L’école en Zoom

«Il y a 75 écrans dans mon écran, 76 avec moi. Certains sont habités par une personne, une photo, un dessin. D’autres par un fond noir avec un nom en marquise», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse «Il y a 75 écrans dans mon écran, 76 avec moi. Certains sont habités par une personne, une photo, un dessin. D’autres par un fond noir avec un nom en marquise», écrit l'auteur.

C’est comme faire de la radio à la télé.

Un peu avant 19 h, les écrans s’allument. Chacun, chacune, s’installe, salue, ferme son micro, approche le café.

Il y a 75 écrans dans mon écran, 76 avec moi. Certains sont habités par une personne, une photo, un dessin. D’autres par un fond noir avec un nom en marquise.

Sont-ils tous et toutes là ? Toute la soirée ?

Le cours se déroule dans 76 classes.

Il n’y a pas de groupe, mais 76 individus. C’est ce qui donne cette impression d’intimité.

Un échange un à un devant public.

Suivre un cours de la maison se fait sans maquillage.

Une étudiante allaite en posant une question.

Une autre tient son garçon de 12 mois dans les bras.

Marco repeint le mur devant son écran. Il pose son rouleau, questionne, discute, reprend le rouleau, roule.

Une étudiante parle de concentration et de commotion cérébrale.

Une autre évoque l’angoisse du processus de rédaction.

Une autre est assise sur le plancher de son nouvel appartement. La semaine prochaine, elle sera dans l’escalier.

La copine d’un étudiant est assise au fond de la pièce, comme une étudiante clandestine.

Une étudiante suit le cours dans le stationnement d’un Tim Hortons. Le signal n’est pas fiable chez elle.

Une autre est en route vers Shawinigan, passagère dans un décor animé.

Depuis un an, ces cours constituent ma sortie de groupe de la semaine.

Ils débutent à 19 h. Nous parlons des travaux en cours et ensuite, du programme de la soirée.

Le cours roule sans interruption jusqu’à 21 h 30.

J’ai fait le tour de la matière pour la soirée.

La conversation continue sur la rédaction, le travail, des questions, des expériences personnelles.

Lentement, les participants partent, éteignant une à une les lumières.

Un peu passé 22 h, les trois ou quatre personnes encore présentes se saluent. Certaines souhaitent bonne nuit.

Je n’ai jamais vu cela dans un cours en classe.

C’est comme si chacun, chacune, compensait la distance par un confort.

Le décor de Marco a changé de couleur.

L’étudiante angoissée écrit des textes béton.

À la fin de la session, le texte final d’une étudiante porte sur Marco.

Il a coloré au-delà des murs.

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