Lettres : Les idées reçues

Croire qu'un gouvernement majoritaire dure plus longtemps que les gouvernements minoritaires tient de l'ignorance de l'histoire récente. Élu en 1997, Chrétien est pourtant retourné en élections en 2000. Élu avec d'écrasantes majorités en 1970 et 1973, Bourassa, défait en 1976, est donc allé en élections générales tous les trois ans au cours de son premier passage au pouvoir.

Affirmer qu'élire le Bloc québécois est un accident de l'histoire, c'est ignorer que l'accident dure depuis 1994. Croire que les citoyens ont tort d'élire un parti condamné à l'opposition perpétuelle, c'est manifester du mépris à l'endroit des électeurs qui ont le droit de s'exprimer dans une élection. Prétendre que ne pas élire de représentants du bon bord punit les citoyens qui paient pourtant des taxes et des impôts, peu importe le parti qui forme le gouvernement, c'est se faire les porte-parole d'un parti pris infantile. Pourquoi les citoyens que nous sommes n'auraient pas le droit de dire ce qu'ils pensent dans une élection? Nous sommes en démocratie ou non? La publicité du directeur général des élections ne lançait-elle pas le message que c'était le temps pour les citoyens de se faire entendre, puisqu'il y avait des gens à l'écoute de ce qu'ils avaient à dire?

Quand le premier ministre élu justifie sa défaite au Québec en disant que son parti a mal expliqué ses politiques aux Québécois, il persiste dans la suffisance et l'arrogance. Ce serait donc lui qui marcherait seul au pas?

Il pourrait bien arriver que les Québécois n'aient pas voté du bon bord parce qu'ils avaient des choses à dire mais personne pour les écouter. Si vraiment M. Martin se dit prêt à écouter ce que les Québécois veulent lui dire, hier, ils le lui ont dit haut et fort. Ils ne veulent plus de loi sur la clarté référendaire, de propagande payée aux petits amis du régime à même leurs impôts, de dépassement de coûts exorbitants sur le contrôle des armes à feu, d'argent détourné de la caisse de l'assurance-emploi, de déséquilibre fiscal, de déficit zéro qui rend exsangues leurs services de santé...

Les Québécois veulent qu'on les considère non plus comme une minorité ou les habitants d'une région, mais comme une nation. Est-ce clair?

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