révèle que les nouveaux cas d'infection ne sont pas nécessairement des personnes d'orientation homosexuelle, mais que celles qui vivent avec le sida depuis plusieurs années ont plus de chance statistiquement d'en être. Toujours est-il qu'homosexuels tout comme hétérosexuels doivent à l'unisson exiger du gouvernement fédéral deux choses:
- Qu'il consacre au moins 100 millions de dollars par année à la Stratégie nationale de lutte contre le sida. Le budget pour l'an prochain ne sera que de 55 millions et il faudra attendre 2008-2009 pour qu'il soit haussé à quelque 84 millions de dollars.
- Quant à la recherche d'un vaccin contre le sida, le Canada a l'un des pires dossiers des pays industrialisés. Pendant que les États-Unis consacraient 400 millions de dollars par année pour ce type de recherche, le Canada y allouait un mince 1,3 million annuellement. Tous s'entendent pour affirmer que dans le cadre de la Stratégie nationale de lutte contre le sida, il faudrait réserver à cette fin au moins cinq millions par année.

4) Soutenir davantage la lutte contre l'homophobie

L'homophobie est encore beaucoup trop présente dans notre société. Les récentes prises de position de l'Église catholique, particulièrement dans le diocèse de Montréal, nous rappellent combien les acquis de la communauté peuvent être fragiles. Le concept même d'homophobie est d'apparition récente. La Fondation Émergence nous indiquait que le mot existe dans le Robert depuis 1997 et dans le Larousse depuis 1998. L'homophobie peut se définir comme une attitude, un sentiment, un malaise ou une aversion envers les personnes homosexuelles ou envers l'homosexualité en général.

On doit à la Fondation Émergence d'avoir institué la Journée nationale de lutte contre l'homophobie pendant laquelle différentes activités de sensibilisation et d'éducation sont menées, dont la remise du Prix de lutte contre l'homophobie, décerné à Janette Bertrand en 2003 et à l'abbé Raymond Gravel en 2004.

La Fondation Émergence dispose de ressources modestes malgré l'excellence de son travail. Souhaitons que dans les prochains mois, le gouvernement fédéral, à l'intérieur de la programmation du ministère du Patrimoine, trouve le moyen de soutenir financièrement la Journée nationale de lutte contre l'homophobie et, qui plus est, que cette heureuse initiative québécoise soit exportée de Terre-Neuve à la Colombie-Britannique.

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