Le Plan Biden, un rendez-vous stratégique pour le Québec

L’énergie renouvelable du Québec (hydroélectrique) ne dépend pas de sources intermittentes (comme le solaire photovoltaïque et l’éolien), écrivent les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’énergie renouvelable du Québec (hydroélectrique) ne dépend pas de sources intermittentes (comme le solaire photovoltaïque et l’éolien), écrivent les auteurs.

Le gouvernement américain vient de présenter les grandes lignes du plan d’infrastructure qu’il va bientôt soumettre au Congrès. Ce plan ambitionne de transformer la base énergétique des États-Unis, notamment en investissant quelque 100 milliards de dollars américains dans la reconfiguration du réseau électrique.

Pour le Québec et pour Hydro-Québec, c’est une orientation qui aura des conséquences majeures. Les réseaux électriques nord-américains étant étroitement interconnectés, les choix américains vont nécessiter leur recalibrage et leur renforcement.

Même en excluant les défis que pourrait représenter à terme ce plan américain pour les exportations québécoises d’électricité, il est utile de se pencher sur l’occasion qui s’offre à Hydro-Québec et à toute la grappe de nos industries de l’électricité. Tant en matière d’infrastructure de transport et de distribution que de gestion des réseaux, le Québec a beaucoup à offrir. Les leçons tirées des chocs qu’a subis le réseau québécois à la suite de la tempête solaire de 1989 et, surtout, de la crise du verglas de 1998 s’avèrent aujourd’hui un atout pour la politique d’électrification, laquelle constitue une condition nécessaire à toute transition énergétique. Les investissements que les États-Unis devront consacrer à leurs infrastructures électriques peuvent donner des ailes à une stratégie d’exportation de l’expertise d’Hydro-Québec et de ses partenaires. La valeur de cette expertise peut en effet générer des occasions d’affaires qui vont au-delà des bénéfices escomptés dans le cadre d’une simple exportation d’électricité en vrac.

Imposer le Québec

Le délabrement et la vétusté des réseaux, qui ont provoqué des crises en Californie, à Porto Rico et au Texas vont obliger l’administration et les sociétés d’utilité publique américaines d’adopter des stratégies d’investissements à grande échelle pour rétablir la fiabilité et la sécurité de ces réseaux, mais aussi pour les adapter aux exigences d’une transition énergétique fondée sur les énergies renouvelables. À cet égard, tant Hydro-Québec que ses partenaires peuvent trouver là d’extraordinaires occasions d’affaires dans des créneaux dont le potentiel va au-delà des États-Unis.

Autrement dit, si le Québec envisage de s’imposer comme une énorme batterie verte pour le nord-est du continent, il a avantage à déployer des stratégies qui vont bénéficier d’une transition énergétique mondiale basée sur les énergies renouvelables. Le défi ne se limite pas à la vente de mégawatts d’électricité à nos voisins, il doit viser à faire du Québec un leader dans la conception, la planification, la construction et la gestion de réseaux électriques de nouvelle génération pouvant servir de véhicules intelligents pour les énergies renouvelables.

Or, malgré l’expertise que la société d’État a développée depuis plus d’un demi-siècle, Hydro-Québec ne devra pas être laissée à elle-même en ces matières. D’une part, il lui faudra composer avec les politiques commerciales protectionnistes des États-Unis, tantôt mises en place dans le contexte du Patriot Act, tantôt intégrées dans le plan d’infrastructure proposé dernièrement par la Maison-Blanche.

Stocker l’énergie

D’autre part, le gouvernement du Québec doit renforcer, par ses politiques économiques et ses stratégies commerciales, les choix de la société d’État en matière d’électrification. Aux États-Unis comme ailleurs, le choix des énergies renouvelables pose une question cruciale : celle du stockage. À cet égard, le Québec constitue une exception, puisque son énergie renouvelable (hydroélectrique) ne dépend pas d’abord de sources intermittentes (comme le solaire photovoltaïque et l’éolien). Dans l’ensemble, le passage à des réseaux qui doivent apparier en temps réel une offre intermittente d’énergie avec une demande qui fluctue en fonction des besoins des consommateurs suppose l’incorporation de capacités intrinsèques de stockage et une intelligence de gestion.

Plusieurs filières technologiques vont se déployer pour réduire ces écarts au rythme de la transition énergétique. Comme le montrait un récent rapport produit par le MIT, la transition des États de la Nouvelle-Angleterre vers des sources renouvelables intermittentes va faire en sorte que les échanges d’énergie avec le Québec vont se fonder de moins en moins sur l’achat d’électricité en vrac, et de plus en plus sur le recours aux capacités inhérentes de stockage que permet à l’heure actuelle le réseau des réservoirs d’Hydro-Québec.

Le contexte continental va faire de cette capacité de stockage une pièce maîtresse de la géopolitique de l’énergie. C’est d’ailleurs déjà le cas de la Norvège en Europe, dont les réservoirs hydroélectriques servent de tampon au caractère intermittent des énergies renouvelables de ses voisins (le Danemark et l’Allemagne, en particulier). Le Québec peut agir de même, en mettant à profit son réseau actuel de réservoirs.

Une telle approche va également avoir des conséquences sur les politiques énergétiques québécoises. Le complexe des réservoirs d’Hydro-Québec ne peut jouer un rôle adéquat de stockage à l’échelle continentale que s’il n’est pas exploité au maximum de capacité pour répondre à notre seule demande domestique. Or, en excluant d’emblée la possibilité d’aménager de nouveaux réservoirs, il faudra miser sur l’efficacité énergétique d’une manière plus ambitieuse que ce qui a prévalu jusqu’à maintenant.

Bref, le Québec peut profiter du plan d’infrastructure américain à deux fins complémentaires. D’un côté, il y a là une occasion d’exporter notre savoir-faire et de faire rayonner notre expertise en matière de réseau électrique. De l’autre, cette stratégie peut servir à développer chez nous un réseau électrique de nouvelle génération qui appuiera directement notre propre transition énergétique et nous permettra d’adapter nos échanges d’énergie avec nos voisins.

 

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