Libre opinion : Rectifications de l'orthographe: des abaisse-langues qui nivelent par le bas

Que ce titre ainsi écrit vous plaise ou que vous ayez plutôt voulu lire «des abaisse-langue» et «nivellent», ce qui suit pourrait vous interpeler (ou vous interpeller).

Dans sa lettre parue dans Le Devoir du 7 juillet, Julie Monette faisait part des inquiétudes que lui inspirent les rectifications de l'orthographe qui avaient été proposées à l'origine en 1990 par le Conseil supérieur de la langue française. Depuis quelque temps, ce sujet suscite en effet un nouvel engouement, alimenté par divers organismes et regroupements de la francophonie, si bien que l'Office québécois de la langue française a récemment senti le besoin de préciser sa position favorable sur la question.

Druide informatique n'est pas étrangère à cet engouement, ayant publié l'automne dernier son logiciel Antidote Prisme, la première suite linguistique reconnaissant l'ensemble des nouvelles formes, et sans doute ce à quoi renvoie Mme Monette en parlant des «logiciels de correction».

Druide a résumé sa position sur les rectifications dans un article publié sur son site Web. Notre intention ici n'est pas de reprendre point par point le texte de Mme Monette, ni de faire l'exégèse des rectifications. À chacun de se faire son idée en consultant les documents qui présentent et analysent les rectifications en détail. Notre propos est plutôt de présenter le point de vue pratique d'un éditeur de logiciel linguistique qui a la responsabilité de faire appliquer une norme orthographique rigoureuse dans son correcteur, son dictionnaire, son conjugueur et ses autres outils.

Dès la première édition d'Antidote, il y a une dizaine d'années, nous avions prévu offrir des réglages tenant compte des propositions de 1990, mais comme il n'y avait alors pas de véritable demande en ce sens du côté des utilisateurs, nous avions laissé cette option dans nos cartons.

Depuis deux ou trois ans, toutefois, la demande s'est faite plus insistante un peu partout dans la francophonie (c'est en effet le même logiciel, fabriqué au Québec, que nous expédions en France, en Belgique et en Suisse). Nous avons alors choisi d'implanter l'ensemble des nouvelles formes dans chacun des ouvrages d'Antidote Prisme et de les soumettre à des réglages ajustables par l'utilisateur.

Quelle que soit l'opinion de celui-ci sur la question, le logiciel lui fournit les moyens de ses convictions: le rédacteur «traditionaliste», comme Mme Monette, peut exiger que seules les graphies traditionnelles soient acceptées (c'est le réglage à l'installation, pour ne bousculer personne). Le rédacteur «réformiste» qui veut appliquer systématiquement les graphies «rectifiées» peut régler le logiciel en ce sens. Enfin, un autre réglage, qui correspond parfaitement à l'esprit des rectifications, permet de tolérer les deux formes indifféremment.

Le nom «tolérances» aurait d'ailleurs été plus heureux que «rectifications» ou «réforme» pour promouvoir ces propositions. Car c'est bien de tolérances qu'il s'agit, comme il n'est pas question de supprimer les graphies traditionnelles. Rappelons le principe de base des propositions: aucune des deux formes d'un mot, ni l'ancienne, ni la nouvelle, ne peut être tenue pour fautive.

Bref, nous avons été amenés à conclure que nous ne pouvions plus faire fi des graphies nouvelles, puisqu'elles étaient maintenant utilisées par un nombre croissant de francophones, avec l'aval d'organismes officiels, au premier chef l'Académie française.

Les rectifications font désormais partie du paysage du français, que l'on choisisse soi-même de les appliquer ou non.

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