Le curieux appui de Reporters sans frontières à CHOI-FM

Jeudi dernier, la station CHOI-FM a obtenu un appui aussi inattendu que surprenant pour quiconque connaît un tant soit peu le contenu oral de cette station et les opinions de certains animateurs et co-animateurs. L'organisme Reporters sans frontières (RSF) s'est dit préoccupé par la décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes de ne pas renouveler la licence de cette station, affirmant voir là un cas sans précédent d'atteinte à la liberté d'expression au Québec. L'organisme a aussi soutenu que le geste de l'organisme fédéral est excessif et s'apparente à un acte de censure.

Décidément, RSF, ne possédant pas de bureau à Québec, a échappé certains propos élémentaires tenus à cette station ces dernières années. Rappelons certains de ces propos. Lors des premières semaines et des premiers mois de l'intervention étatsunienne en Irak et des abus des forces militaires envers les journalistes qui tentaient de couvrir les événements (fouilles abusives, muselage de la presse par différentes méthodes d'intimidation, impossibilité pour ces mêmes journalistes d'aller constater les dégâts causés par les bombardements, tirs de l'armée étatsunienne sur l'hôtel Palestine qui ont causé la mort) — abus condamnés régulièrement par RSF —, certains animateurs de cette radio n'ont jamais condamné ces abus. Pire, ils ont mentionné que les journalistes n'avaient tout simplement pas à être à ces endroits, qu'ils nuisaient au travail de l'armée et qu'ils devaient comprendre les risques du métier.

Ces animateurs et co-animateurs, tout au long de l'occupation en Irak, n'ont cessé de faire l'apologie du travail de l'armée occupante et encourageait l'auditoire à suivre cette guerre sur les ondes de FOX News et de CNN, les deux chaînes de télé en continu qui s'autocensuraient elles-mêmes pour plaire au gouvernement Bush.

Est-ce que RSF était au fait des appuis inconditionnels de certains de ces animateurs (en l'occurrence, J. F. Fillion et Denis Gravel) aux soldats étatsuniens qui violaient la liberté d'expression des journalistes en Irak? Est-ce que RSF, qui s'appuie sur l'argument de la censure pour soutenir CHOI-FM, était au fait des choix des animateurs en faveur de chaînes de télévision qui s'autocensuraient elles-mêmes lors de leurs bulletins de nouvelles, chaînes qui, pour plusieurs analystes des médias, n'ont rien à voir avec ce que doit être une véritable couverture des événements?

Est-ce que RSF était au fait que la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, après la décision défavorable à CHOI-FM, a affirmé qu'en aucun cas elle ne va cautionner l'utilisation que cette radio fait des ondes, car elle est à l'opposé des valeurs et des normes journalistiques? Est-ce que RSF sait que l'Association des radiodiffuseurs canadiens n'a même pas jugé bon d'accorder son appui à cette station, ce qui s'avère un encombrant caillou dans le soulier du propriétaire de cette radio?

Et je m'abstiens ici de vous relater les nombreux cas où certains animateurs de cette station ont cassé du sucre, par l'insulte et le mépris, sur le dos de la majorité des journalistes oeuvrant au Québec, parce qu'ils ne pensaient tout simplement pas comme eux.

Oui, RSF est libre de prendre position sur les dossiers qu'il veut bien, mais pourrait-on savoir s'il a adopté de nouveaux standards en matière de liberté d'expression? Ou finalement s'il est prêt à marchander un peu de visibilité en appuyant une forme de liberté d'expression qui sert de piédestal à la liberté commerciale d'une entreprise de radio reposant essentiellement sur la diffusion de propos choquants, dénigrants, méprisants et souvent obscènes?

Est-ce que RSF a pris position en connaissance de cause? Si oui, je me dois dorénavant de me questionner sur les paradoxes qui l'habitent et sur le sérieux de l'organisation.

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