Climat, pouvoir public et populisme

«Depuis Kyoto, le Canada est toujours en tête de liste pour les prix fossile», déplore l'auteur.

 
Photo: Getty Images «Depuis Kyoto, le Canada est toujours en tête de liste pour les prix fossile», déplore l'auteur.

 

Donald Trump a été amplement critiqué pour ses exagérations et son penchant pour le mensonge. En examinant les dernières annonces sur la lutte contre les changements climatiques, on peut se demander si finalement Trump et ses fake news n’étaient pas qu’une des facettes de la propension des politiciens, tous partis confondus, à préconiser l’enflure plutôt que la rigueur.

Le dernier Sommet sur le climat organisé par Joe Biden en est l’illustration la plus évidente. Joe Biden a ouvert le bal en proposant une baisse de 50 % des émissions d’ici 2030 par rapport à 2005, deux fois plus que ce que Barack Obama avait proposé lors de la COP21. Justin Trudeau s’est empressé de se placer juste derrière avec une cible entre 40 et 45 %. En gros, il reste huit ans pour tout faire, sortez vos chandelles. Dans les seize dernières années, le bilan des émissions pour ces deux pays est resté à peu près stable.

Les caricaturistes s’en sont délectés. Sans surprise, le commun des mortels a rapidement compris que les grands de ce monde se sont inventé un jeu : surenchérir, amplifier la dernière cible, raccourcir l’horizon d’action, mais sans mécanisme de compte rendu.

Le rôle du pouvoir central

Il ne faut pas tout mettre dans le même panier de l’exagération. L’analyse des tendances des émissions par pays depuis 1990 montre très clairement que les cibles nord-américaines sont ridicules et imaginaires. Depuis Kyoto, le Canada est toujours en tête de liste pour les prix fossile.

Par contre, les cibles de la COP21 proposées par la plupart des pays européens sont crédibles parce qu’en gros ces pays ont respecté leurs engagements passés, dont ceux de Kyoto. Ils y ont cru dès le départ en investissant massivement en R et D, pour le développement de l’éolien par exemple. La réglementation a fortement été utilisée pour forcer les consommateurs à choisir la meilleure technologie et augmenter l’efficacité énergétique dans les bâtiments. La guerre contre le charbon existe depuis longtemps. Récemment, ces pays se sont engagés à interdire le moteur à combustion dans les villes d’ici 2040 au plus tard. L’électrification des transports n’est pas qu’un slogan, ça a commencé par le train il y a fort longtemps. L’étalement urbain a également été jugulé grâce à des lois puissantes.

En Chine aussi, c’est du sérieux. Comme le pouvoir est central, la volonté politique n’a pas à se plier aux critiques. Ça va vite partout. Les chiffres sont clairs. Vers 2030, la Chine entrera dans une ère de maturité qui l’amènera à faire des gains de productivité considérables. Ses dirigeants croient au transport électrique et feront tout pour réduire la pollution dans les villes.

Qu’est-ce que nos chefs politiques de l’Amérique du Nord n’ont pas compris ? Première leçon, en se basant sur le parcours des Européens, la réglementation est le premier outil efficace pour faire des réformes majeures. Dans les années 1970, le Québec l’avait également compris, notamment en changeant les codes de construction pour les bâtiments. La réglementation permet toujours à la Californie d’étendre son influence partout en Amérique du Nord, au grand dam de Donald Trump.

Au lieu de ça, Justin Trudeau continue de proposer une lubie d’économistes, la taxe sur le carbone. C’est une mesure bien secondaire par rapport à la panoplie d’actions possibles. Par ailleurs, il faut bien voir qu’en Occident, le gouvernement central n’est qu’un des acteurs décisionnels pour lutter contre les changements climatiques. Au Canada, par exemple, les provinces ont plus de pouvoir sur les ressources et la réglementation en général. Comme l’électeur vivra de plus en plus en ville, les municipalités ont un pouvoir de proximité immense. Il faut s’en servir et l’appuyer.

L’exagération ne sert personne. Le combat contre les changements climatiques est une affaire d’État qui concerne un grand nombre d’acteurs. La dépolitisation, la rigueur et l’humilité, comme on a fait preuve en partie avec la pandémie de la COVID-19, seraient certainement des facteurs plus pertinents à considérer.

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