Lettres : Quand un cancre écrit...

Une lettre d'un lecteur parue récemment dans vos pages décriait assez vertement la nouvelle orthographe recommandée par le Conseil supérieur de la langue française. Après avoir pris un peu mieux connaissance de ces recommandations, je dois dire que je ne suis pas du tout d'accord avec cette critique.

Contrairement à ce que je craignais, les corrections apportées à l'orthographe de certains mots n'ont pas pour effet de défigurer la langue française, mais bien plutôt celui de re-figurer ce qui avait été défiguré auparavant. Sur le coup, je ne me suis pas cassé le cou en apprenant qu'il était désormais correct d'écrire le mot «coût» sans accent.

La disparition de l'accent circonflexe sur le i et le u (sauf exceptions justifiées) ne constitue pas un «cout» trop cher payé pour ne plus avoir à vérifier l'orthographe des mots toutes les cinq minutes dans une table de conjugaison ou un dictionnaire. Pour quelqu'un qui, comme moi, n'est jamais parvenu à maîtriser — je veux écrire «maitriser» — l'orthographe dans toute sa complexité, c'est une excellente nouvelle. Certes, il faudra s'habituer à écrire «révolver» plutôt que «revolver» et à lire «entretemps» plutôt qu'«entre-temps» — et à accepter que les deux orthographes d'un même mot se rencontrent parfois dans un même texte — mais il est certain que, pour beaucoup d'entre nous, ces modifications sont les bienvenues. Tous les cancres de la communauté francophone — et il me fait plaisir de rappeler que nous sommes les plus nombreux — ne peuvent que se réjouir de ces modifications.

Mais il n'y a pas que les cancres qui ont des raisons de se réjouir de ne plus avoir à écrire comme Proust, Stendhal, Racine ou du Bellay. Je pense que la langue française elle-même y gagne en clarté et que cet instrument de communication sera par conséquent encore plus accessible à un plus grand nombre. J'allais ajouter: «Une langue vivante doit s'adapter aux besoins de ceux qui la parlent et non pas l'inverse», mais l'inverse étant «les besoins de ceux qui parlent doivent s'adapter à la langue qu'ils utilisent» — il arrive qu'on écrive de bien jolies bêtises, n'est-ce pas — je préfère m'abstenir.

Bravo, donc, aux membres du Conseil supérieur de la langue française, et j'espère bien que vous continuerai cet excellent travail.

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