À Beauharnois, un ancien moulin historique détruit par un incendie

«Le drame, c’est que cette vieille usine désaffectée était autrefois un moulin à farine où les patriotes de Beauharnois ont été emprisonnés après l’insurrection ratée de 1838», écrit l'auteur.
Photo: Gilles Douaire Creative Commons «Le drame, c’est que cette vieille usine désaffectée était autrefois un moulin à farine où les patriotes de Beauharnois ont été emprisonnés après l’insurrection ratée de 1838», écrit l'auteur.

Dimanche de Pâques 2021 : une ancienne usine désaffectée est la proie des flammes. Un fait divers comme un autre, me direz-vous ? Le drame, c’est que cette vieille usine désaffectée était autrefois un moulin à farine où les patriotes de Beauharnois ont été emprisonnés après l’insurrection ratée de 1838.

C’est la seconde fois en deux jours que les pompiers de Beauharnois interviennent à cet endroit qui n’est pas alimenté en électricité depuis des années. Il ne fait nul doute que le sinistre est d’origine criminelle.

« Hier, ils ont essayé de mettre le feu dans l’ancienne cheminée de l’usine avec des pneus. On n’a pas trouvé de coupable, mais c’est vraiment intentionnel, au même titre que le bâtiment d’aujourd’hui. C’est un bâtiment désaffecté, pas d’électricité, pas d’eau, rien », a indiqué le directeur du Service d’incendie de Beauharnois au journal local.

Au fil des années, plusieurs bâtiments de cet ensemble industriel ont été la proie des flammes.

Patriotes à Beauharnois

Dans la nuit du 3 au 4 novembre 1838, des patriotes font prisonnier le seigneur Beauharnois, Edward Ellice, pour ensuite s’emparer du vapeur Henry Brougham. Des passagers du navire, de même que la jeune épouse du seigneur, Jane Ellice, sont aussi faits prisonniers et enfermés au presbytère. Des renforts sont censés arriver de Châteauguay, mais les patriotes de ce village décident plutôt de désarmer les Indiens de Caughnawaga (Kahnanake). Mais ils tombent dans une embuscade et plus d’une soixantaine d’entre eux sont faits prisonniers.

Gouverneur du Bas-Canada, sir John Colborne proclame la loi martiale.

Pendant qu’il s’occupe des patriotes de Montréal, Colborne fait appel aux Glengarry Highlanders et aux Stormont Highlanders, des soldats écossais stationnés dans le Haut-Canada, pour libérer Beauharnois.

En tout, 1200 soldats s’apprêtent à fondre sur Beauharnois.

Du côté des patriotes, ils ne sont que 300 environ.

Sous-équipés, les patriotes de Beauharnois sont rapidement capturés et emprisonnés dans le moulin à farine pratiquement neuf — il a été construit en 1837 — du seigneur Ellice.

Violente répression

La répression des loyalistes ne se fait pas attendre. À l’approche de l’hiver, des maisons sont pillées et incendiées pendant que les occupants, souvent des femmes et des enfants, s’enfuient dans les bois avec pour seules possessions les vêtements qu’ils portent.

Bilan : 40 maisons, 43 bâtiments et quatre granges brûlés, et 350 familles pillées.

Plusieurs civils perdent la vie et des viols sont perpétrés.

Plusieurs prisonniers sont enfermés dans le moulin à farine pratiquement neuf du seigneur Ellice. Le régime est simple : du pain sec et de l’eau. Et oubliez le chauffage.

Le 24 novembre, le curé Michel Quintal obtient des Britanniques qu’ils installent un poêle à bois dans le moulin. Les conditions s’améliorent un peu…

Aux alentours du 1er décembre, les derniers prisonniers du moulin sont transférés à la prison de Montréal.

Pendant plusieurs années, l’historien local Yvon Julien, décédé en 2013, a animé de très intéressants tours guidés de sa ville et faisait un passage obligé devant l’ancien moulin. Il rêvait du jour où un musée sur l’histoire de Beauharnois s’installerait à cet endroit.

Mais tout a disparu en ce beau dimanche de Pâques 2021.

Alors, toujours un fait divers comme un autre, l’incendie du vieux moulin à farine de Beauharnois ?

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