Pour une université de langue française à Sudbury

«L’idée d’une université de langue française est portée par la communauté franco-ontarienne depuis les années 1960», écrivent les auteurs.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse «L’idée d’une université de langue française est portée par la communauté franco-ontarienne depuis les années 1960», écrivent les auteurs.

Dans une résolution adoptée à l’unanimité le 19 mars dernier, le Regroupement des professeur.e.s francophones de l’Université laurentienne a exigé de l’Université laurentienne l’autonomie institutionnelle pour l’ensemble des programmes de langue française. Confrontés à la restructuration qui ébranle les fondements de leur institution, ces professeurs demandent pour ces programmes la création d’une structure de gouvernance autonome relevant d’un conseil des gouverneurs distinct reflétant la diversité de la communauté francophone du nord de l’Ontario. Ils veulent la gouvernance par, pour et avec les francophones.

Par cette lettre, nous tenons à signifier notre appui sans équivoque à cet appel lancé par nos collègues du Regroupement des professeur.e.s francophones de l’Université Laurentienne. Nous estimons à leur suite que le temps est venu de créer une véritable université de langue française pour répondre aux besoins de ceux et celles qui veulent poursuivre des études postsecondaires en français dans le moyen-nord de la province. La crise financière aiguë que traverse actuellement l’Université laurentienne rend plus urgente que jamais la nécessité d’innover en créant une université de langue française.

Lutte pour l’autonomie

L’idée d’une université de langue française est portée par la communauté franco-ontarienne depuis les années 1960. Jusqu’à la création, en 2017, de l’Université de l’Ontario français, située à Toronto, la communauté franco-ontarienne n’avait que des institutions postsecondaires bilingues à l’exception de l’Université de Hearst. Jusque dans les années 1960, la communauté avait dû se contenter d’écoles primaires et secondaires dites « bilingues », de collèges communautaires bilingues et de conseils scolaires bilingues où le français était souvent secondarisé par rapport à l’anglais. Sur ces trois fronts, elle a toutefois gagné de chaude lutte l’autonomie comme mode de fonctionnement des établissements scolaires. Depuis les cinquante dernières années, les Franco-Ontariens fréquentent des écoles primaires et secondaires ainsi que des établissements collégiaux de langue française.

Le temps est venu de poursuivre ce qui a été amorcé avec la création de l’Université de l’Ontario français. Nous savons que la communauté franco-ontarienne exige des établissements postsecondaires de langue française et qu’elle se bat pour en assurer l’existence, comme elle l’a démontré en 2018 à la suite de la décision du gouvernement de Doug Ford de mettre la hache dans le projet de l’Université de l’Ontario français. Avec l’appui du Québec et de plusieurs autres communautés francophones à travers le pays, les francophones et les francophiles de Toronto, mais aussi d’Ottawa, de Windsor, de Sudbury, de Hearst et d’ailleurs en Ontario ont démontré leur volonté d’avoir des institutions postsecondaires pleinement françaises. Ils ont forcé le gouvernement Ford à revoir sa décision et à financer la création d’une université francophone à Toronto. Il est temps de faire de même pour Sudbury et la région du Moyen-Nord.

Le 12 mars dernier, le recteur de l’Université de Sudbury, John Meehan, partageait le souhait que son établissement devienne pleinement francophone et non confessionnel. L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario et le conseil des régents de l’Université de Sudbury appuient fermement ce projet. Depuis la mi-mars, la Coalition nord-ontarienne pour une université francophone, qui regroupe plusieurs acteurs communautaires œuvrant dans la région, travaille, elle aussi, à la fondation d’une université de langue française à Sudbury. Toutes ces démarches ont ceci en commun qu’elles visent à fournir aux Franco-Ontariens du Nouvel-Ontario le moyen d’accéder à la connaissance dans leur langue de manière autonome. Nous réitérons sans réserve notre appui à ce projet indispensable.

* Cette lettre est cosignée par 350 professeurs d’université du Québec et du Canada. 

2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 1 avril 2021 08 h 39

    On récolte ce que l’on sème

    Oui, comme Franco-Ontarien de 3e génération, je supporte avec enthousiasme toute institution qui fait la promotion de la langue et culture française hors Québec. Les anglophones du Québec ont bien trois universités subventionnées à même les contribuables.

    Bon, ceci dit, où sont les étudiants francophones en Ontario? Si l’Université Laurentienne éprouve des problèmes économiques présentement, c’est que plusieurs soi-disant francophones optent pour des universités anglophones. Leur logique est implacable; être formé en français pour ensuite essayer de se dénicher des postes dans une conjoncture complètement anglophone où tous savent qu’ils n’émettront plus jamais un mot en français dans leur vie professionnelle, eh bien, ceci dépasse l’entendement. Ils ne sont pas et plus intéressés. Ce qu’on occulte aussi, c’est le fait des étudiants étrangers qui garnissent les coffres de l’université. Or, aujourd’hui et dans les années à venir, ils seront de moins en moins nombreux, pandémie oblige.

    On vante les mérites de l’Université de l’Ontario français située à Toronto comme si c’était un succès. Cette dernière n’a pas pu attirer plus de 50 étudiants dont plusieurs sont des immigrants récemment arrivés et d’autres sont tout simplement des étudiants internationaux. Encore une fois, où sont les étudiants franco-ontariens? On pourrait continuer avec l’Université d’Ottawa qui compte aujourd’hui 30% de sa clientèle francophone et dont plus de 75% de celle-ci, sont des Québécois. Encore une fois, où sont les étudiants franco-ontariens?

    Je me rappelle lors des référendums québécois où les instances francophones hors Québec avaient combattu les nationalistes québécois bec et ongles officieusement. On crachait littéralement sur les indépendantistes qui combattaient pour eux. Aujourd’hui, ils récoltent tout simplement ce qu’ils ont semé. Alors, pourquoi créer des emplois fictifs pour des professeurs universitaires alors que la demande ou le besoin n’est plus au rendez-vous?

  • Raynald Goudreau - Abonné 1 avril 2021 09 h 53

    Quand même ...

    Toutes ces revendications sont un dû découlant de la constitution de 1867 .Et ,il a fallu les réclamer chèrement au fil de 154 ans , à date et, ce n est pas terminé. Ça parle tout seul . Qu est-ce-que ce Pays ...On a d allié que nous-même .