La vaccination au Canada et l’autosuffisance

«Le Canada se retrouve au 20e rang pour le nombre de doses administrées (1 384 691) et au 41e rang pour ce qui est des doses administrées par tranche de 100 personnes (3,69)», rappelle l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Le Canada se retrouve au 20e rang pour le nombre de doses administrées (1 384 691) et au 41e rang pour ce qui est des doses administrées par tranche de 100 personnes (3,69)», rappelle l'auteur.

Alors que la campagne de vaccination massive contre la COVID-19 avance à grands pas un peu partout dans le monde, le retard du Canada sur ses homologues ne passe pas inaperçu. En effet, 199 millions de vaccins ont été administrés partout dans le monde en date du 20 février 2021. De son côté, le Canada se retrouve au 20e rang pour le nombre de doses administrées (1 384 691) et au 41e rang pour ce qui est des doses administrées par tranche de 100 personnes (3,69). Un bilan lourd à porter, sachant que la campagne de vaccination au Canada a débuté avant celle de plusieurs pays, soit le 8 décembre 2020.

La situation actuelle de la vaccination au Canada soulève plusieurs questions sur la gestion gouvernementale de la crise. Le Canada semble malheureusement s’être heurté à une vague de protectionnisme ambiant qui génère une désolidarité internationale et à une infrastructure nationale incapable d’assurer la production locale de vaccins.

Un enjeu de sécurité nationale

Le bilan de vaccination canadien s’explique premièrement par son incapacité à recevoir les doses qui lui avaient été promises, malgré le fait que le gouvernement ait : « […] signé des contrats avec sept sociétés différentes pour un total de 234 millions de doses » (selon Joel Lexchin, de l’Université de Toronto). En effet, Pfizer et Moderna, les seules compagnies pharmaceutiques dont les vaccins sont actuellement autorisés par Santé Canada, ont annoncé des retards dans la livraison de doses, en raison, ont-elles affirmé, de l’agrandissement de leurs usines de production. Ces retards s’expliquent cependant aussi par les politiques protectionnistes de certains pays, plus particulièrement celles des États-Unis, dont l’ancien et le nouveau président prônent le principe de l’America First (les États-Unis en premier). Cette politique interdit aux usines de Pfizer et de Moderna d’exporter leurs vaccins au Canada avant que tous les Américains soient vaccinés. L’Union européenne envisage, elle aussi, des politiques protectionnistes menaçant la campagne de vaccination canadienne.

Quoique Pfizer et Moderna affirment que les 6 millions de doses prévues pour la fin mars seront livrées, cette situation s’apparente à la pénurie de masques, de médicaments et d’équipements médicaux vécue au Québec au tout début de la première vague. En ce sens, tout démontre que la dépendance du Canada et de ses provinces envers certains acteurs a des répercussions majeures sur sa sécurité nationale et la santé publique.

Une industrie nationale médicale sous-équipée

Sans surprise, les vagues de privatisations de laboratoires scientifiques au Canada à partir de 1980 se ressentent jusqu’à aujourd’hui. En effet, malgré les appels à l’instauration « d’une stratégie nationale d’immunisation » formulés entre autres en réaction aux épidémies du SRAS et de H1N1 qui ont touché le pays dans les années 2000, les politiques des dernières années ont limité les capacités productives et industrielles de vaccins du gouvernement fédéral.

Or, comme l’explique Joel Lexchin, expert en politique et en gestion de la santé à l’Université de Toronto, ces politiques sont en partie responsables de la faible capacité de production de vaccins contre la COVID-19 au Canada. Par conséquent, le gouvernement canadien a dû se tourner vers des fabricants étrangers, et ce, même pour la production de vaccins au Canada. On recense notamment la tentative en mai dernier de produire le vaccin du fabricant chinois CanSino Biologics au Centre canadien de vaccinologie de l’Université Dalhousie, qui a échoué parce que les semences vaccinales, nécessaires aux essais cliniques et la production, n’ont jamais été envoyées par la Chine. Au même moment, des entreprises locales, comme PnuVax ou des centres de recherche comme celui que dirige le Dr Gary Kobinger à l’Université Laval, n’ont pas bénéficié de fonds fédéraux pour leurs essais cliniques, ni pour une potentielle production de vaccins.

Le gouvernement canadien, victime d’une minimisation du risque que représentait une pandémie mondiale dans une économie mondialisée, devient par conséquent « le seul pays du G7 à recevoir des doses par l’entremise de COVAX », un programme mis en place par l’OMS afin d’assurer la distribution équitable de vaccins entre tous les pays du globe. Le gouvernement Trudeau nous annonçait qu’un pacte avait été conclu avec l’Institut Serum, un producteur indien, afin de recevoir des vaccins d’ici la mi-mars.

En bref, cette dépendance du Canada envers des producteurs étrangers en matière d’approvisionnement en biens essentiels tels que les vaccins, juxtaposée à des politiques protectionnistes prévisibles, relance la question de l’autosuffisance médicale et des limites de la mondialisation quand il s’agit de production de biens médicaux.

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2 commentaires
  • Mario Tremblay - Abonné 23 février 2021 06 h 22

    Je me répète ...

    Si tu acceptes que le voisin produise ta nourriture, un jour, ce sera lui qui décidera ce que tu mangeras. Et en cas de pénurie, quand tu mangeras. C'est ça, la mondialisation laissée entre les mains de multinationales dont les éléments stratégiques ne correspondent aucunement à ceux d'un gouvernement qui devrait être la protection de ses citoyens pour la nourriture, les soins, le logement, le chauffage, la sécurité ...

  • Pierre Rousseau - Abonné 23 février 2021 08 h 25

    L'ineptie du gouvernement Trudeau a aussi joué

    Vous avez parfaitement raison sur la question de l'autosuffisance en matière d'immunisation. Mais le fait qu'il y ait des retards dans la délivrance des vaccins au Canada est aussi et surtout dû à l'ineptie du gouvernement Trudeau. En fait, il n'y a pas de retards et les compagnies respectent les contrats à la lettre selon les compagnies en cause (les contrats sont secrets).

    D'abord, le Canada s'y est pris en retard pour finaliser les contrats et a sous-estimé le calendrier de préparation des vaccins de sorte que nous avons commencé la vaccination plus tôt que prévu et nous avons obtenu des vaccins un peu avant l'échéance prévue dans les contrats. Puis, les questions de protectionnisme ont fait que les vaccins ont été surtout dirigés vers les pays producteurs alors que les compagnies comme Pfizer et Moderna se sont réfugiées derrière la lettre des contrats, semble-t-il. Or, ces contrats, ce sont les représentants du gouvernement Trudeau qui les ont signés.

    Il semble que maintenant nous sommes sur le point de reprendre la vaccination à grande vitesse en mars et c'est précisément l'échéance prévue à ces contrats. Évidemment, si nous avions été autosuffisants, nous aurions pu diriger nos vaccins chez nous et nous n'aurions pas été obligés de puiser dans Covax, une ressource qui était surtout destinée aux pays moins riches, ces derniers étant un peu les victimes collatérales de cette situation.