Lettres : Les justiciers de CHOI

Étrange, et plutôt triste. Zahra Kazemi est décédée, victime de la haine des hommes pour les femmes, de la haine des hommes pour la liberté de conviction, de penser. L'Iran, un régime totalitaire, une théocratie intolérante, bafoue les droits de l'homme et en rajoute en arrêtant le procès qui aurait fait la lumière sur les circonstances du décès crapuleux de la photographe canadienne. Liberté! Je crie ton nom partout.

Je lis les journaux, les lettres d'opinion.

Peu de vagues, peu d'intérêt, en tout cas, beaucoup moins que pour l'événement cruauté de l'année, la grande injustice québécoise, celle pour laquelle il faudrait se battre «jusqu'à la mort». Celle qui inonde les blogues et les boîtes aux lettres des quotidiens depuis une semaine. Je ne peux m'empêcher de faire le triste parallèle entre une injustice flagrante et cruelle qui nie la liberté humaine et cette campagne enflammée pour une radio commerciale démagogue. Beaucoup de prises de position, de convictions idéologiques chaudement défendues pour, au fond, une bande de mauvais clowns pris au sérieux. Bref, une tempête dans un verre d'eau. Quel gaspillage de temps et d'énergie pour une cause plus que discutable.

Mais pire encore, j'écoute la radio bannie l'autre soir, entre deux tounes rock, des auditeurs font des speechs d'encouragement préenregistrés: «contre les bureaucrates d'Ottawa» (les forces du mal, un ennemi flou qui s'est possiblement infiltré dans votre maison), «pour la liberté d'expression» (est-ce quelqu'un, quelque part, va me définir CONSCIENCIEUSEMENT ce qu'est la liberté d'expression?), mais le comble, qui m'a donné froid dans le dos: «pour laisser de bonnes valeurs à nos enfants!!!»

À la suite de cette affirmation pour le moins étrange, je m'interroge. Parlait-il de l'homophobie, de la médisance, de l'avachissement intellectuel, de dire toujours n'importe quoi, de la complaisance, de la crédulité crasse, du lynchage public? Wow, un beau monde nous attend demain, chers concitoyens.

Aux justiciers à «stickers CHOI» tapissés sur vos chars, dites-vous que, par chance, le ridicule ne tue pas. Sinon, des supporteurs de la station seraient tombés raides morts depuis une semaine.

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