Les délaissés du vieillissement

«Selon Statistique Canada, la hausse annuelle canadienne des personnes âgées, depuis juillet 2018, demeure la plus élevée jamais observée; c’est la croissance de la population la plus forte de tous les pays du G7», écrit l'auteur.
Photo: Eric Cabanis Agence France Presse «Selon Statistique Canada, la hausse annuelle canadienne des personnes âgées, depuis juillet 2018, demeure la plus élevée jamais observée; c’est la croissance de la population la plus forte de tous les pays du G7», écrit l'auteur.

Le vieillissement défraie la chronique depuis quelques décennies. Plus qu’une mode, c’est un phénomène social qui se transforme en réalité concrète : la croissance démographique des aînés a littéralement explosé depuis 20 ans. Selon Statistique Canada, la hausse annuelle canadienne des personnes âgées, depuis juillet 2018, demeure la plus élevée jamais observée ; c’est la croissance de la population la plus forte de tous les pays du G7. Au Québec, d’autres chiffres ? En 15 ans seulement, la population âgée, fait assez remarquable, passera de 18 % en 2016 à 25 % en 2031, selon l’Institut de la Statistique du Québec.

La pandémie de 2019 a mis en relief divers aspects de la vie des aînés, qu’ils vivent à domicile, dans les résidences privées ou dans les centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Le groupe des 70 ans et plus a été ostracisé : les mesures de protection et de prévention de la Santé publique ont confiné dramatiquement les personnes âgées qui, en certaines occasions, ont été traitées comme des pestiférés.

Parmi ces aînés, il est un groupe d’âge que la société semble avoir plutôt oublié. Si l’on parle beaucoup en général des 65 ans et plus, la classe d’âge des 85 à 99 ans, qu’on appelle le grand âge, est passée sous silence et ne fait pas l’objet d’attention ou de grandes recherches. La gériatrie et la gérontologie jettent leur dévolu sur d’autres éléments de l’avancée en âge. Pourtant, cette catégorie d’aînés est en croissance démographique importante et le nombre de personnes de 85 ans et plus devrait, toujours d’après l’Institut de la statistique du Québec, quadrupler dans les 50 prochaines années, pour passer de 188 000 en 2016 à près de 736 000 en 2066.

Bien sûr, cette population est souvent aux prises avec un cumul de pathologies et vit parfois dans un climat de vulnérabilité, quand ce n’est pas tout simplement dans un état de fragilité accompagnée de dégénérescence physique et de déclin cognitif. Plusieurs d’entre nous ont été les témoins malheureux de cette vieillesse pathologique vécue dans les CHSLD dès le début de la crise du coronavirus.

Par ailleurs, ce que l’on semble ignorer, c’est que ces aînés de 85 à 99 ans sont de plus en plus nombreux à vivre en relative bonne santé. Occupés à des loisirs agréables, ils savent entretenir des liens enrichissants avec leurs proches. C’est ce que confirme la Dre Sophie Moulias, gériatre à l’hôpital Ambroise-Paré, en banlieue de Paris, auteure d’un ouvrage sur la longévité du grand âge, qui reconnaît que plusieurs grands aînés ont trouvé la recette pour bien vieillir, qui préserve les réserves fonctionnelles et limite le risque de maladies invalidantes. […] Non seulement on vit plus vieux, mais on vit également moins malade.

Cette prolifération des grands aînés dans notre société suscite dorénavant un nouveau questionnement. Qui sont-ils précisément ? Qu’est-ce qui leur assure une telle longévité ? La Dre Carol Jagger, porteur de la chaire AXA sur la longévité et le bien-vieillir de l’Université de NewCastle au Royaume-Uni, est une sommité dans le domaine de l’espérance de vie en bonne santé. Elle avoue que l’on manque de données scientifiques sur l’état de santé véritable et la qualité de vie de ces grands aînés : apprennent-ils vraiment à profiter des dernières années de leur existence en dépit des ennuis de santé, des incapacités et de la maladie ? Serait-ce seulement un petit nombre (de 10 à 20 % de cette population) qui jouirait pleinement de cette dernière étape de vie ?

Le vieillissement de la population, l’accroissement démographique des plus âgés, est donc une tendance importante en progression. Il importe de multiplier les recherches en gériatrie et en gérontologie pour mieux décrire et comprendre ce phénomène nouveau afin de bien cerner les besoins de ces grands aînés et de mettre en avant des stratégies et des moyens qui pourront favoriser leur mieux-être.

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