Le film «LES ROSE», grand oublié des prix IRIS

«Pour quelles raisons le jury des catégories documentaires aux Prix Iris, composé de
Photo: ONF «Pour quelles raisons le jury des catégories documentaires aux Prix Iris, composé de "7 professionnels nommés par les associations professionnelles de l’industrie", a choisi d’ignorer les qualités cinématographiques évidentes et reconnues de ce film?», questionnent les auteurs.

Le 26 avril dernier avait lieu le dévoilement des nominations aux Prix Iris, grandes récompenses annuelles du cinéma québécois. En regardant attentivement, il semblait y avoir une absence de taille : le film Les Rose.

En effet, le documentaire de Félix Rose, qui raconte l’histoire de sa célèbre famille à travers la crise d’Octobre 1970, ne reçoit absolument aucune nomination dans l’une ou l’autre catégorie documentaire. Sans remettre en question le « rigoureux et indépendant » processus de vote supervisé par Québec Cinéma, et sans rien enlever au travail des artisans de tous les autres documentaires nommés, il semble assez particulier que ce film ait été ignoré à ce point, surtout compte tenu de son rayonnement et de son succès critique et public. Rappelons qu’il a obtenu une nomination pour le meilleur film québécois au Prix de l’Association Québécoise des Critiques de Cinéma (AQCC) et un autre pour le Prix collégial du cinéma québécois (PCCQ). Pour quelles raisons le jury des catégories documentaires aux Prix Iris, composé de « 7 professionnels nommés par les associations professionnelles de l’industrie », a choisi d’ignorer les qualités cinématographiques évidentes et reconnues de ce film? Leur décision a-t-elle pu être motivée par une aversion pour le film politique ou une « peur de diviser » ? Nous ne le saurons jamais étant donné l’opacité et la confidentialité d’un tel processus, mais évidemment, comme une part de subjectivité est à la base du principe d’un jury en art, nous nous montrerons bons joueurs et nous ne remettrons pas en question leur jugement. Contrairement à partout ailleurs sur la planète, rien n’est jamais politique au Québec, on l’aura compris.

Cependant, où il est plus difficile de justifier l’absence du film Les Rose, c’est dans la catégorie Prix du public. Selon le communiqué de Québec Cinéma, le « Prix du public remis à la suite d’un vote du public, pour lequel les finalistes sont les longs métrages ayant enregistré le plus d’entrées en salle durant l’année ». Donc logiquement, le film Les Rose, avec plus de 6 semaines en salle, plus de 200 000 $ au box-office (le plus gros succès en salle de l’histoire des programmes français de l’ONF), ce qui lui conférait le 5e rang des films québécois au box-office pour 2020, aurait dû s’y retrouver d’office. Surtout en considérant que « dans cette saison hors-norme et en soutien à nos créatrices et créateurs et à nos salles de cinéma, Québec Cinéma a décidé de rendre admissibles à l’Iris prix du public 2021 les 16 films sortis dans une salle commerciale au Québec cette année ». Alors, pourquoi le film Les Rose ne s’y retrouve pas?

Lorsqu’on lit attentivement le règlement du Prix du public, il y est mentionné que cela s’applique exclusivement aux long métrages de fiction, excluant donc tout documentaire de cette catégorie. C’est vrai qu’il est plutôt rare de voir un documentaire figurer en tête de liste des succès au box-office, mais pour une fois où l’un d’eux réussi à s’y hisser, il se bute à la rigidité d’un simple règlement, alors que d’autres ont été assouplis en cette année « hors-norme ». Ainsi donc, le « soutien à nos créateurs et créatrices » prôné par Québec Cinéma, ne pourrait pas s’appliquer aussi aux artisans du documentaires dans cette année difficile pour le cinéma en général?

Nous croyons qu’il n’est pas trop tard pour agir chez Québec Cinéma. Montrez votre soutien aux artisans du documentaire en cette année hors-norme, ouvrez la catégorie Prix du public au cinéma documentaire et permettez aux gens qui le désirent de faire valoir leur appréciation pour un genre cinématographique qui fait depuis toujours la fierté du Québec.

Texte appuyé par :

 

-Simon Beaudry, artiste visuel transdisciplinaire

 

-Simon Beaulieu, cinéaste

 

-Vanessa-Tatjana Beerli, présidente de Ciné-Tapis Rouge

 

-Alexandre Belliard, auteur-compositeur-interprète

 

-Santiago Bertolino, cinéaste

 

-Pascal Bérubé, député de Matane-Matapédia, Parti Québécois

 

-Luc Bourdon, cinéaste

 

-Alexandre Chartrand, cinéaste

 

-Catherine Dorion, député de Taschereau, Québec Solidaire

 

-Louis Dussault, distributeur K-Films Amérique

 

-Pascal Gélinas, cinéaste

 

-Nicole Giguère, cinéaste

 

-Benjamin Hogue, distributeur Les Films du 3 mars

 

-David Jalbert, auteur-compositeur-interprète

 

-Hugo Latulippe, cinéaste

 

-Alexandre Leduc, député Hochelaga-Maisonneuve, Québec Solidaire

 

-Jean-François Lemieux, musicien, réalisateur et compositeur

 

-Danny Lennon, directeur de Prends ça court

 

-Manon Leriche, recherchiste et coréalisatrice du film Le Steak

 

-Biz, Loco Locass

 

-Jean-Philippe Nadeau Marcoux, cinéaste

 

-Bernadette Payeur, productrice ACPAV

 

-Frédérick Pelletier, cinéaste et programmateur

 

-Sébastien Ricard, comédien

 

-Samuel St-Pierre, cinéaste

 

-Benjamin Tessier, cinéaste

 

-Denis Trudel, député de Longueuil-St-Hubert, Bloc Québécois

 

-Guillaume Wagner, humoriste

4 commentaires
  • Jean-Guy Aubé - Abonné 30 avril 2021 09 h 15

    auto-censure et auto-flagellation contre notre histoire nationale

    Voila que l'IRIS donne un bon exemple d'un organisme colonisé qui veut vcacher sous le tapis un excellent film qui présente une partie importante de notre histoire nationale qui ne va pas dans le sens officielle que les bien-pensants veulent nous l'imposer.

    Ils sont trop nombreux ces organismes qui jouent les éteignoirs de notre concience nationale. Il faudrait faire comme on avait fait pour Raymond Lévesque lorsque celui-ci avait refusé un prix du gouvernement fédéral et faire une collecte nationale pour donner à ce film le prix équivalent qu'il aurait reçu s'il avait étémis en nommination.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 30 avril 2021 09 h 36

    Sans titre

    Aux signataires, j'ajoute mon nom (à défaut de pouvoir ´j'aimer' le texte)

  • Gilles Théberge - Abonné 30 avril 2021 10 h 23

    J'ajouterais bien mon nom à cette liste.

    Pour avoir vécu cette époque, dans la ferveur de ma jeune trentaine, je me souviens des patriotes des années 70, avec la douleur des espoirs déçus.

    Et je constate avec une certaine tristesse, que peu de souvenirs, persistent de cette période de vie, féconde à plusieurs égards...

  • Bernard Dupuis - Abonné 30 avril 2021 11 h 42

    Un film qui fait réfléchir

    Ce film m’avait laissé songeur. Pour moi, il possédait des qualités heuristiques certaines. Par exemple, il suscitait le questionnement suivant.

    Que serait-il arrivé sans les événements d’octobre 1970 et les frères Rose? Beaucoup de choses ont changé au Québec et au Canada après ces événements. Même Elliot Trudeau changera de ton à l’égard du Québec. Il atténuera pour quelque temps son arrogance et respectera davantage la langue française. De plus, la peur engendrée chez les canadiennistes a permis un plus grand respect pour les Québécois et l’autonomie de l’État du Québec.

    Par contre, certains diront que la mort de Pierre Laporte a fait un grand tort à la cause de la souveraineté par la suite. La peur de la violence a surement détourné certains Québécois de la quête de l’indépendance.

    Finalement, l’histoire réelle nous laisse un sentiment mi-figue mi-raisin. Le Québec n’est pas encore complètement assimilé. Toutefois, la langue française connaît en ce moment de grands dangers à cause d’une triste anglomanie. C’est encore le sentiment de survivance qui nous permet d’espérer qu’une prochaine génération redonnera sa fierté au Québec.

    C’est pourquoi ce film aurait mérité plus de considération de la part de l’IRIS et des critiques de cinéma de La Presse.

    Bernard Dupuis, 30/04/2021