Les jeunes adultes, génération oubliée ou sacrifiée?

«On va encore priver nos jeunes des bienfaits de l’enseignement en présence avec tous les inconvénients que cela suppose sur leur développement, leur motivation et leur santé mentale», déplorent les signataires.
 
Photo: Jens Schlueter Agence France-Presse «On va encore priver nos jeunes des bienfaits de l’enseignement en présence avec tous les inconvénients que cela suppose sur leur développement, leur motivation et leur santé mentale», déplorent les signataires.
 

Nos fils Julien, Léo, Vanhiou, Étienne, Keanu, Jules, Antoine ont eu 20 ans en 2020, alors qu’Arthur, Esmé, Alice, Michaëlle et Dana sont devenus majeurs en pleine pandémie. Ils et elles tentent, tant bien que mal, de terminer leur 3e session d’étude virtuelle. Trois sessions à étudier à distance chacun seul dans sa chambre, en solitaire. Peu de contacts en présence avec leurs professeurs, sauf un peu au début de l’automne dernier et quelques heures depuis février pour certains, mais rien depuis décembre pour d’autres.

Ceux qui ont commencé l’université l’automne passé ne connaissent pas leurs camarades. Ils ne connaissent pas la richesse des discussions enflammées en classe avec des collègues, ils ne sont pas en train de refaire le monde comme on le fait tous à cet âge, ils ne sortent plus voir des amis, danser et voir des spectacles. Il ne leur reste qu’une chose : les études sans interactions directes avec leurs pairs !

Le moral au plus bas

Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de constater que le moral des jeunes est au plus bas, leur motivation, éteinte, et leurs espoirs d’un monde où ils ont le goût de vivre, effacés.

Ils ont été solidaires de leur communauté, même si leur vie n’était pas en péril. Ils ont vu les plus jeunes retourner à l’école l’automne dernier avec envie et ils se sont dit mon tour viendra.

Mais voilà, on semble les avoir oubliés, voire sacrifiés !

Les nouvelles des derniers jours font état des directions de cégeps et d’universités qui préparent une session d’automne en laissant une bonne place au virtuel ! Notre incompréhension est totale et notre colère commence à gronder. Nous ne pouvons croire que notre société qui valorise l’éducation et qui prépare la relève et les esprits critiques de demain va offrir pour une quatrième session une éducation désincarnée sur écran ! On va encore priver nos jeunes des bienfaits de l’enseignement en présence avec tous les inconvénients que cela suppose sur leur développement, leur motivation et leur santé mentale.

Cerveau vs cerveaux

Boris Cyrulnik, neuropsychiatre renommé, est d’avis qu’on apprend peu face aux écrans et que notre cerveau ne fonctionne correctement que s’il est stimulé par d’autres cerveaux autour de lui. Ça nous donne des frissons de savoir que nos enfants ont passé tant de temps en apprentissage devant un écran.

Les étudiants et étudiantes sont anxieux comme jamais, ils veulent étudier dans des conditions décentes et stimulantes, ils ne se sont pas inscrits à la téléuniversité !

Ils veulent faire des études dans les conditions qui leur permettront d’être bien préparés pour contribuer à leur tour à notre société.

Alors que la majorité des adultes seront vaccinés d’ici la fin juin, que les jeunes du primaire et du secondaire auront fréquenté leur école pendant toute l’année 2020-2021, rien ne peut justifier cette frontière de mesures sanitaires qui ne permettraient pas aux jeunes de rentrer dans les campus cet automne et de pouvoir s’épanouir et s’instruire comme ils le méritent.

La direction de la santé publique doit donner des directives claires et réalistes aux cégeps et aux universités afin de rendre possible le retour en classe en personne en septembre prochain. M. Arruda, vous parlez de la fin du marathon.

Or, la rentrée scolaire de l’automne est dans cinq mois et le langage des cours virtuels ou bimodaux est encore dans la bouche des établissements d’enseignement supérieur !

Le ministère de l’Enseignement supérieur doit exiger que les cégeps et universités offrent un enseignement en personne dans les campus.

M. Legault, vous avez défendu l’idée que les jeunes devaient retrouver le chemin de l’école en septembre 2020 et vous aviez bien raison, nous avons réussi. Le temps est venu d’accommoder les jeunes des cégeps et des universités pour qu’ils retrouvent un enseignement stimulant digne de notre société.

Contacts sociaux

Nos jeunes souffrent, ils ont besoin du contact de leurs camarades, ils ont besoin de faire des rencontres. Cela est essentiel à leur âge. Ils ont besoin de renouer avec leur univers social qui a été mis sur pause il y a déjà plus d’un an, une pause qui aura duré plus de 17 mois lorsque la cloche sonnera le retour en classe à l’automne 2021.

Ne pas permettre ce retour en classe pourrait faire de cette génération de jeunes adultes, en quête de savoirs et d’idéaux, une génération sacrifiée.

Nous n’accepterons pas que nos enfants soient oubliés et sacrifiés.

* Lettre cosignée par Vali Fugulin, Anika Lefebvre, Sophie Lachapelle, Marie Sterlin, Nicole Labelle, Denis Marchand, Jocelyne Falletto et Dalie Maynard.

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4 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 20 mars 2021 09 h 00

    Personne n’a été sacrifié plus que d’autres

    Oui, c’est difficile pour les jeunes adultes l’école en virtuelle. Ceci n’a rien à voir avec l’apprentissage, mais plutôt les relations qui se tissent dans un endroit donné. Mais connaître aujourd’hui des discussions enflammées en classe avec des collègues est une chose du passé. Aucun professeur universitaire n’ira jusque là de peur de froisser certaines sensibilités étudiantes et ainsi se retrouver à l’index. Les relations sociales n’ont rien à voir avec l’école et l’apprentissage des connaissances et des compétences.

    Ceci dit, on peut citer des neuropsychiatres qui nous dirons qu’on n’apprend pas avec des écrans et on pourra en citer beaucoup d’autres qui vous diront le contraire. Boris Cyrulnik a 83 ans et n’a pas connu la 4e révolution industrielle de l’automatisation, de la robotique intelligente et de l’intelligence artificielle. Toutes les plus grandes universités aux États-Unis aujourd’hui mettent l’emphase sur l’apprentissage virtuelle.

    Les jeunes qui ont 20 ans aujourd’hui, eh bien, ils travailleront à parti de leur écran sur différentes plateformes et le temps alloué en présentiel diminuera comme une peau de chagrin. Ce qui n’est pas dit dans toute cette histoire, c’est la discipline personnelle requise pour apprendre de cette façon. En fait, l’apprentissage virtuel est plus efficace puisqu’on peut accéder à nos cours n’importe où, 24 heures sur 24, ce qui en résulte de moins de perte de temps et plus de liberté pour faire des activités plus intéressantes. On peut avoir des discussions asynchrones avec des camarades de classe partout dans le monde et ainsi résoudre des problèmes d’une grande complexité. Il ne faut pas négliger aussi le fait que nous avons des rétroactions presque instantanées avec ce type d’apprentissage.

    Nul besoin d’être à l’école pour les contacts sociaux, la camaraderie ou bien faire des rencontres. Vraiment pas. En passant, ceux qui sont morts dans cette crise sanitaire, eh bien, ce sont eux qui ont payé le prix ultime.

  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 20 mars 2021 09 h 29

    Bravo et merci..

  • Marc Therrien - Abonné 20 mars 2021 10 h 29

    Une génération progressant vers le cyborg


    « Boris Cyrulnik, neuropsychiatre renommé, est d’avis qu’on apprend peu face aux écrans et que notre cerveau ne fonctionne correctement que s’il est stimulé par d’autres cerveaux autour de lui. » Et ces cerveaux animent des corps. Je renforce cette idée de Cyrulnik en faisant appel au concept de corps propre de Maurice Merleau-Ponty, auteur du classique « Phénoménologie de la perception ». Ce corps propre qui est à la fois moi et mien, structure à la fois structurée et structurante, est ce par quoi je peux voir du dehors vers le dedans l’existence de la conscience dans la conscience d’exister, et vice versa. C’est la résonance entre les corps dans l’univers en trois dimensions qui alimente la capacité auto poïétique du système complexe corps-esprit à travers un réseau d’intercommunication hypercomplexe qui permet à un être humain d’apprendre continuellement pour se maintenir en perpétuelle évolution. C’est par la conscience de ce corps propre qu’on réalise que les rencontres virtuelles via Zoom manquent de chair et que l’humain s’approche un peu plus du cyborg tout en s’éloignant du monde et par conséquent, de son humanité à mesure qu’il choisit de vivre au rythme nouveau de l’artificiel et du virtuel.

    Marc Therrien

  • Jeannine I. Delorme - Abonnée 20 mars 2021 22 h 29

    Un savant dépassé de 83 ans

    Comment peut-on oser traiter Boris Cyrulnik de dépassé, de ti-vieux qui ne connait pas les derniers développements technologiques ! Monsieur Dionne, vous n'avez pas utilisé ces mots mais c'est tout comme. Je n'en crois pas mes yeux. J'ai 88 ans et je les connais ces technologies. Ce psychiâtre est admirable et admiré. Prière d'en prendre note.