Déséquilibre fiscal et recherche universitaire - La rhétorique de Jocelyn Létourneau

La réplique de Jocelyn Létourneau (Le Devoir, 20 juillet) à mon article du 9 juillet dernier sur le déséquilibre fiscal et la recherche universitaire au Québec est surprenante, déplacée et injuste.

Il s'attarde exclusivement à ce que je dis au sujet des chaires du Canada sans discuter du reste. Il m'attribue ensuite des propos que je n'ai pas tenus au sujet des détenteurs de telles chaires. Ainsi, il laisse entendre que mon article ne vise qu'une chose, la dénonciation des intellectuels qui capituleraient devant l'État canadien en acceptant de telles chaires, alors que mon propos vise, au contraire, à dépasser la dimension individuelle pour dénoncer l'envahissement des compétences québécoises, l'utilisation abusive d'un prétendu «pouvoir de dépenser» et le déséquilibre fiscal.

Dans mon article, j'écris d'ailleurs que «les collègues que je connais et qui ont obtenu de telles chaires se sont tous comportés de façon honorable dans les circonstances». Il y a parmi les détenteurs de chaires du Canada mentionnés par Jocelyn Létourneau plusieurs personnes que je connais, que je respecte et que j'admire, précisément parce que celles-ci ont le courage de ne pas se laisser influencer par l'argent fédéral. J'ajoute seulement ensuite: «[...] mais le programme demeure arrimé à l'entreprise de construction nationale canadienne.» Voilà ce que je dénonce.

Il y a un déséquilibre fiscal qui est criant dans le domaine de la recherche universitaire au Québec, qui n'a pas encore été dénoncé et qui est arrimé au nation building canadien. C'est ce que je me suis appliqué à démontrer, chiffres et textes à l'appui. Mais Létourneau préfère caricaturer mon propos dans l'espoir de me mettre à dos les détenteurs de chaires. Dans mon article, j'écrivais pourtant: «Je ne vois aucun problème dans le fait de détenir une chaire, mais il ne faut pas que le détenteur se sente obligé de se taire.»

Je détiens moi-même des subventions de recherche fédérales, et cela ne m'empêche pas de rompre le silence. On aurait d'ailleurs aimé voir Létourneau en faire autant en élevant enfin la voix contre le nation building canadien, au lieu de s'en prendre encore une fois à un intellectuel nationaliste québécois.

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