Un nouveau cours d’histoire pour faire honneur aux Grecs

«Par sa superficialité, sa redondance par rapport au programme du secondaire, le quasi-silence sur deux siècles d’histoire récente et l’impossibilité de faire ressortir l’originalité de la civilisation occidentale ou de situer sa propre nation dans l’histoire mondiale, le cours actuel assèche et trahit l’héritage des Anciens», estiment les auteurs.
Photo: Rich Legg Getty Images «Par sa superficialité, sa redondance par rapport au programme du secondaire, le quasi-silence sur deux siècles d’histoire récente et l’impossibilité de faire ressortir l’originalité de la civilisation occidentale ou de situer sa propre nation dans l’histoire mondiale, le cours actuel assèche et trahit l’héritage des Anciens», estiment les auteurs.

Les critiques récentes envers le nouveau cours d’histoire du programme collégial Sciences humaines s’expliquent visiblement par une méconnaissance des contraintes propres au collégial, mais également, de la part de certains collègues enseignants, par une omission délibérée des lacunes majeures du cours actuel.

La plupart des intervenants ont pris position comme si le débat portait sur la hiérarchisation des savoirs en général, et font donc reposer injustement sur un seul cours d’histoire le poids de la transmission de la culture générale en exigeant d’y approfondir des connaissances pourtant transmises ailleurs (philosophie, littérature, arts, sciences, etc.). Dans certains cas, les « arguments » se limitent à des procès d’intention à l’endroit des partisans du changement : reniement des racines, haine de l’Occident, méconnaissance des leçons de l’Antiquité, présentéisme, vision utilitariste ou aveuglement idéologique sous l’influence d’un vague « wokisme », nommez-les ! Ces accusations ne font toutefois jamais l’objet d’une quelconque démonstration et relèvent donc une désolante malhonnêteté intellectuelle.

Si une majorité de professeurs d’histoire au collégial (dont des amoureux d’histoire ancienne et médiévale) s’est prononcée, lors des consultations ministérielles, contre le maintien du cours actuel centré sur « les caractéristiques essentielles de la civilisation occidentale » (février 2019) et pour le nouveau cours d’histoire mondiale depuis le XVe siècle (mars-mai 2020), c’est parce que ce nouveau cours représente un progrès substantiel sur les plans intellectuel et pédagogique. Surtout, ce cours sera plus apte à transmettre durablement à nos jeunes les valeurs humanistes, l’esprit critique, la rigueur, les méthodes d’analyse, bref, à transmettre l’héritage intellectuel hérité de l’Antiquité gréco-romaine dans ce qu’il a de meilleur et d’essentiel.

Le cours actuel est une copie conforme en accéléré du cours d’histoire de première secondaire, où la civilisation occidentale est déjà bien enseignée, et rien ne justifie un tel dédoublement. Aucun parent n’accepterait que son enfant suive au cégep le même cours de mathématiques qu’il a reçu à l’âge de 12 ans sous prétexte que le théorème de Pythagore est essentiel. Nous croyons comme Quintilien que l’enseignement supérieur doit offrir une progression intellectuelle.

Le cours actuel, limité à 45 périodes (15-20 heures de cours magistraux), impose un traitement superficiel de plusieurs millénaires d’histoire qui est contraire à l’esprit même des Anciens. Le nouveau cours exigera d’aborder certains fondements historiques (mais pas tous), permettant ainsi un approfondissement et un apprentissage durable des connaissances.

Choix coûteux

Le prix à payer actuellement pour traiter à tout prix l’Antiquité et le Moyen Âge est de sacrifier l’histoire des 200 dernières années, éliminant ainsi de larges pans de l’histoire pourtant essentiels à la culture générale, comme le développement de l’État-nation, les avancées scientifiques de la civilisation occidentale ou des événements comme l’Holocauste. Le nouveau cours permettra de montrer à nos étudiants que la rationalité grecque est utile pour étudier l’histoire de toutes les époques, y compris les plus récentes, à l’image d’un Thucydide qui aborda des événements survenus de son vivant dans sa Guerre du Péloponnèse.

Le programme actuel ne traite d’aucune autre civilisation que l’Occident. Or, à défaut de comparer la civilisation occidentale à d’autres civilisations, il est logiquement impossible d’en faire ressortir son originalité ! Nombre de commentateurs rappellent que l’esclavage ou le colonialisme sont aussi le propre d’autres civilisations, tout en refusant mordicus que ces autres civilisations soient inscrites au programme ! Le nouveau cours permettra de montrer à nos étudiants à suivre les pas d’Hérodote, lequel n’aurait jamais pu rédiger ses enquêtes s’il n’avait quitté sa Grèce natale pour voyager et s’intéresser aux autres civilisations. Et cela, tout en cultivant nos racines, car le nouveau cours oblige à situer le Québec dans l’histoire mondiale, contrairement au cours actuel : une bonne nouvelle dont peu de nationalistes se sont réjouis.

Mais qu’auraient donc préféré les Grecs eux-mêmes ? Que l’on sacrifie tous les avantages du nouveau cours pour entretenir à tout prix la fiction d’un cours permettant de « transmettre l’héritage classique » en deux ou trois heures ? À choisir entre « parler des Grecs » de façon expéditive ou « enseigner à penser comme les Grecs », nous privilégions la seconde voie.

Par sa superficialité, sa redondance par rapport au programme du secondaire, le quasi-silence sur deux siècles d’histoire récente et l’impossibilité de faire ressortir l’originalité de la civilisation occidentale ou de situer sa propre nation dans l’histoire mondiale, le cours actuel assèche et trahit l’héritage des Anciens. Vivement le nouveau cours afin de pouvoir (enfin) nous en montrer les dignes héritiers !


*Les auteurs sont les porte-parole d’un collectif de signataires d’une récente lettre ouverte à la ministre de l’Enseignement supérieur intitulée « Formation collégiale : oui au nouveau cours d’histoire pour renforcer la culture générale », réunissant à ce jour 63 professeurs et professeures d’histoire du collégial. Le point de vue exprimé ici n’engage que ses auteurs.

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4 commentaires
  • Jean Lacoursière - Abonné 24 avril 2021 09 h 22

    Oooh ! Quelle comparaison archi-boiteuse !

    Les auteurs écrivent :

    « Le cours actuel est une copie conforme en accéléré du cours d’histoire de première secondaire, où la civilisation occidentale est déjà bien enseignée, et rien ne justifie un tel dédoublement. Aucun parent n’accepterait que son enfant suive au cégep le même cours de mathématiques qu’il a reçu à l’âge de 12 ans sous prétexte que le théorème de Pythagore est essentiel. Nous croyons comme Quintilien que l’enseignement supérieur doit offrir une progression intellectuelle. »

    À ce compte-là, l'historien chercheur universitaire spécialiste de l'Antiquité ne progresse pas intellectuellement, étant malheureusement resté au niveau de première secondaire !

    • David Milot - Abonné 24 avril 2021 13 h 01

      Le professeur universitaire spécialiste de l'Antiquité va enseigner un cours complet de 13 semaines sur l'Antiquité. Et l'étudiant aura même le loisir de choisir un autre cours de 13 semaines sur la Grèce antique ou Rome, par exemple. Tandis qu'au cégep, il faut voir en 45 heures l'Antiquité, le Moyen Âge, les Temps modernes et l'Époque contemporaine. Au secondaire et au primaire, ça se fait sur deux ans. Ce pourquoi la majorité des profs d'histoire au cégep ne veulent plus du cours actuel qui porte sur l'ensemble de l'histoire de la civilisation occidentale. Ceci dit, dans la nouveau cours, l'Occident occupera tout de même une grande place, depuis le XVe siècle.

    • Jean Lacoursière - Abonné 24 avril 2021 18 h 55

      Monsieur Milot,

      On ne parle pas de la même chose.

      Les auteurs de la lettre utilisent l'argument de la répétition pour discréditer l'étude de l'Antiquité au cégep, en faisant une analogie suprêmement boiteuse avec le théorème de Pythagore, comme s'il était utile d'étudier ce dernier à 13 ans PUIS à 17 ans.

      Votre commentaire, en donnant des exemples universitaires où l'Antiquité est creusée à souhait, supporte l'idée que garder l'Antiquité de l'Occident dans le cours d'histoire du cégep n'est pas farfelu.

  • Cyril Dionne - Abonné 24 avril 2021 15 h 05

    À gauche toute

    Premièrement, si on a décidé d’appeler le secondaire au Québec un cours collégial, bien bon leur fasse. Il s’agit de cours au niveau du secondaire en Ontario.

    Deuxièmement, si vous enlevez l’apport de la civilisation grecque antique, nous en serions encore au Moyen-Âge.

    Troisièmement, si on ne nomme pas ce qu’on va enseigner, c’est peut être qu’on a quelque chose à cacher.

    Enfin, ce serait bien de parler de l’État-nation, des avancées scientifiques occidentaux et des événements historiques factuels comme l’Holocauste. Mais ce sont les non-dits qui sont tonitruants dans cette affaire. Il est à parier que dans l’esprit « wokien » de cette lettre, on va vouloir parler des savoirs autochtones et des autres cultures en les juxtaposant comme s'ils avaient atteint l’apogée scientifique occidentale. Il est à parier aussi qu’on voudra aussi faire le procès de l’Occident à la lumière de l’esclavage, du colonialisme, de l’impérialisme contemporain, du nationalisme, des mouvements migratoires (immigration illégale) et plus proche nous, les territoires non cédés et ainsi soit-il. On sera très muet sur le communisme russe et chinois et des génocides qu’ils ont engendré.

    Dites-moi si je me trompe? Je l’espère en tout cas.