Le mouvement syndical du Québec n’oublie pas la crise climatique

«La planète mérite mieux. Les travailleuses et les travailleurs du Québec méritent mieux. Le Québec mérite mieux», soulignent les auteurs.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «La planète mérite mieux. Les travailleuses et les travailleurs du Québec méritent mieux. Le Québec mérite mieux», soulignent les auteurs.

À l’occasion du Jour de la Terre, le mouvement syndical québécois lance le Réseau intersyndical pour le climat, qui a pour objectif d’unir nos efforts vers une transition énergétique juste pour les Québécoises et les Québécois. La crise sanitaire dans laquelle nous sommes plongés depuis plus d’un an ne doit pas nous faire perdre de vue l’urgence climatique. Toutes deux sont d’ailleurs liées. Sans surprise, les mêmes phénomènes causent les changements climatiques et augmentent les risques de pandémie. Des scientifiques mandatés par l’ONU en pleine pandémie mondiale nous avertissent d’ailleurs que des crises sanitaires encore plus graves sont à prévoir si la dégradation de la nature se poursuit. Alors que la crise de la COVID-19 devrait avoir une durée limitée, les dérèglements climatiques, eux, vont se poursuivre longtemps encore et risquent de s’aggraver : il n’y aura pas de vaccin contre la crise climatique… Le remède est connu, il faudra toutefois l’appliquer avec autant d’énergie et de diligence que la lutte contre la pandémie pour atténuer les effets de la catastrophe annoncée.

Pour contrer la menace des changements climatiques à l’échelle mondiale, des transitions vers des économies sobres en carbone doivent s’opérer. Au Québec, nous avons la chance d’être dans une position particulièrement choyée pour réussir rapidement une telle transition énergétique.

Au-delà du secteur de l’énergie, la crise climatique entraînera des transformations majeures dans l’ensemble de l’économie et dans le monde du travail. Faisons alors en sorte que la transition soit juste pour les travailleuses et travailleurs de même que pour la santé des écosystèmes.

Partout, nos organisations syndicales veilleront à ce que les transformations dans les milieux de travail n’entraînent pas de précarisation, mais bien une amélioration des conditions de vie des travailleuses et des travailleurs, ainsi que de leurs communautés. Nous visons une transition juste.

Dans les secteurs où il y a aujourd’hui la plus haute intensité d’émissions de gaz à effet de serre, il faut permettre aux travailleuses et aux travailleurs de participer avec d’autres acteurs de leur communauté à la recherche et à la mise en place de solutions locales concrètes ; la transition deviendra alors préventive et non seulement réactive. Nos modèles de travail seront à repenser pour ouvrir des perspectives de diversification économique pour nos régions. Il faudra évidemment prévoir des programmes de formation pour la requalification des travailleuses et des travailleurs qui verront leur emploi se transformer. Les travailleuses et les travailleurs ne doivent pas être laissés à eux-mêmes en raison de nos choix collectifs de transition. Il en va de notre responsabilité commune.

Pour rendre l’économie du Québec viable au regard du défi climatique, il faudra de plus favoriser les emplois d’utilité sociale et environnementale, dont les emplois du secteur public. Non seulement ils ont en général une empreinte carbone faible, mais ils ont aussi pour effet de renforcer l’accessibilité et la qualité des services publics permettant ainsi de rendre le Québec plus résilient quant aux crises, tout en favorisant une transition juste. Nous refusons en ce sens toute politique d’austérité et de privatisation des services publics. Pour soutenir une transition énergétique juste, nous revendiquons une politique fiscale plus progressiste qui redistribue mieux les richesses et qui finance adéquatement les services publics en privilégiant des initiatives porteuses pour relever le défi climatique.

Finalement, qu’importe le secteur d’emploi, les travailleuses et les travailleurs devront être informés des transformations nécessaires à la transition et prendre part activement aux décisions quant à ces changements. Du petit comité dans le milieu de travail jusqu’à celui à l’échelle québécoise et au-delà, les syndicats auront un rôle clé à jouer dans la transition.

C’est pourquoi nous avons décidé de former une alliance pour unir nos efforts en ce sens : le Réseau intersyndical pour le climat. Forts de cette alliance, nous allons partager nos expériences et déployer des initiatives conjointes pour favoriser une transition écologique juste pour le Québec. Nous souhaitons vivement que l’après-crise sanitaire soit l’occasion de refonder notre économie sur des bases plus justes et plus viables. La portée du plan de relance devrait être fondée sur cet objectif.

La planète mérite mieux. Les travailleuses et les travailleurs du Québec méritent mieux. Le Québec mérite mieux.

* Signataires :

 

Andrée Poirier, présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS)

 

Luc Vachon, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD)

 

Sonia Ethier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ)

 

Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN)

 

Dominique Daigneault, présidente du Conseil central du Montréal métropolitain — CSN (CCMM-CSN)

 

Marc-Édouard Joubert, président du Conseil régional FTQ Montréal métropolitain (CRFTQMM)

 

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE)

 

Daniel Boyer, président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)

 

Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ)

 

Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ)

 

Line Lamarre, présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ)

4 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 22 avril 2021 08 h 13

    Eh! Le Québec est seulement responsable de 0,175% de tous les gaz à effet de serre de la planète

    J’ai lu cette missive et cela m’a donné l’impression de lire le discours d’une certaine candidate dans un concours de beauté qui aimerait que tout le monde soit beau, gentil et riche. Pardieu, où sont les politiques tangibles pour la lutte au climat? Il faudrait aussi mentionner que les travailleurs les mieux traités et rémunérés et dont la plupart sont syndiqués, travaillent dans les industries les plus polluantes du Québec.

    Attention, il n’y aucune preuve scientifique qui relie la crise sanitaire à celle climatique à part de l’angle mort de la surpopulation de la planète. Aucune. Si ce n’était pas de l’apport démographique dans l’équation climatique, personne ne parlerait de ceux-ci aujourd’hui. Pour faire court, si la population était demeurée à un milliard au lieu des huit milliards que nous connaissons aujourd’hui, les demains seraient ensoleillés. Ce sont les humains, surtout leur nombre, qui détruisent les écosystèmes marins et terrestres ainsi que la biodiversité qui en découle.

    Au Québec, la transition énergétique a déjà eu lieu avec l’hydroélectricité en abondance. On ne peut pas dire de même pour 99% de la population mondiale qui n’a pas été privilégiée par des cours d’eau en abondance pour utiliser la gravité naturelle de l’eau. Les États-désUnis s’apprêtent à dépenser plus de 1 000 milliards pour les énergies vertes. L’Allemagne avait dépensé plus de 800 milliards il y a quelques années de cela pour rencontrer ses cibles qu’elle s’était fixée durant l’Accord de Paris et le tout a été un échec. Aujourd’hui, ils ont rouvert des centrales au charbon pour palier au manque d’énergie tout en payant 30 à 35 cents du kWh.

    Enfin, qu’est-ce que les emplois d’ordre public ont à faire avec les changements climatiques? Ces derniers ne créent aucune richesse pour justement payer pour une transition énergétique qui n’aura pas lieu à moins de limiter le nombre d’humains sur la planète et que tous pratiquent la simplicité volontaire.

  • Pierre Rousseau - Abonné 22 avril 2021 08 h 47

    Tartufferie ?

    Les syndicats peuvent bien se gargariser de bons mots sur le climat mais il ne faut pas oublier qu'ils sont là surtout pour protéger les emplois de leurs membres. C'est d'ailleurs pourquoi nous avons un ministre des forestières et non pas des forêts car il privilégie les emplois face à la destruction de nos forêts par les forestières - il veut surtout protéger les emplois. C'est la même chose quand il y a des caribous dont l'espèce est en danger et où le Premier ministre dit à haute voix qu'on ne sacrifiera pas d'emplois pour des caribous.

    Autre exemple: en Colombie-Britannique le NPD, le parti des syndicats, est au pouvoir depuis environ 3 ans et malgré les belles promesses de protéger les forêts anciennes, la destruction de ces forêts est encore plus intense sous leur administration et même si 95% des forêts anciennes ont été détruites sur l'île de Vancouver, le NPD persiste à les laisser détruire pour sauver des emplois... Ce n'est pas tout car on voit la même chose pour le gazoduc Coastal GazLink qui pose un danger important pour le climat mais que le NPD persiste à construire malgér l'opposition des Wet'suwet'en et malgré le fait que les camps de travailleurs posent un danger significatif pour ces derniers et pour la population locale en temps de pandémie à cause de la promiscuité. Il y a encore plus, le NPD, je le rappelle le parti des syndicats, s'enlise de plus en plus dans la construction du projet pharaonique de barrage du Site C au coût maintenant estimé à 16 milliards $!

    Pour les syndicats, le nerf de la guerre ce sont les emplois et dans ce sens ils sont du côté de l'industrie et des forestières. Il ne faut surtout pas oublier cela quand on pense aux changements climatiques.

    • Jacques Patenaude - Abonné 22 avril 2021 11 h 36

      M.Rouseau
      Les exemples que vous donner sont exact mais la tartufferie n'est peut-être pas où vous pensez.
      Effectivement les syndicats ont pour rôle de protéger les emplois de leurs membres mais il n'est pas inscrit dans leur gênes qu'ils doivent protéger les emplois qui doivent disparaître. On peut le réaliser par la reconversion industrielle.
      "Il faudra évidemment prévoir des programmes de formation pour la requalification des travailleuses et des travailleurs qui verront leur emploi se transformer." comme le dit le texte des syndicats. C'est là-dessus qu'il faut tabler. Dans les années '90 on y a réfléchit au Québec. Le modèle étudié était celui des pays scandinaves qui a été éprouvé là-bas. Un important colloque a été tenu à ce sujet en '89 regroupant le patronat, les syndicats, le milieu communautaire et des représentants de l'État portant sur ce sujet. Le modèle qu'on avait étudié on l'appel aujourd'hui la flexsécurité.
      Dans la foulée du travail initié par Robert Dean lorsqu'il était ministre du Parti Québécois et suite à l'étude publiée par Lise Poulin- Simon et Diane Bellemare « Le défi du plein emploi » on pouvait voir qu'il est possible de protéger à la fois les emplois et faire une reconversion industrielle lorsque qu'on ne laissent pas « les travailleuses et les travailleurs à eux-mêmes en raison de nos choix collectifs de transition". Il faut le prendre comme une responsabilité commune par une concertation sociale suivant le modèle scandinave. Le gouvernement Parizeau s'était largement inspiré de cette vision dans son programme politique. Dommage qu'on ai oublié cette période de notre histoire récente. Il faut dire que 20 ans de gouvernement libéraux et Caquiste a largement contribué à effacer ce qui avait été initié à ce moment et que ni QS ni le PQ ne s'y intéressent aujourd'hui. On peut faire mieux que les actions cosmétiques qu'on retrouve au Canada. Une base de réflexion avait déjà été entamée au Québec sur ce point.

  • Jean Langevin - Abonné 22 avril 2021 20 h 28

    Reconversion industrielle

    Ce texte du milieu syndical me rappelle bien d'autres textes antérieurs lus dans la section opinion. mais jusqu'à maintenant personne m'a éclairé sur les questions suivantes. Quels sont les emplois qui doivent disparaître? Pouvez-vous me donner des exemples de noms d'usines qui doivent disparaître. Maintenant les industries de remplacement, pouvez-vous me nommer des compagnies qui seront les solutions de rechange?
    Comme le disait plus haut M, Dionne, Les emplois les mieux payés sont en grande majorité dans des compagnies classées comme étant
    "polluantes". Ça serait interessant pour les travailleurs de ces usines de savoir vers quoi ils vont migrer. Vont-ils conserver un salaire au même niveau ou des coupures pouvant aller de l'ordre de 30 à 50%? Ces industries ont souvent beaucoup d'employés. En ce qui a trait à la nouvelle mouture industrielle, pourra-t-elle absorber ces travailleurs? Je crois que ça serait bien d'avoir des exemple concrets qui pourraient mieux situer les travailleurs sur ce nouvel échiquier. Merci, j'attends qu'on me donne un portrait plus clair que ce texte syndical flou.