Un peu d’humanité s’il vous plaît, M. Legault

«La lenteur avec laquelle la CAQ traite la régularisation des
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «La lenteur avec laquelle la CAQ traite la régularisation des "anges gardiens" n’est pas seulement honteuse, elle nuit à la société québécoise», estiment les autrices.

Marie (nom fictif), le téléphone dans la main droite et sa petite fille de deux ans agrippée à son bras gauche, tente désespérément de récupérer les passeports de toute la famille détenus par Citoyenneté et immigration Canada (CIC) afin d’obtenir une copie certifiée de toutes les pages des précieux carnets et de les acheminer au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) à Québec. L’épisode est kafkaïen. La tâche de récupérer tous les documents exigés par le MIFI afin de compléter le dossier du programme des « anges gardiens » est titanesque. Peu importe, elle fera tout pour avoir accès à ce certificat de sélection du Québec (CSQ) béni qui les conduira, elle et ses enfants, à la résidence permanente.

Une résidence permanente pour Marie, veuve d’un préposé aux bénéficiaires mort de la COVID-19, lui permettra de sortir la tête des eaux troubles de la pauvreté. Ça voudra dire pouvoir envoyer ses enfants de deux et trois ans en garderie et, donc, travailler comme préposée aux bénéficiaires, métier pour lequel elle a étudié, et contribuer à la société québécoise. Ça voudra dire aussi ne plus avoir peur d’être expulsée en Haïti, qui sombre de plus en plus dans l’anarchie. L’anxiété est à son comble.

Marie a soumis sa demande en décembre, dès l’ouverture du programme des anges gardiens visant les étrangers au statut précaire qui ont prodigué des soins au printemps dernier dans le domaine de la santé. Et tout traîne toujours.

Même si ce programme est pancanadien, le gouvernement Legault, en raison d’un accord avec le gouvernement fédéral en matière d’immigration, demande une liste différente de documents à fournir. « Les exigences du MIFI sont inadaptées à la crise », nous dit Me Guillaume Cliche-Rivard, spécialiste en droit de l’immigration. Et pourtant, pour Québec, tout va bien, Madame la Marquise.

La lenteur avec laquelle la CAQ traite la régularisation des « anges gardiens » n’est pas seulement honteuse, elle nuit à la société québécoise.

Dans un article de Radio-Canada, on apprenait la semaine dernière qu’en deux mois, seulement 3 dossiers sur 721 ont été approuvés au Québec. Tandis que dans le reste du Canada, ce sont 459 dossiers sur 932. Pourquoi ? Par manque de volonté politique ou incompétence dans sa mise en œuvre ? Les questions se posent et cela n’aide personne.

Ce qui est absurde dans tout ceci, c’est que ce manque d’humanité, cette bureaucratie digne des 12 travaux d’Astérix du gouvernement de la CAQ, n’a rien de bon pour le Québec. Elle laisse des gens dévoués dans une grande précarité avec tous les dommages collatéraux que cela implique. La précarité est synonyme de pauvreté et d’exclusion sociale. Leur situation les rend vulnérables à l’exploitation de toutes sortes. L’incertitude quant à leur statut crée aussi un climat anxiogène qui se transmet à toute la famille, et la santé mentale en prend un coup énorme. Tout ce désespoir accable les ressources communautaires, qui sont déjà à bout de souffle.

Le gouvernement se doit d’accélérer le processus de traitement des demandes du programme. Il doit aussi l’élargir et l’ouvrir aux travailleurs de la santé qui ont travaillé au-delà du 14 août 2020. La guerre contre la COVID-19 n’est pas terminée. Ces gens-là donnent encore à manger aux malades, les nettoient, les aident. Certains ont même contracté le coronavirus. Il faut les considérer.

Le gouvernement doit finalement accepter la main tendue d’Ottawa qui souhaite élargir le programme à d’autres travailleurs essentiels de la santé, comme les gardiens de sécurité et les gens responsables de l’entretien, entre autres.

La ministre, Nadine Girault, doit imposer un leadership fort. Ce n’est pourtant pas le cas. Ce manque de vision nous désespère. Le sentiment d’exclusion qui est en train de se développer nous conduit tout droit vers une intégration toute croche. Mauvaise intégration, pauvreté, exclusion : les ingrédients pour un gros gâchis. C’est très mauvais pour le Québec.

Si le gouvernement a décidé d’en prendre moins, il devrait peut-être en prendre soin.



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1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 25 mars 2021 11 h 39

    Oui, un peu d’humanité pour ceux qui attendent dans leur pays respectifs, eux qui ont fait de demandes en bonne et due forme

    Oui, un peu d’humanité pour ceux qui attendent dans leur pays respectifs, eux qui faites toutes les démarches pour devenir un immigrant reçu sans pour autant venir illégalement en trichant.

    Si Citoyenneté et immigration Canada a les passeports en main, c’est pour contrôler les migrants économiques qui sont venus illégalement afin qu’ils ne disparaissent pas dans la verdure. Bien oui, on nous dit toujours qu’Haïti sombre dans l’anarchie. C’était comme cela hier, c’est comme cela aujourd’hui et ce sera comme cela demain.

    Il serait curieux de comparer le nombre des anges gardiens qui ont travaillé durant la pandémie avec ceux qui n’ont pas participé et qui veulent aujourd’hui être amnistiés. Il faut le dire, ils sont tous venus de façon illégale et auraient dû retourner à leur point de départ, les États-Unis, un pays sûr. Ceci n’a rien à voir avec l'esprit de l’immigration.

    Maintenant, on se plaint de la lenteur du processus, eux qui ont contribué largement à ce que le système soit surchargé en temps de pandémie. On crie à l’incompétence comme si immigrer dans un pays quelconque était un droit et non pas un privilège. Dans le cas des illégaux, c’est tout simplement un crime selon les lois du pays. On nous parle aussi d’élargir le nombre de postulants pour inclure les autres qui n’ont pas de statut. Ce ne sont pas ceux qu’on voulait en prendre soin parce que ceux-ci n’ont pas fait une demande en bonne et due forme de leur pays pour ensuite obtenir le nombre de points nécessaires sur l’application afin qu’ils ne deviennent pas un fardeau socio-économique pour la société. Et demain, ils seront les premiers à nous accuser de racisme.

    Aujourd’hui, avec les finances publiques à sec, en prendre moins devient impératif. Nous ne sommes pas plus riches qu’on le pense.