Distinguer la récupération du recyclage dans les déchets électroniques

«La plupart des déchets électroniques sont acheminés vers les marchés internationaux afin d’être recyclés là où une filière économique permet la rentabilité», remarque l'autrice.
Photo: Charly Triballeau Agence France-Presse «La plupart des déchets électroniques sont acheminés vers les marchés internationaux afin d’être recyclés là où une filière économique permet la rentabilité», remarque l'autrice.

Les « cellulaires et ordinateurs portables sont très peu récupérés au Québec », rapporte un article publié dans Le Devoir en vue de la troisième édition de la « Journée mondiale du recyclage ». Le Québec n’est toutefois pas unique, note l’article. On estime que moins de 20 % des déchets électroniques produits à l’échelle mondiale sont recyclés. Qu’advient-il donc des 80 % manquant ? Deux précisions s’imposent.

D’une part, on doit distinguer la récupération du recyclage. Récupérer signifie seulement que l’on recueille les appareils. Ceux-ci peuvent être par la suite réutilisés ou encore recyclés. Au Québec, comme dans la plupart des pays occidentaux, nos efforts se limitent souvent à la récupération. C’est-à-dire qu’on recueille les appareils dont les particuliers ne veulent plus, qu’ils soient en état de fonctionner ou non. Ceux-ci sont ensuite triés et parfois soumis à un démantèlement rudimentaire avant d’être vendus pour leurs matériaux.

D’autre part, les données disponibles à l’échelle mondiale représentent la portion de déchets qui est recyclée dans le secteur formel, et donc comptabilisée. La réalité est que, même s’ils sont recueillis au Canada, la plupart des déchets électroniques n’y sont pas recyclés. Bien que selon l’association pour le recyclage des produits électroniques du Québec (ARPE) ces produits soient, à la suite de leur collecte et de leur démantèlement sommaire, vendus principalement au Canada et aux États-Unis, ces produits finissent souvent par prendre la route des marchés internationaux. De plus, nos voisins du Sud n’ont pas signé la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination permettant ainsi un transfert de ces déchets vers les pays du Sud global.

Ces matériaux sont donc acheminés vers les marchés internationaux afin d’être recyclés là où une filière économique permet la rentabilité. Dans bien des cas, cette rentabilité résulte de régulations plus permissives à la fois au niveau des normes environnementales qu’au niveau des normes du travail. Qui plus est, après leur démantèlement, tous les déchets électroniques cessent d’être des appareils électroniques et redeviennent des matières primaires comme le cuivre ou le plastique. Dans un monde globalisé, ces matières circulent librement sur les marchés internationaux pour se diriger là où elles ont un potentiel économique. L’architecture mondiale de la gestion du recyclage donc est entièrement déterminée par la logique économique.

Problème de fond

L’article publié dans les pages du Devoir déplore également le manque de données quant au taux de récupération des déchets électroniques au Québec et le manque de transparence des acteurs impliqués. Il est vrai que l’on ne sait pas exactement combien de déchets électroniques sont produits et récupérés au Québec. Mais ce dont on est certain, c’est qu’on en produit beaucoup et que ceux-ci ne sont majoritairement pas recyclés au Québec (à l’exception de la portion dirigée vers la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda).

La problématique des déchets électroniques est aussi vieille que la démocratisation de l’ordinateur personnel. Même si des données de qualité seraient utiles pour mesurer nos progrès, à elles seules elles ne sauraient s’attaquer au problème de fond : une approche globalisée à la gestion du déchet et l’absence de filières de l’industrie du recyclage chez nous.

Si l’on souhaite réellement remédier au problème des déchets électroniques et des matières recyclables, on doit concevoir leur gestion comme un bien public. Celle-ci nécessitera le soutien de l’État, tant pour la subvention de la collecte et du démantèlement, que pour la recherche et le développement de filières locales pour le recyclage des matériaux. De meilleures données nous donneraient des rapports plus étoffés, certes, mais leur absence ne peut justifier notre inertie collective.

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