Un levier extraordinaire

«Pour nous, la question n’est pas de savoir si le projet de REM de l’est doit se faire mais plutôt de savoir comment il doit se faire», écrit l'auteur.
Photo: CDPQ Infra «Pour nous, la question n’est pas de savoir si le projet de REM de l’est doit se faire mais plutôt de savoir comment il doit se faire», écrit l'auteur.

Plusieurs voix se sont exprimées ces derniers temps en défaveur du projet de REM de l’est porté par CDPQ Infra. Nous sentons le besoin de mettre en lumière quelques éléments qui semblent avoir été occultés du débat.

Pour nous, la question n’est pas de savoir si le projet de REM de l’est doit se faire mais plutôt de savoir comment il doit se faire. L’Est de Montréal est le territoire le plus défavorisé de la région métropolitaine. De profondes inégalités et iniquités économiques, sociales et environnementales y prévalent depuis plusieurs décennies. Au cours des années, une fracture est-ouest a pris forme, et ce, tant au niveau des déterminants de la santé populationnelle que des infrastructures de transport, de soins de santé et autres. Et, malheureusement, la pandémie actuelle contribue à creuser davantage ces inégalités.

Heureusement, le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont reconnu formellement dans le cadre d’une déclaration commune en 2018 la nécessité de remédier à cette iniquité historique et œuvrent en ce sens depuis. À ce titre, l’annonce du prolongement du REM vers l’est de Montréal constitue de loin la meilleure nouvelle pour le territoire depuis longtemps. En plus de pourvoir ce grand territoire d’un système de transport collectif plus équitable et efficient, ce projet porte en lui la promesse, pour peu qu’on se donne la peine de se tirer ensemble vers le haut, d’un renouveau territorial majeur et d’une création de valeur inestimable pour les communautés de l’est.

Que l’on se questionne sur les modalités d’édification du projet dans sa portion du centre-ville, nous en sommes. Il s’agit d’un enjeu critique et qui commande réflexions et savoirs de haut niveau. Mais de laisser tomber la desserte du REM dans l’est parce que sa portion du centre-ville représente un défi, si relevé soit-il, n’est tout simplement pas une option pour toutes les raisons mentionnées plus haut, sans compter l’urgence climatique qui nous oblige à revoir nos façons de faire. Avec des contraintes similaires, d’autres grandes villes ont malgré tout opté pour la voie souterraine dans les tronçons du centre-ville. Le Québec regorge d’excellents ingénieurs. Qu’on mandate des professionnels sur cette question et qu’on retire le surcoût de la portion en tunnel du cadre financier de CDPQ Infra, laquelle, rappelons-le, a l’obligation de fournir un rendement. Or, les infrastructures collectives sont par nature déficitaires. Tout en confiant la réalisation à CDPQ Infra, le gouvernement du Québec devrait conserver certains pouvoirs discrétionnaires et prendre la responsabilité du surcoût de la portion du centre-ville.

Ouvrages d’art

Certains proposent d’envisager d’autres modalités de transport pour desservir l’est de Montréal. Mentionnons simplement que des études comparatives ont été menées à ce chapitre. Le tramway par exemple n’est pas une solution adaptée à un territoire aussi étendu et ne fournirait aucun avantage en efficience par rapport à un réseau d’autobus, et ce, pour beaucoup plus cher que l’autobus.

Nous croyons fermement par ailleurs que l’ensemble du projet devra être conçu comme un ouvrage d’art, stations et structures aériennes comprises. Nous avons la responsabilité collective de faire mieux que le REM 1.0 et de porter une grande attention à l’intégration urbaine et architecturale dans chaque quartier.

Nous demandons à CDPQ Infra de modifier son approche à cet égard. Dans son document Statut d’avancement REM de l’est de février 2021, CDPQ Infra indique entre autres qu’un comité consultatif participera à l’élaboration des lignes directrices sur le concept architectural qui sera imposé aux consortiums dans le cadre du processus d’appel d’offres. Au lieu de faire appel à de simples lignes directrices, nous plaidons pour que CDPQ Infra confie la préparation des dessins en amont à une équipe d’architectes et d’urbanistes sous la supervision d’un bureau de projet, lequel bureau relèverait du comité consultatif. Sans un design clair imposé aux futurs constructeurs, ce sont ces derniers qui décideront de l’architecture du projet. Il s’agit d’un élément beaucoup trop fondamental et sensible pour le laisser à la discrétion des consortiums. De plus, le risque que la proposition la moins chère soit retenue serait élevé, ce qui ne garantirait en rien ni la qualité, ni la beauté, ni la durabilité du projet.

En regard des iniquités passées, nous avons le devoir de proposer aux citoyens de l’est de Montréal un bon et beau projet au meilleur coût.

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