Pour une égalité réelle des langues officielles

«Nous reconnaissons que la langue française est minoritaire par rapport à la langue anglaise et de ce fait, que nous avons un devoir accru de la protéger», écrit l'autrice.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne «Nous reconnaissons que la langue française est minoritaire par rapport à la langue anglaise et de ce fait, que nous avons un devoir accru de la protéger», écrit l'autrice.

Plus que jamais, le temps est venu de faire le point sur la situation linguistique au Canada, de prendre acte de l’évolution des langues officielles depuis plus de 50 ans et d’agir afin de relever les défis auxquels elles sont confrontées. Le temps est venu d’offrir une vision modernisée de notre dualité linguistique et de notre bilinguisme au pays afin d’en assurer leur avenir.

Depuis sa création en 1969, force est de constater que la Loi sur les langues officielles a eu de nombreuses retombées positives d’un bout à l’autre du pays. Elle a établi le bilinguisme institutionnel et, ce faisant, permis aux francophones d’avoir accès à des services dans leur langue partout au pays ainsi qu’à des possibilités de carrière au sein de la fonction publique. Elle a favorisé l’émergence d’une nouvelle génération des langues officielles : des jeunes ont pu être scolarisés dans la langue de la minorité, alors que leurs parents n’en avaient pas eu la possibilité. Elle a protégé les droits de nos communautés de langue officielle en situation minoritaire et a assuré leur dynamisme.

À l’instar des langues autochtones, le français et l’anglais sont une richesse. Nos langues officielles font partie de notre identité ; de notre passé, de notre présent et de notre avenir. Elles sont des points de rencontre, des traits d’union entre nos cultures. Elles sont au cœur du contrat social de notre pays.

Un devoir

Or, le monde est en changement. Le développement fulgurant du numérique et du commerce international favorise l’utilisation de l’anglais. De ce fait, l’utilisation du français est en recul au Canada et sa vitalité inquiète. Nous reconnaissons que la langue française est minoritaire par rapport à la langue anglaise et de ce fait, que nous avons un devoir accru de la protéger. Afin d’en arriver à l’égalité réelle entre nos deux langues officielles, nous devons poser des gestes concrets. Ce travail, nous devons le faire ensemble, les uns avec les autres, dans un climat de collaboration et d’acceptation. C’est une question de cohésion sociale.

Dans l’édification d’une société moderne et juste, tous nos citoyens doivent se voir reflétés dans les objectifs de la Loi sur les langues officielles. La communauté anglophone majoritaire doit pouvoir bénéficier d’occasions d’apprentissage de la langue française. Fini les listes d’attente dans les écoles d’immersion au pays. Le gouvernement fédéral doit agir dans sa juridiction afin de répondre aux préoccupations des francophones au Québec et au pays, de protéger et promouvoir la langue française et de renforcer le sentiment de sécurité linguistique. Nous reconnaissons le droit d’être servi et de travailler en français dans les entreprises de compétence fédérale au Québec et dans les régions à forte présence francophone au pays.

Le Canada a aussi le devoir d’attirer et de faciliter l’immigration francophone à l’extérieur du Québec. Enfin, nos communautés de langue officielle en situation minoritaire, d’expression anglaise au Québec et francophones pour le reste du Canada, ont droit à des institutions fortes soutenues par elles et pour elles qui assurent leur vitalité et leur pérennité. Le gouvernement fédéral sera à leurs côtés.

L’État fédéral doit jouer un rôle de premier plan en matière de bilinguisme. Les juges nommés à la Cour suprême doivent être bilingues, le rôle de CBC/Radio-Canada en tant qu’institution culturelle doit être consolidé et les pouvoirs du Commissaire aux langues officielles doivent être renforcés. La fonction publique, point de contact privilégié pour les Canadiens avec leur gouvernement fédéral, doit aussi donner l’exemple.

Notre réforme linguistique fait état d’une série de changements proposés par le gouvernement afin d’établir un nouvel équilibre en matière linguistique. En ce sens, elle ouvre la voie en la matière pour les 50 prochaines années.



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