L’avenir du français et le faible taux de natalité

«Le taux de natalité, soit le nombre de naissances par rapport à la population totale, était en 2020 de 9,5, soit le plus bas jamais observé», note l'auteur.
Photo: Linda Raymond Getty Images «Le taux de natalité, soit le nombre de naissances par rapport à la population totale, était en 2020 de 9,5, soit le plus bas jamais observé», note l'auteur.

La peur de disparaître qu’éprouvent bien des Québécois s’alimente à la minorisation des francophones sur l’île de Montréal, à l’embonpoint des cégeps et universités anglophones, à la diminution de l’usage du français comme langue d’accueil, à l’unilinguisme anglais dans trop d’entreprises, à l’« américanisation » culturelle des jeunes. Et quoi encore ?

Et si la menace principale n’était pas plutôt le faible taux de natalité et de fécondité des Québécois. On fait moins d’enfants chaque année et on accueille autant d’immigrants. Forcément, à terme, la proportion des premiers ne peut que diminuer. Surtout sur l’île de Montréal, où s’installent largement les immigrants alors que les natifs d’ici partent vers les banlieues.

Pour renouveler les générations, chaque couple doit avoir deux enfants. Il en faut même plutôt trois, puisque plusieurs n’en ont pas, sans compter les célibataires. Or, en 2019, l’indice synthétique de fécondité s’établissait à 1,58 enfant par femme, en baisse depuis 2010. Le taux de natalité, soit le nombre de naissances par rapport à la population totale, était en 2020 de 9,5, soit le plus bas jamais observé. Un « décrochage » s’est produit en 1959, quand il était encore de 28,8, puis un deuxième a eu lieu en 1966, alors qu’il s’établissait à 19,5.

La population a augmenté parce que les baby-boomers étaient nombreux, mais leurs propres enfants font moins d’enfants. Si bien que les plus de 50 ans, qui ne sont plus en âge de procréer, seront bientôt majoritaires.

Les causes de ces « décrochages » sont multiples et complémentaires. Et parmi elles, l’efficacité des moyens de contraception (la « pilule ») est certainement un facteur explicatif majeur. Des facteurs de nature socioculturelle expliquent aussi ces revirements spectaculaires, entre autres la lutte pour la reconnaissance du droit à l’égalité des femmes, notamment en matière d’éducation (la « polyvalente » date de 1966) et de l’accès au marché du travail.

Filet social

On ne reviendra pas en arrière. Les acquis sont les acquis. Il faut donc, pour modifier le cours des choses, rendre possible la croissance démographique du Québec et cesser de compter uniquement sur l’immigration. Bref, les Québécois et les Québécoises doivent avoir plus d’enfants et les moyens d’en avoir.

Certains vont s’indigner : Proulx veut faire des femmes le « ventre de la nation » ! Je récuse d’avance cette accusation. D’abord, parce qu’avoir des enfants et les éduquer relèvent de la responsabilité conjointe d’une femme et d’un homme. Ensuite, et surtout, parce qu’il faut se convaincre que la natalité est une responsabilité collective qui passe aussi par les moyens sociaux qui relèvent de nos choix démocratiques. Les deux sont indissociables.

Il est incompréhensible, sinon scandaleux, que le réseau public de centres de la petite enfance ne soit pas encore achevé : 42 000 enfants sont toujours en attente d’une place. De plus, l’accès à un logement familial est laissé au libre marché et à la surenchère alors qu’il s’agit d’un besoin essentiel. Enfin, la lutte contre la pauvreté n’est pas gagnée. Elle passe par le soutien économique des plus démunis et la lutte contre ce qui engendre la pauvreté, notamment une école à deux vitesses qui favorise les plus favorisés.

Cela dit, la mise en œuvre d’une vigoureuse politique de natalité doit aller de pair avec d’autres mesures facilitant l’atteinte des objectifs proclamés dans le préambule de la Charte de la langue française. Cela passe d’urgence par la francisation des entreprises comptant entre 20 et 50 employés. On a suffisamment tergiversé à cet égard. Elle passe en même temps par l’intégration linguistique des immigrants en milieu de travail et donc par l’apprentissage du français.

Heureusement, l’école publique obligatoire, malgré ses lacunes, remplit ses obligations : au terme de la scolarité, elle assure que ses diplômés peuvent écrire et parler en français. Et donc, selon les termes du préambule de la loi 101, elle constitue l’assise principale pour que le français soit « la langue normale et habituelle du travail, de l’enseignement, des communications, du commerce et des affaires ».

Cela étant, faut-il restreindre l’accès au cégep aux seuls jeunes déjà admissibles à l’enseignement en anglais au primaire et au secondaire ? Il n’est pas facile de répondre à cette question. Car la liberté est aussi une valeur au fondement de notre démocratie libérale. La restreindre exige une justification qui reste à venir ou qui emporte l’adhésion.

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