Lettres: Le piège des spéculations arithmétiques

Dans sa lettre du 13 juillet dernier (L'Incohérence électorale), Daniel Gomez, sociologue à l'UQAM, fait preuve de myopie. L'État canadien est sous la gouverne, historiquement, des libéraux ou des conservateurs, par alternance. Cet état de fait provient entre autres de la division également historique du mouvement ouvrier canadien et québécois et des forces progressistes.

Le principal problème, au-delà des considérations simplistes et arithmétiques, est que, même avec une victoire écrasante du Bloc québécois, le Parti libéral demeure au pouvoir. L'élection d'un plus grand nombre de députés du BQ n'y aurait strictement rien changé. Voilà la question fondamentale qui nous interpelle: bâtir une solution de rechange politique progressiste dans l'État canadien, qui défendra nos valeurs sociales, comme le maintien et l'amélioration des services publics, qui fera échec au courant de privatisation alimenté par la mondialisation et la libre circulation des capitaux, tel qu'on peut le subir avec les accords commerciaux internationaux comme l'ALENA et la future ZLEA.

À ce chapitre, le BQ et le PQ possèdent un héritage plutôt douteux. Le BQ soutenait l'ALENA et la ZLEA dans sa plate-forme, et Bernard Landry, faut-il le rappeler, a été un des grands promoteurs de l'ALENA.

La privatisation des services publics n'est pas une menace à prendre à la légère. Le gouvernement albertain a déjà légiféré afin de permettre l'ouverture d'hôpitaux privés, allant contre le principe d'universalité de la loi canadienne, et le gouvernement libéral n'a pas réagi. À cet égard, le BQ a également fait fausse route. En revendiquant simplement un plus grand pouvoir des provinces sur la question de la santé, il s'est mis non seulement au même niveau que les autres, mais il a encouragé une décentralisation, animée chez plusieurs par la volonté d'ouvrir la porte de notre service de santé à la privatisation. Si cette réalité en venait à prendre de l'ampleur au Canada anglais, nul doute que nous aurions du mal à y résister seuls au Québec.

L'unité des forces progressistes est plus que jamais à l'ordre du jour. En attendant l'accession du Québec à la souveraineté, si nous ne modifions pas notre façon d'agir au plan fédéral, nous sommes condamnés à être gouvernés par le Parti libéral ou le Parti conservateur. Même s'il est actuellement minoritaire, le Parti libéral sortira un jour du scandale des commandites et il risque de se renforcer. Notre principal problème en politique est trop souvent notre vision à court terme. À long terme, nous répétons l'histoire et nous risquons d'additionner les reculs.

Finalement, en ce qui me concerne, les votes obtenus sont surtout des votes que j'ai arrachés au député libéral Pierre Pettigrew, des gens qui autrement auraient voté libéral. En termes de calcul, je crois que si j'avais pu gagner un peu plus de votes, cela aurait favorisé l'élection de la candidate bloquiste. Mon opinion en vaut une autre, mais cela démontre à tout le moins qu'il est très hasardeux de se lancer dans des grandes conclusions politiques à partir de la simple spéculation arithmétique, au risque de passer à côté des véritables enjeux politiques.

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