Pourriez-vous être équitable avec tous les Québécois?

«La réouverture des centres sportifs (gyms) et des restaurants aux petits groupes d’amis est une nécessité pour plusieurs personnes qui sont isolées depuis près d’un an», écrit l'autrice.
Photo: John Raoux Associated Press «La réouverture des centres sportifs (gyms) et des restaurants aux petits groupes d’amis est une nécessité pour plusieurs personnes qui sont isolées depuis près d’un an», écrit l'autrice.

Lettre adressée au premier ministre François Legault.

J’ai 26 ans, je suis célibataire et j’habite seule. Depuis le 16 mars 2020, je travaille de la maison et je n’ai pas remis les pieds au bureau depuis cette date. Dans trois semaines, cela fera un an que je n’ai aucun contact social au quotidien.

Certes, tout le monde a ses difficultés liées à la pandémie, mais prenez simplement un instant pour imaginer la situation que nous, les personnes seules, vivons. Nous n’allons pas au travail, où nous pourrions discuter avec des collègues tout en respectant la distanciation physique ; nous n’avons pas de professeurs ou d’amis à qui nous confier quotidiennement en personne ou de conjoint ou conjointe avec qui faire des activités le soir ou la fin de semaine. Mon but, aujourd’hui, n’est pas de hiérarchiser la détresse que les gens vivent à cause de ce confinement, mais plutôt de faire entendre ma voix au nom d’un groupe qui a été relativement silencieux jusqu’à présent.

J’aimerais que vous m’expliquiez comment vous pouvez décider de réduire les mesures sanitaires pour certains établissements de divertissement qui plairont aux enfants dans le but d’alléger le fardeau des parents au cours de la semaine de relâche, alors que bon nombre de Québécois réclament d’autres formes d’assouplissement au nom de leur santé mentale, et ce, depuis longtemps. Comment se fait-il qu’encore une fois, vous décidiez de baser vos décisions sur le calendrier scolaire (rappelons-nous ici les rassemblements permis du 24 au 27 décembre uniquement) et, ce faisant, qu’une partie importante de la population québécoise soit oubliée ?

Si je me fie à un sondage publié dans un quotidien la semaine dernière, qui portait sur l’opinion des habitants de la ville de Québec — mais il ne serait pas farfelu de l’appliquer à l’ensemble du Québec —, plus de 60 % des gens de la Capitale-Nationale souhaitent la réouverture des bars et des restaurants, et 16 % réclament le retour des activités sportives (centres d’entraînement et événements sportifs). Et c’est sans compter le nombre de jeunes, de pédagogues et de médecins qui demandent le retour du sport dans les établissements scolaires.

Ne croyez-vous pas, Monsieur Legault, qu’un retour des activités physiques et l’ouverture des restaurants permettraient non seulement aux personnes seules comme moi de retrouver un semblant de vie sociale, mais aussi à la population québécoise en entier de se sentir moins déprimée et dépourvue face à toute cette situation ? Vous en êtes bien conscient, la pandémie a causé une augmentation importante du stress, de l’anxiété et des troubles du sommeil. Et je ne vous apprends rien si je vous dis que certaines études commencent à montrer que la sédentarité due au confinement aura des répercussions désastreuses sur la santé de la population dans les années à venir. Certains sondages indiquent même que la consommation d’alcool est en hausse et que plus de 50 % des Québécois notent qu’ils ont pris du poids depuis un an.

À la lumière de ces informations, je suis surprise et plutôt en colère que nous ne priorisions pas la réouverture des centres sportifs, le retour des activités physiques et la possibilité de nous rassembler entre amis (en nombre limité) autour d’un repas ou d’un verre au restaurant. N’est-ce pas ce que la population québécoise vous demande ? Pourquoi ne pas l’écouter ?

Monsieur Legault, ma situation est peut-être particulière, mais elle n’est pas exceptionnelle. Plusieurs personnes vivent seules, et permettre des activités en groupe aux personnes qui résident à la même adresse ne nous apporte aucun répit. Je suis consciente que votre rôle est difficile et que vous devez prendre des décisions qui ne peuvent jamais faire l’unanimité. Par contre, vous ne pouvez pas maintenir en place des mesures sanitaires aussi sévères qu’un couvre-feu au nom du bien commun, tout en décidant qu’une partie de la population aura droit à plus de liberté.

Vous êtes notre premier ministre à tous, Monsieur Legault, et je vous demande aujourd’hui de répondre aux besoins des Québécois de façon équitable, d’écouter la détresse et les appels de tous les groupes, peu importe leur statut et leur âge. La réouverture des centres sportifs (gyms) et des restaurants aux petits groupes d’amis est une nécessité pour plusieurs personnes qui sont isolées depuis près d’un an.

6 commentaires
  • Daphnee Geoffrion - Inscrite 24 février 2021 08 h 29

    Il faut bien ne jamais avoir eu d'enfant, en pandémie en plus, pour se comparer à un parent qui a besoin d'accomodement.
    Qu'est ce qui vous empêche d'aller patiner, glisser, marcher, skier avec une amie masquée et à 2 mètre de distance?
    De souper sur zoom avec votre famille?
    Si je me trompe pas vous avez le droit de recevoir toujours la même personne ..

    Nous sommes en pleine pandémie, si ce n'était juste de moi, je n'aurais pas ouvert les cinémas mais j'apprècie beaucoup qu'on pense au famille et au enfant, les vrais, pas ceux de 25 ans...ceux de 7 ou 8 ans:)

    • Jean-François Trottier - Abonné 24 février 2021 10 h 14

      En effet, Mme Geoffrion.

      Nous devons tout à nos petits-enfants, même futurs. Tout.
      Malheureusement, on est pognés pour s'occuper de ces monstres que sont nos propres enfants pour y arriver... (Oui, c'est une farce).

      Legault a dit que l'éducation était une priorité. Bon, admettons que changer un système pareil, ça se fait pas en criant ciseau. Euh.. surtout pas ciseau! Couillard l'a assez fait merci.
      Dans le cas immédiat, Legault est cohérent avec son discours. On va pas lui reprocher.

    • Cyril Dionne - Abonné 24 février 2021 10 h 24

      Oui, et vous avez bien raison Mme Geoffrion. Il y en a qui se plaigne le ventre plein. C'est lorsqu'on se compare qu'on se console. Et oui, les enfants sont surtout de l’âge de 7 ou 8 ans. lol

      Je ne peux pas imaginer les gens d’aujourd’hui faire face à une guerre civile ou totale comme beaucoup qui les ont précédé ont vécu et survécu. Ils auraient capitulé avant même que celle-ci commence. Vous vous imaginez pour un instant ceux qui sont des survivants du siège de Stalingrad (Saint-Pétersbourg de nos jours) et encore pire, des camps de la mort?

      Tout cela pour dire qu’il faut prendre et donner avec équité, surtout lorsqu’une supposée injustice perçue est répartie équitablement.

    • Nadia Alexan - Abonnée 24 février 2021 13 h 41

      Selon le Recensement de 2016, 1,2 million de personnes vivent seules au Québec. Ce nombre correspond à 17 % de la population québécoise de 15 ans et plus, une proportion qui a doublé en 35 ans.
      Malheureusement, l'ouverture de restaurants ou de centres sportifs ne va pas dépanner ma solitude. Je suis habitué à fréquenter les conférences universitaires et les lieux de discussion publics qui sont toujours fermés à cause de la pandémie.
      J'ai hâte que la vie sociale reprenne, car je comprends que c'est plus difficile pour les gens seuls.

  • Denise Bouchard - Abonné 25 février 2021 09 h 06

    Empathie

    Merci Mme Alexan d'avoir une parole toujours lucide, cohérente et sensible.
    Vous en faites admirablement preuve, aujourd'hui, dans votre prise de parole, contrairement à vos prédécesseurs dans les commentaires de ce jour..
    Savoir dépasser ses propres angoisses en situation de crise, savoir dépasser ses propres expériences, les intimes, celles de sa génération , pour s'ouvrir à celles des Autres, sans jugement, avec sensibilité.
    Toute expérience transformatrice doit convoquer ces temps sensibles avant que la raison, que le changement prennent place.
    Voilà pourquoi une éthique de pensée politiquement de gauche aura toujours préséance pour un monde meilleur, un monde véritablement équitable.
    De l'intime, au social, au politique, Il n'y a pas de leçon à donner aux autres, il y a l'exemple, l'engagement, la cohérence. Votre commentaire, Mme Alexan en est un digne exemple.



    Le temps qui passe, l'âge qui avance inexorablement, les angoisses suscitées par cette pandémie, ne semblent pas suscités chez vous ces mouvements d'insensibilité aux enjeux affectifs et sociaux de toutes les générations de tous les statuts. Vous semblez avoir une éthique personnelle cohérente avec les gens engagé

  • Marie-Christine Boulanger - Abonnée 25 février 2021 10 h 06

    Au-delà de la mise en opposition des façons de vivre différentes, personnes seules vs familles ou couple, l’opinion de madame Chandonnet représente celle d’un groupe de la population de plus en plus nombreux et oui, un groupe généralement silencieux et laissé pour compte.

    C’est difficile la solitude en temps de pandémie. Qu’on ait choisi ou pas cette façon de vivre, l’isolement social nous a rattrapés. Qu’on fréquente les restos, bars et salles de gym, ou les conférences, librairies-café, maisons de la culture ou la Maison de la littérature, nous sommes maintenant confinés depuis près d’un an.

    C’est vrai que les gens seuls ne s’affichent pas, ne revendique pas beaucoup en temps normal et même en temps de Covid-19. Parce que la norme sociale c’est encore la famille et le couple. Tout est encore basé là-dessus. Que ce soit le prix des logements, les formules vacances, les avantages fiscaux, les décisions politiques.

    On ne s’affiche pas. Les personnes seules sont habituées d’être mises à l’écart des événements. Mais on dirait qu’on a oublié, pendant cette pandémie, que l’isolement social est un tueur silencieux. Je ne veux surtout pas diminuer ou balayer sous le tapis, les problèmes liés à chaque condition. Être en couple ou en famille, en temps de pandémie comporte aussi ses côtés sombres. Épuisement des parents qui doivent concilier le travail à domicile avec les enfants, couple qui n’ont plus l’occasion de ventiler sans l’autre moitié, ce qui à entraîner une augmentation de la violence conjugale. Chaque situation à deux côtés.

    Les propos de madame Chandonnet sont légitimes. Même si on a apprivoisé cette solitude, depuis un an ça commence quand même à être pesant. Je pense aux jeunes adultes qui sont dans la tranche de vie ou voir les ami-e-s, sortir et faire la fête de temps à autre est très important pour l’équilibre. Je ne parle pas ici des dérives qu’on a vues au printemps dernier, je parle d’un train de vie « normal » comme l’a exprimé l’auteur de cette opinion.