Qui sauvera Montréal?

«Tout indique que la récente évolution de la construction résidentielle dans la région de Montréal ne fait qu’accentuer gravement ce phénomène d’étalement urbain dont nous avons manifestement perdu complètement le contrôle», écrit l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Tout indique que la récente évolution de la construction résidentielle dans la région de Montréal ne fait qu’accentuer gravement ce phénomène d’étalement urbain dont nous avons manifestement perdu complètement le contrôle», écrit l'auteur.

Statistique Canada estime qu’en 2020, la COVID-19 est venue ajouter 15 000 décès au Canada, dont environ 8000, soit 53 %, au Québec. Or, notre province ne compte que pour 23 % de la population du Canada. Au Québec, entre le 25 et le 31 janvier 2021, le taux quotidien moyen de nouveaux cas de COVID-19 a été de 72 % supérieur sur l’île de Montréal par rapport à l’ensemble du Québec, y compris Montréal.

Avec le télétravail, le centre-ville de Montréal est désert ou presque depuis mars dernier. Les hôpitaux, les universités, les cégeps et les milieux de travail de notre ville sont durement touchés. Et voilà que nous apprenons, ce qui ne surprendra personne, que, selon la SCHL, quand on compare les trois plus grandes villes du Canada du point de vue des mises en chantier de logements en janvier :

C’est à Montréal que la péri-urbanisation est la plus forte ; à Toronto et à Vancouver, le nombre de logements achevés en janvier atteint un sommet dans un rayon de 20 à 30 km, alors que, dans la grande région de Montréal, ce sommet se trouve à plus de 30 km ;  dans la grande région de Montréal, l’offre de logements augmente à mesure que l’on s’éloigne du centre-ville et décroît en fonction de la densité démographique.

Déjà en 2016, en appliquant la même méthode mathématique pour calculer les limites des aires métropolitaines de Toronto et de Montréal, nous découvrions que l’aire métropolitaine de Montréal était de 29 % plus grande que celle de Toronto, alors que la grande région de Toronto avait une population de 37,5 % plus grande que celle de la grande région de Montréal.

Bien plus, nous découvrions qu’entre 2006 et 2016, Toronto avait réussi à réduire de 3 % son étalement urbain mesuré par le rapport entre la densité de la deuxième couronne et la densité du centre, alors que Montréal avait augmenté de 11 % son étalement urbain calculé de la même manière.

Tout indique que la récente évolution de la construction résidentielle dans la région de Montréal ne fait qu’accentuer gravement ce phénomène d’étalement urbain dont nous avons manifestement perdu complètement le contrôle avec les conséquences prévisibles connues : multiplication des dépenses en infrastructures urbaines (routes, rues, égouts, aqueducs, écoles, polyvalentes, hôpitaux et cliniques), augmentation des gaz à effet de serre, dépérissement et appauvrissement du centre, augmentation de la criminalité au centre de l’agglomération, détérioration du patrimoine historique concentré au centre, perte de compétitivité de la région, etc.

Or, ni au fédéral, ni au provincial, ni à la Ville de Montréal, on ne voit la moindre vision cohérente de la gravité du problème et de ce qui doit être fait. Ces gens ne sont même pas conscients que le concurrent le plus direct de Montréal n’est plus, depuis plusieurs années, Toronto. C’est maintenant Ottawa, qui a déclassé Calgary au quatrième rang des plus grandes villes canadiennes et qui se situe à seulement 170 km de Montréal.

Le problème, c’est que le Parti libéral du Canada table de moins en moins sur le Québec et la CAQ, de moins en moins sur l’île de Montréal. Quant à Projet Montréal, il parlait d’étalement urbain avant son accession au pouvoir (c’était même au cœur de son programme sous Richard Bergeron) et il n’en parle plus depuis. On n’arrive même pas à assurer que le REM s’arrêtera à l’aéroport international de Montréal qui a été inauguré, il y a 80 ans, en 1941 ! Qui sauvera Montréal ?

20 commentaires
  • Jacques Bordeleau - Abonné 22 février 2021 08 h 58

    Fuite

    Montréal fait fuir les jeunes familles de la classe moyenne à cause de ses coûts de loyer, de sa criminalité en hausse, de son anglicisation rampante, de la ghettoisation de ses communautés et de la déficience de ses infrastructures. Et personne n'y peut rien, surtout que le contexte pandemique, malgré son caractère dramatique, ouvre des perspectives de vie meilleure ailleurs qu'à Montréal pour les francophones et leurs familles.
    À mon humble avis, si Montréal ne redevient pas la plus grande ville française d'Amérique, accessible aux familles et accueillante au Québec, elle est condamnée à la ghettoisation et au déclin rapide. Le Québec se développera ailleurs et remplacera les infrastructures économiques et culturelles concentrées sur l'île. Les anglophones, une seconde fois, quitteront pour lOntario.
    Malgré ses prétentions, Montréal sans le Québec francophone ne sera pas sauvé et les rats envahiront les tours à bureaux du centre-ville. Il paraît que c'est déjà commencé.

    Jacques Bordeleau

    • Jean-Charles Morin - Abonné 22 février 2021 14 h 36

      "Montréal fait fuir les jeunes familles de la classe moyenne à cause de ses coûts de loyer, de sa criminalité en hausse, de son anglicisation rampante, de la ghettoisation de ses communautés et de la déficience de ses infrastructures." - Jacques Bordeleau

      Admirablement bien résumé. Espérons que la mairesse va vous lire.

  • Cyril Dionne - Abonné 22 février 2021 09 h 01

    Dire la vérité, c’est aussi sauver

    Bon, on nous parle des statistiques de la COVID-19 au Québec. Montréal est responsable de 21% de tous les décès dus au coronavirus au Canada, mais compte seulement 5% de sa population. On parle de sauver Montréal. Pourquoi?

    Bon, la démondialisation rime aussi avec le dépeuplement des villes. Montréal, sans les régions n’est rien qu’une agglomération de gens qui dépendent des ressources naturelles venant de l’extérieur. Ce concept moyenâgeux de cité-État a fait son temps merci. Nous sommes en 2021.

    Bon, la ville et la mairesse de Montréal ne cessent de quémander de l’argent du gouvernement qui vient en fait des contribuables venant surtout des régions. La plupart des gens et commerces de Montréal ne peuvent pas payer leurs taxes foncières. Dites-nous encore une fois pourquoi a-t-on besoin de sauver Montréal?

    Enfin, ce qui nous parvient de Montréal en temps de pandémie à part du coronavirus et ses variants, c’est la culture « Woke » et ses élus autoproclamés qui accusent les gens à l’épiderme pâle de tous les crimes contre l’humanité. On nous parle d’appropriation culturelle, du déboulonnement de statue comme si on pouvait réécrire l'histoire, du mythique racisme systémique, de la discrimination positive (oxymore), des territoires supposément non cédés et j’en passe. Maintenant, la « Cancel culture » aux airs d’un maccarthysme d’extrême gauche a envahi les institutions postsecondaires de cette ville et sème la terreur chez les enseignants dans un climat de censure et d’autocensure. Encore une fois, pourquoi sauver Montréal?

    Alors, nul besoin de sauver quelque chose qui ne sert plus.

  • Jean Richard - Abonné 22 février 2021 09 h 40

    La ville aux mille scénarios

    « Avec le télétravail, le centre-ville de Montréal est désert ou presque depuis mars dernier. » – On doit se poser la question : le télétravail a contribué à l'exode vers la troisième banlieue ou les petites villes des régions ; or, le télétravail serait-il en train de nous montrer ses limites ? Certains employeurs y voient un moyen prometteur de réduire les dépenses, y compris le salaire des employés, prêts à accepter une réduction de leurs revenus en échange d'une réduction de leurs dépenses. D'autres employeurs croient au contraire qu'il faut rassembler les travailleurs, la complexité des tâches exigeant le travail en équipe, le télétravail allant à l'opposé en favorisant l'individualisme. Et s'il y avait pénurie de travailleurs souhaitant réintégrer le travail centralisé, on pourrait se retrouver dans une situation où les emplois les mieux rémunérés se retrouvent en ville.

    « la récente évolution de la construction résidentielle dans la région de Montréal » – Il y a une évolution dont on ne parle pas souvent, le retour du logement en location. J'ignore si le phénomène est local, mais dans Rosemont-Petite-Patrie, plusieurs édifices de taille moyenne sont apparus sur le marché locatif, le plus souvent destinés aux bien nantis. Et de façon plus discrète, de nombreux copropriétaires ont délaissé leur condo pour le louer. On peut s'attendre à de nombreuses mises en vente une fois la pandémie derrière nous. L'ère des condos serait-elle révolue ? Le laxisme de Québec face à ce mode de propriété rend inquiets plusieurs copropriétaires. Des immeubles très mal construits entraînant des réparations coûteuses et des frais d'entretien plus élevés que prévus, des fonds de prévoyance insuffisants, des assureurs de plus en plus frileux (et coûteux), des voisins qui n'ont pas appris à vivre en ville, le télétravail qui contrevient à la destination de l'immeuble (avec potentiel de conflit interne)... Bref, les pièges de la vie en condo sont inquiétants.

  • François Beaulé - Inscrit 22 février 2021 09 h 45

    L'étalement urbain n'est pas un phénomène récent

    M.Tellier, ce professeur dit émérite, semble s'être rendu compte du phénomène d'étalement urbain depuis quelques années seulement. Il débute un de ses paragraphes en écrivant : « Déjà en 2016... » !

    Or il n'est point besoin de faire des comparaisons avec Toronto ou Vancouver pour constater les conséquences de l'étalement urbain dans la région de Montréal. Diverses facultés universitaires d'urbanisme, d'aménagement, d'architecture et d'études urbaines auraient pu tirer la sonnette d'alarme depuis des décennies. On ne les a jamais entendues.

    L'étalement urbain ne s'est pas produit en un jour, non pas en 5 ans seulement non plus. La responsabilité d'en mesurer l'émergence et les conséquences à long terme était et est celle des spécialistes de ces questions et non pas au commun des mortels. Les politiciens n'ont généralement pas les aptitudes ni les connaissances pour se représenter l'étalement urbain dans l'espace et dans le temps.

    Il est vrai que certains politiciens ont pu être conscients du problème mais n'ont rien fait pour le régler en prenant des mesures radicales. Je pense par exemple à Louis Harel, ancienne ministre des affaires municipales, qui a transféré sa responsabilité à la CMM. Avec les piètres résultats que l'on sait. Et maintenant voici la ministre actuelle qui reporte l'adoption du nouvelle loi sur l'aménagement aux lendemains de la prochaine élection. Histoire de gagner - ou de perdre - du temps une fois de plus.

  • Daniel Seragifal - Inscrit 22 février 2021 10 h 01

    Réponse à Jacques Bordeleau et Cyril Dionne

    Il est toujours dommage de lire ces commentaires réducteurs. Dans l'un: la glorification des canadiens-français de souche, la démonisation des gens issus de l'immigration, et du pur mensonge (augmentation de la criminalité? La tendance lourde sur le long terme est complètement opposé, c'est un mensonge facile à démonter en quelques minutes de recherche dans les médias). Le bon francophone est le remède au mal de l'immigration! Et les ghettos: la grande mixité de Montréal est un problème, mais pas des régions entières homogènes francophones de souche, où les perceptives sont « meilleures » (de quelle façon) ? C'est d'un mépris caricatural, un sentiment de supériorité mal placé. Montréal, personne veut y vivre, les prix sont trop hauts!

    Dans l'autre, une réducation caricaturale de l'apport économique, humain et culturelle des villes, réduisant l'humain en... producteur de ressources naturelles, j'imagine? Bien entendu, on se ment à soit-même en voulant se convaincre que le bon peuple des régions payent pour la grande ville, un phénomène mille fois démenti: on observe plutôt l'inverse de manière claire historiquement. Ensuite du dire anti-woke, comme si ça définissait la ville d'une façon pertinente.

    Derrière les deux: le mépris d'humains bien réels. Ils ne pensent pas comme nous, ils parlent différement, ils sont différents. Et on crache sur cette réalité.

    Pourquoi aider les villes? Parce qu'on sauve les régions quand elles vont mal. Parce que c'est la maison de 2 millions d'individus sur l'île qui ont le droit à la même considération que les autres. Pour sauver leur synérgie culturelle, économique, de savoir qui n'existe pas ailleurs. Pour sauver notre planète avec un milieu de vie dense, moins motorisé, pour limiter la destruction de nos terres agricoles et naturelles.

    Mais Montréal n'a pas à être sauvé: les villes sont toujours résilientes sur le long terme. Tout est une question d'accompagnement pour un problème spécifique.

    • Cyril Dionne - Abonné 22 février 2021 13 h 57

      Cher inscrit,

      « Ben » oui, les méchants campagnards et les bons citadins qui ne cessent de demander des services et de l’argent aux différents paliers de gouvernements. Est-ce que quelqu’un pourrait nous expliquer sans rire ce que produisent les villes comme Montréal à part du mépris pour les gens en régions? Montréal est le milieu le plus dense et le plus motorisé du Québec.

      Bon, ceci dit, si Montréal est si résiliente comme on l’affirme, eh bien, qu’elle cesse de quémander de l’argent à court, moyen et long terme, elle qui voulait devenir une ville sanctuaire pour les illégaux notamment du chemin Roxham. Pardieu, vous payer un métro n’est pas assez? Mais ce qu’on observe, c’est une ville en perte de vitesse qui rejoindra bientôt celle de Détroit, Buffalo, Cleveland, Baltimore, Washington DC de la « Rust Belt » américaine. Sa descente aux enfers était déjà annoncée il y a longtemps.

      Aussi, on avait demandé et on demande que les gens de Montréal restent chez eux afin de cesser de contaminer les régions durant la pandémie.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 22 février 2021 14 h 42

      "La tendance lourde sur le long terme est complètement opposé, c'est un mensonge facile à démonter en quelques minutes de recherche dans les médias.." - Daniel Seragifal

      Tout dépend dans quels médias vous vous abreuvez. Il y a tellement peu de criminalité dans le ghetto de Montréal Nord que même la police ne prend plus la peine d,y aller.

    • Jacques Bordeleau - Abonné 22 février 2021 15 h 31

      Mais alors, M. Seragifal, comment expliquez-vous la situation de Montréal si bien décrite dans l'article ? Que proposez-vous pour y remédier ? Le statu quo, l attentisme, l'immobilisme ? Je n'en démords pas, Montréal était à son apogée quand on disait d'elle à raison qu'elle était la plus grande ville française d'Amérique. Depuis, elle n'a su que péricliter. Ce n'est pas du mépris, c'est un constat navré.

      Jacques Bordeleau

    • Jacques Bordeleau - Abonné 22 février 2021 15 h 40

      M. Segarifal, je lisais ce matin que Valérie Plante, voulant implanter un programme de policier et travailleur social en tendem, RÉCLAME 15 millions de Québec pour ce faire. Réflexe montrealais conditionné.

      Jacques Bordeleau