Quelques réflexions sur la tournée d'Option citoyenne - Le grand tabou de la question nationale

Depuis un mois déjà, Option citoyenne est partie en tournée pour recueillir les commentaires des citoyens sur les idées soulevées dans le livre Bien commun recherché - une option citoyenne. Que ce soit à Montréal, en Outaouais, au Centre-du-Québec, à Québec, dans Lanaudière ou en Estrie, quelques questions reviennent systématiquement. La question nationale, l'environnement, la pauvreté, le féminisme, la politique autrement sont au coeur des échanges avec la population rencontrée.

La question nationale d'abord: que le thème soit soulevé dans les pages du Devoir, dans L'Aut' Journal ou chez les personnes rencontrées, elle attire des propos émotifs. Notre constat le plus important: rouvrir la question pour dépoussiérer ce débat relève du tabou. Critiqués vertement par les uns, louangés fréquemment mais plus discrètement par d'autres, nous faisons face à une situation intrigante. Est-il normal que ce sujet important ne puisse être débattu par les progressistes sans qu'ils et elles soient sommés de se positionner immédiatement?

On a accusé, avec raison, les marxistes-léninistes d'il y a 25 ans de faire preuve de dogmatisme, voulant imposer à toutes et à tous leur ligne juste, en tout et sur toute chose. Pourquoi alors ce dogmatisme sur la question nationale? N'est-il pas possible de revoir une question qui a si longtemps polarisé notre société? N'est-il pas possible d'imaginer que de nouvelles idées, prometteuses, puissent surgir par suite d'un débat ouvert? C'est la voie que nous avons choisie, voie dans laquelle plusieurs se reconnaissent, sans pourtant se sentir à l'aise d'en parler haut et fort. C'est parlant, non?

Rappelons que nous avons choisi d'ouvrir la question au lieu de la trancher. Rappelons aussi, pour celles et ceux qui auraient lu Bien commun recherché en diagonale, que nous affirmons haut et fort que le Québec est une nation qui doit avoir les moyens de ses choix politiques, économiques, sociaux et culturels. En aucun cas, le chapitre sur la question nationale ne peut être interprété comme le choix de considérer le Québec comme «une province comme les autres».

Par ailleurs, certaines réalités ont changé depuis les années 60 et nous nous posons des questions: de quels pouvoirs le Québec a-t-il besoin pour réaliser un projet politique, économique, culturel et social progressiste, fondé sur la recherche du bien commun, de la solidarité sociale? Quelle incidence la mondialisation a-t-elle sur la souveraineté d'un pays en 2004? De quelle souveraineté parle-t-on? La diversité culturelle des Québécois change-t-elle la manière de poser le débat? De quelle identité parlons-nous dans un contexte de pluralisme? La reconnaissance du droit à l'autodétermination des peuples autochtones affecte-t-elle la question nationale?

Bien que nous soyons sceptiques devant la possibilité d'un changement de cap des partis politiques canadiens, nous nous demandons ce qu'il faudrait leur répondre si toutefois l'un d'entre eux reconnaissait en paroles et en actes le projet social, politique et culturel du peuple québécois et s'engageait à revoir le cadre constitutionnel dans le sens d'une redéfinition radicale du fédéralisme.

Environnement, pauvreté, féminisme

Nous discutons beaucoup d'environnement lors de nos rencontres. L'écologie, avec son parti pris pour une économie verte et responsable, une alimentation dont on connaît les origines et un questionnement sur nos modes de consommation, reçoit un appui très favorable des personnes que nous rencontrons. Il s'agit pour plusieurs de la révolution du XXIe siècle.

Notre approche en matière de pauvreté — un appel à la mobilisation générale, un cri du coeur — fait écho aux idées portées par les personnes rencontrées sur notre chemin. Plusieurs témoignent de l'isolement, de la perte d'estime de soi et de l'insécurité intolérable qu'elles vivent en raison de la pauvreté. Ce fléau social ne représente rien de moins qu'un scandale dans une société aussi riche que la nôtre.

Nombreuses sont les personnes qui s'interrogent sur le féminisme d'Option citoyenne. Fait intéressant, rares sont ceux ou celles qui contestent les valeurs féministes que nous synthétisons comme suit: porter un regard vigilant sur l'ensemble des politiques, lois et procédures pour assurer l'égalité entre les hommes et les femmes et entre les femmes elles-mêmes.

Par contre, plusieurs femmes, et hommes surtout, font part de leurs inquiétudes quant aux effets potentiellement néfastes de mettre de l'avant le mot «féminisme». Elles et ils craignent la perte d'appui de personnes qui partagent des valeurs de solidarité sociale mais qui sont mal à l'aise avec le mot «féminisme», chargé, semble-t-il pour plusieurs, d'une connotation négative ou qui exclut.

D'autre part, la présence de plusieurs leaders féminines (et féministes) au sein d'Option citoyenne entraîne des réactions positives. Les femmes, souvent réticentes à s'engager en politique partisane mais encouragées par la présence d'autres femmes chez Option citoyenne, deviennent membres en nombre important. Environ 60 % de notre membership est féminin. Les 40 % d'hommes qui deviennent membres trouvent aussi leur compte dans un mouvement politique où la culture de travail s'inspire de valeurs telles la coopération et la recherche de solutions «gagnante-gagnante».

Au cours de notre périple, plusieurs se sont dits ravis d'expérimenter une façon différente de faire la politique. Nos rencontres se passent sur la plage, dans un marché public, dans des cafés ou des parcs; nous tentons ainsi de rapprocher la politique des gens. De plus, nous cherchons à inclure les arts dans notre démarche. La musique, des discussions respectueuses et le plaisir d'être ensemble contribuent à (re)donner de l'espoir à des personnes pour qui la politique ne représente que des débats houleux et la recherche du pouvoir personnel. [...]

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