L’histoire du Québec en option

«Malgré ce que l’on peut entendre ou croire, le fameux cours d’histoire de quatrième secondaire, qui terrorise des générations d’élèves, n’est plus nécessaire à la graduation dans le système scolaire québécois», souligne l'auteur.
Photo: iStock «Malgré ce que l’on peut entendre ou croire, le fameux cours d’histoire de quatrième secondaire, qui terrorise des générations d’élèves, n’est plus nécessaire à la graduation dans le système scolaire québécois», souligne l'auteur.

Il est toujours intéressant d’entendre et de lire les débats au sujet des connaissances que doivent avoir les élèves du Québec au sujet de l’histoire nationale. La laïcité, la place du français et le modèle québécois sont tous des éléments étroitement liés à l’évolution de la nation québécoise au sein du Canada. Je crois qu’il est nécessaire d’avoir une connaissance (bonne ? riche ? suffisante ?) de l’histoire afin de comprendre les tenants et aboutissants de ces faits. Instinctivement, vous vous dites que l’enseignement de l’histoire du Québec et du Canada est obligatoire à l’école secondaire québécoise et, qu’en principe, il n’y a pas de problème. Cependant, je vous apprends qu’il ne l’est pas.

Malgré ce que l’on peut entendre ou croire, le fameux cours d’histoire de quatrième secondaire, qui terrorise des générations d’élèves, n’est plus nécessaire à la graduation dans le système scolaire québécois.

Comme vous le savez fort probablement, cette matière est, toujours en principe, obligatoire au secondaire. Elle est toujours inscrite à l’horaire des élèves et la préparation à l’examen final se fait avec sérieux et rigueur. En revanche, sa réussite ne l’est pas, car une voie de contournement existe à l’éducation des adultes. Il est possible de réussir d’autres cours du domaine de l’univers social, comme Éducation financière ou Monde contemporain, afin de réunir les crédits nécessaires pour décrocher son diplôme. L’important n’est donc pas de réussir en histoire, mais de réussir en univers social. Notons qu’un élève qui ne réussit aucun cours d’histoire au secondaire, mais obtient la note de passage dans le cours Monde contemporain obtient un succès automatique lors de son inscription à l’éducation des adultes. Vive la réussite pour tous !

Certains me diront que, au moins, le collégial exige la réussite du cours d’histoire pour s’y inscrire. De ce que j’en sais, ces établissements ne vérifient pas les détails. Encore, d’autres me diront que, bien que le ministère de l’Éducation n’exige pas la réussite du cours d’histoire, il encourage les centres pour adultes à le rendre obligatoire. Outre le fait qu’il s’agit d’un délestage évident, ce point mérite que l’on s’y attarde.

Le fonctionnement d’un centre pour adultes est assez simple : les entrées et sorties se font continuellement et les élèves choisissent les cours dont ils ont besoin pour obtenir leur diplôme. Logiquement, ils choisissent donc le parcours le plus rapide et le plus simple. Toutefois, le cheminement du cours d’histoire est surtout très long : quatre cours séparés entre la troisième et quatrième année du secondaire.

Pour l’obtention des crédits, les cours de troisième secondaire, qui couvrent la période de l’Amérique précolombienne jusqu’à l’Acte d’Union, comptent seulement dans la banque des cours « optionnels » à l’éducation des adultes. En revanche, ils sont obligatoires pour suivre les deux autres. Ce parcours n’est souvent pas optimal pour les élèves. Ils se dirigent, avec raison, vers d’autres cours de la même valeur qui n’imposent pas ces cours « optionnels ».

Ce fait est important, car les centres pour adultes sont soumis aux contraintes d’affluence pour être rentables. Ils proposent un menu de cours à la carte et sur demande pour satisfaire les élèves. En conséquence, un cours ne sera pas offert s’il est impopulaire ou le sera en petites lettres.

Terreau fertile d’idées creuses

Le cumul de ces éléments me fait conclure que l’enseignement de l’histoire passe lentement à la trappe dans l’indifférence.

Dans mon parcours d’enseignant à l’éducation des adultes, j’ai pu voir que certains de mes élèves ignoraient complètement les savoirs de base pour comprendre le Québec. Par exemple, certains ne savent pas où le Québec se situe sur une carte, ne savent pas que le Québec était une colonie française ou ne sont pas sûrs du nombre de guerres mondiales (et encore moins des détails). Ce vide offre un terrain fertile à plusieurs colporteurs d’idées creuses, imprécises et aux théories conspirationnistes. Nous pouvons penser aux adeptes de QAnon québécois qui confondent le Québec avec un État américain, ceux qui pensent que l’existence du Québec au sein du Canada a toujours été harmonieuse et ceux qui croient que l’histoire du Québec colonial était aussi violente que celle des colonies anglaises ou espagnoles. Pourtant, le cours pourrait même être une plateforme intéressante pour initier les nouveaux arrivants à la culture locale à travers l’histoire, mais ce n’est évidemment pas rentable.

Certains, comme moi, sont choqués de la place négligeable de la place du cours d’histoire dans le système scolaire, mais plusieurs autres ne font que hausser les épaules en disant : « Et alors ? »

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