La Convention d’Istanbul, un traité mis à mal mais essentiel

«La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite Convention d’Istanbul, est aujourd’hui plus que jamais d’actualité», pense l'autrice.<br />
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En photo, manifestation contre le retrait de la Turquie de la Convention d'Istanbul, le 27 mars dernier à Istambul.
Photo: Emrah Gurel Associated press «La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite Convention d’Istanbul, est aujourd’hui plus que jamais d’actualité», pense l'autrice.

En photo, manifestation contre le retrait de la Turquie de la Convention d'Istanbul, le 27 mars dernier à Istambul.

Il y a dix ans, en avril 2011, entrait en vigueur le premier traité européen en matière de violence faite aux femmes. La Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite Convention d’Istanbul, est aujourd’hui plus que jamais d’actualité. Alors que la Turquie s’en est récemment retirée et que d’autres États l’envisagent, il est essentiel de revenir sur son importance.

Une garantie majeure

La Convention d’Istanbul est le premier traité supranational à offrir un cadre juridique contraignant au sujet des violences de genre. Auparavant, aucun texte général ne réglementait cette question à l’échelle européenne.

La Convention impose ainsi aux gouvernements de légiférer pour réprimer les violences faites aux femmes et toutes sortes d’infractions comme le viol conjugal, la mutilation génitale féminine et la stérilisation forcée. Elle définit les notions de violence domestique, de violence sexiste ou encore de genre.

La Convention d’Istanbul promeut l’égalité et interdit les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle. Elle apporte aussi soutien et conseil aux gouvernements nationaux. C’est un instrument fondamental dans une Europe où l’on compte plus de 3000 féminicides par an. Plus de 3000 femmes tuées chaque année par un membre de leur entourage.

Voilà maintenant dix ans que le traité est en vigueur et pourtant, un débat sur son contenu nourrit de vives tensions dans certains pays européens.

Turquie et Pologne

Le 20 mars dernier, par un décret du président Erdoğan, la Turquie s’est retirée de la Convention d’Istanbul. Pour quels motifs ?

Selon les pouvoirs publics turcs, poussés par des mouvements religieux conservateurs, le traité nuirait à l’unité familiale, favoriserait le divorce et encouragerait même l’homosexualité.

Autant de raisons irrecevables mais malheureusement peu surprenantes venant d’un gouvernement qui défend ouvertement une société patriarcale et conservatrice.

Le discours est le même du côté de la Pologne. Le gouvernement conservateur nationaliste de Morawiecki affiche depuis des mois son intention de quitter la Convention d’Istanbul. Le 30 mars 2021, un projet de loi a ainsi été transmis pour examen au parlement polonais et pourrait très probablement conduire là aussi au retrait de la Pologne du traité.

Les critiques affichées à l’encontre de la Convention sont généralement les mêmes et se fondent sur une conception patriarcale de la société, dangereuse pour de nombreuses femmes dans ces pays. Si la Convention d’Istanbul fait autant polémique, c’est aussi parce qu’elle introduit une définition du genre en tant que construction socioculturelle et ça ne plaît pas à tout le monde.

Pour beaucoup de groupes religieux et politiques conservateurs, il est inconcevable d’accepter une telle définition en opposition à la vision purement biologique du sexe.

Des vies sauvées

Aujourd’hui, le retrait de la Turquie du traité et les réticences d’autres pays européens face à ce texte sont inacceptables. Le raisonnement rétrograde de ces gouvernements ne peut être toléré et il représente une menace directe pour les femmes et la communauté LGBT.

Même si l’efficacité concrète du traité peut parfois être discutée, son symbole seul suffit à offrir une garantie pour de nombreuses femmes. La Convention d’Istanbul ne peut être balayée aussi facilement alors même que les violences domestiques et les féminicides sont en augmentation en Europe. Plus que jamais, il faut affirmer que la Convention d’Istanbul sauve des vies.