Comment financer un stade à Montréal

«Les nouveaux stades payés par les contribuables servent généralement à enrichir davantage des propriétaires milliardaires et à verser des salaires à des athlètes millionnaires qui dépensent leur argent généralement à l’extérieur de la juridiction fiscale qui les subventionne», pense l'auteur.
Photo: Getty Images «Les nouveaux stades payés par les contribuables servent généralement à enrichir davantage des propriétaires milliardaires et à verser des salaires à des athlètes millionnaires qui dépensent leur argent généralement à l’extérieur de la juridiction fiscale qui les subventionne», pense l'auteur.

On apprenait cette semaine que le Groupe Baseball Montréal, par le biais de la société d’investissement Claridge, s’est inscrit au Registre des lobbyistes du Québec, et souhaiterait obtenir une aide financière pour la construction du stade de baseball. Rien de très surprenant à cet effet, puisqu’il s’agit du modus operandi des propriétaires d’équipes sportives nord-américaines, qui quémandent, depuis des décennies, des fonds publics pour subventionner leurs infrastructures. La recherche universitaire a pourtant démontré que les répercussions économiques et sociales d’une équipe sportive professionnelle sont souvent marginales, et justifient rarement les investissements publics. Au contraire, les nouveaux stades payés par les contribuables servent généralement à enrichir davantage des propriétaires milliardaires et à verser des salaires à des athlètes millionnaires qui dépensent leur argent généralement à l’extérieur de la juridiction fiscale qui les subventionne.

Trop souvent, les gouvernements font des chèques en blanc, et n’obtiennent que très peu de garanties concernant les retombées économiques réelles (les études de retombées économiques sont effectuées a priori, et reposent souvent sur des hypothèses farfelues). En quelque sorte, le financement des infrastructures sportives occupées majoritairement par des équipes professionnelles est un bel exemple de la socialisation des risques et de la privatisation des bénéfices.

Cibles négociées au préalables

Pour ces raisons, je joins ma voix à celles qui disent que les gouvernements doivent exiger un retour concret. Je me permets de suggérer une avenue potentielle de financement qui pourrait permettre aux gouvernements d’obtenir certaines garanties en échange de leurs investissements : les obligations à impact social.

Ce mécanisme de financement est de plus en plus utilisé dans le monde anglo-saxon pour financer des projets sociaux, souvent portés par des organismes à but non lucratif (OBNL). Les obligations à impact social fonctionnent ainsi : pour réaliser un projet, une organisation obtient des fonds d’investisseurs privés, qui peuvent réaliser un retour sur leurs investissements si l’organisation atteint des cibles et des mesures de performance négociées au préalable. Les paiements aux investisseurs dépendent donc de la réalisation des objectifs. Dans le cas des OBNL, ce modèle est souvent critiqué en raison de sa logique néo-libérale, mais dans le contexte d’un stade de baseball, il pourrait permettre de privatiser les risques.

Par exemple, le Groupe Baseball Montréal serait responsable d’investir lui-même ou de trouver des investisseurs pour construire le stade, ce qui ne devrait pas être un obstacle majeur considérant les taux d’intérêt actuels et le contexte favorable aux investisseurs. Des cibles d’impact social devraient alors être déterminées, afin de s’assurer que le projet ait des retombées économiques concrètes et qu’il ait un impact communautaire tangible pour Montréal et le Québec. Si ces cibles sont atteintes, le gouvernement pourrait alors « rembourser » les investisseurs. Les avantages de ce modèle sont d’aligner les intérêts des investisseurs avec la communauté, et que le Groupe Baseball Montréal doit prouver que le projet génère des bénéfices sociaux. En tant qu’amateur de baseball, j’ai le goût de rêver et de penser que le projet de M. Bronfman soit novateur et socialement différent de ce qui a été fait jusqu’à maintenant dans le domaine du sport professionnel. Toutefois, en tant que contribuable, j’espère que le gouvernement du Québec, au lieu de croire les bonnes intentions de M. Bronfman sur paroles, se dotera de mécanismes pour les vérifier.

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