Une mobilisation citoyenne pour redresser la barre en éducation

Les auteurs estiment que le gouvernement actuel, comme ceux qui l’ont précédé, est en bonne partie responsable des problèmes évoqués.
Photo: Getty Images Les auteurs estiment que le gouvernement actuel, comme ceux qui l’ont précédé, est en bonne partie responsable des problèmes évoqués.

Depuis quelques années, et plus fréquemment depuis quelque temps, constatant d’énormes problèmes dans notre système scolaire, plusieurs voix réclament la mise en place par le gouvernement d’une réflexion collective sur l’éducation. Les problèmes abondent et ils sont graves : l’inacceptable ségrégation scolaire dénoncée entre autres par le Conseil supérieur de l’éducation ; la lourdeur de la tâche du personnel scolaire qui provoque le départ de plusieurs ; la démocratie défaillante des institutions scolaires, qui va de pair avec un brouillage des responsabilités ; l’inacceptable omerta imposée à toutes les personnes de la maternelle aux ministères ; l’envahissement mercantile et sans balises des TICS à l’école ; l’insuffisance de moyens pour soutenir les élèves les plus démunis ; le piètre état du parc immobilier ; le matériel scolaire insuffisant, dont les manuels et outils de référence au cours de la scolarité obligatoire ; la remise en cause de plus en plus fréquente, par des élèves et leurs parents, des contenus et des méthodes employées en classe, qui phagocyte l’enseignement et sa mission culturelle ; le peu de considération et de moyens pour l’éducation des adultes et l’éducation professionnelle. Ce portrait est loin de ce qu’annonçait le rapport Parent !

Or, on ne peut pas résoudre ces problèmes à la pièce, car ils sont interreliés. Tous demandent des diagnostics précis et des orientations réfléchies et consensuelles : l’éducation est une responsabilité collective. Aussi, les changements nécessaires doivent être l’objet d’une adhésion large, particulièrement chez celles et ceux qui sont concernés au premier chef. Dès lors, l’idée de réclamer du gouvernement soit une commission Parent 2.0, soit de seconds états généraux sur l’éducation émerge spontanément.

Mais, il y a un mais…

Comment imaginer que le gouvernement actuel ait la volonté politique de répondre à une telle demande ? Comment ne pas craindre que le ministre de l’Éducation qui refuse de reconnaître le problème de la ségrégation scolaire ne soit pas tenté de biaiser avec les modalités d’une telle démarche, si jamais il s’y contraint ? Comment présumer qu’il en poserait correctement les termes et en respecterait les orientations ?

Réforme critiquable

Il faut se souvenir de ce qui s’est passé avec les états généraux sur l’éducation en 1995. La consultation avait été bien faite, l’intégrité des commissaires et les modes de consultation choisis avaient fait de l’exercice une authentique démarche collective de réflexion. Mais tout cela n’a pas été suffisant ! Il faut relire le rapport final de 1996 et se rappeler qu’il a mené à une réforme mal ficelée, fort critiquée et critiquable.

Le gouvernement actuel, comme ceux qui l’ont précédé, est en bonne partie responsable des problèmes évoqués. Il n’a jamais remis en cause la marchandisation de l’éducation, ni la promotion des nouvelles méthodes de gestion axées sur les résultats (GAR), ni les politiques du nouveau management public (NMP). On ne peut attendre que le gouvernement actuel réponde aux demandes d’un large débat public sur l’éducation et encore moins qu’il appliquerait les recommandations qui seraient incompatibles avec son idéologie et ses politiques rendues transparentes par les lois 40 et 12. Alors, que faire ?

Seule une large coalition citoyenne peut susciter cette nécessaire réflexion nationale sur l’école québécoise. Dans les prochains mois, Debout pour l’École ! entend convier à une rencontre des membres d’organisations d’enseignants et de parents, des spécialistes des sciences de l’éducation, des administrateurs scolaires ainsi que des militantes et militants d’organismes voués à la défense de l’éducation, dont le mouvement L’école ensemble, Je protège mon école publique, Profs en mouvement, Losanges jaunes, Profs contre l’austérité, le MÉMO, pour examiner ensemble la meilleure voie à suivre afin qu’adviennent les changements requis.

12 commentaires
  • Ghislaine Lapierre - Abonnée 19 février 2021 09 h 15

    Oui, passer à l'action

    Je suis entièrement d'accord avec les constats de ce texte et sur la nécesité et même l'urgence d'une vaste coalition citoyenne pour proposer des solutions à tous les problèmes décrits ici et connus depuis des décennies.

    Ghislaine Lapierre, abonnée.

  • Cyril Dionne - Abonné 19 février 2021 12 h 18

    « Il est plus facile de plier un jeune plant que de redresser un arbre » Proverbe français

    Vous m’avez perdu à « phagocyte ». Si vous voulez que votre discours soit entendu par tout le monde, eh bien, il faudrait aussi parler leur langue. Décrier l’élitisme et la ségrégation scolaire en éducation tout en lui remettant une couche supplémentaire n’arrangera absolument rien.

    Ceci dit, je suis d’accord grosso modo avec ce qui découle de cette lettre. L’avènement des enfants et parents rois jumelés à une dévalorisation constante de la profession enseignante n’augure rien de bon pour l’avenir parce que ceci est proportionnel au décrochage du personnel scolaire. Le nivelage par le bas n’aide pas non plus et la réponse ne se trouve pas dans les facultés des sciences de l’éducation parce qu’elles font parties du problème inhérent.

    Là où je décroche, c’est la vilipension des technologies en éducation. Le Québec ne s’est jamais doté d’un programme congruent et pédagogique en ce qui concerne les TICS. Jamais et cela était et est tellement apparent durant cette période de crise sanitaire et l’école virtuelle.

    Enfin, l’Ontario a une approche citoyenne en éducation vu que les écoles privées en pays de Doug Ford sont aussi rares que les coupes Stanley du CH durant les deux dernières décennies. Pourtant, sur les tests de PISA, les écoles québécoises sont considérées comme parmi les meilleures au monde et elles arrivent premières au classement francophone. Meilleures que celles qu’on retrouve en Finlande ou en France. Et même si les écoles ontariennes sont toutes publiques, elles ont trouvé une façon d’encourager l’élitisme qu’on retrouve chez les écoles privées québécoises. Bien oui, si vous voulez aller à l’école de votre choix, il faut vivre dans le quartier. Or, dans les quartiers plus aisés de Toronto, le prix moyen d’une maison avoisine un million et plus et on ne retrouve pas beaucoup de parents sur l’aide sociale. Elles sont les meilleures des écoles ontariennes. La courbe du revenu familial est proportionnelle à celle du rendement scolaire.

  • Flavie Achard - Abonné 19 février 2021 12 h 24

    Flavie Achard - abonnée

    Dommage que le texte mis par Le Devoir à côté de la photo contredise le message du texte de Suzanne-G. Chartrand et Jean Trudelle.
    Ce texte indique: «Mais, il y a un mais...» C'est là où le texte se distingue de ceux déjà publiés et demandant des États généraux 2,0. Oui, seul un large mouvement citoyen peut mener à terme une réflexion nationale valable sur l'école québécoise. Je ne pense pas que le gouvernement Legault est en mesure de faire cette opération.

    • Pierre Fortin - Abonné 19 février 2021 14 h 32

      Madame Achard,

      Tout comme vous je doute que le gouvernement Legault soit en mesure de procéder à une révision en profondeur de notre système d'éducation. Pour la bonne raison que c'est M. François Legault lui-même, alors qu'il était ministre de l'Éducation, qui a imposé au système scolaire sa Loi sur l'administration publique avec laquelle nous vivons depuis et qui se caractérise par la rigidité de son approche comptable de l'éducation. Le ministre Legault croyait qu'un plan de réussite des écoles devait être l’équivalent scolaire du plan d’affaires des entreprises, avec des objectifs mesurables à atteindre, des moyens pour y parvenir et des mesures d’évaluation. Sauf que les écoles ne sont pas des usines; il y aurait long à dire sur les dérives qui en ont résulté.

      Bref, on a conçu tout ce qu'il faut pour satisfaire un gestionnaire, mais strictement rien pour soutenir l'apprentissage : le cœur et la raison d'être de l'école québécoise. En faisant des profs de simples exécutants des commandes administratives, on a oublié qu'une école c'est d'abord un prof avec ses élèves et que la classe est le véritable lieu d'éducation. Et nous vivons avec ce système depuis 20 ans sans que les merveilleux plans de réussite imaginés en haut de la chaîne bureaucratique n'aient mené à rien d'autre qu'à un curriculum qui rétrécit de plus en plus et à plus d'échecs et de décrochage. 20 ans d'expérimentation auraient dû suffire pour nous faire comprendre qu'il est vain d'espérer que les mêmes décideurs sauront corriger la route dans laquelle ils nous ont enlisés.

      Madame Chartrand et Monsieur Trudelle ont bien raison de vouloir ouvrir le débat à la population pour qu'on pose enfin la première question : qu'attend-on de l'école québécoise ? Doit-elle d'abord servir à satisfaire le marché de l'emploi ou à développer les personnes avec des têtes bien faites qui choisiront ensuite librement leur rôle en société ?

  • Jacques Patenaude - Abonné 19 février 2021 12 h 58

    Ça sent le débat entre sourds

    Bien d'accord pour admettre que le gouvernement de la CAQ n'est pas le gouvernement idéal. La réforme des commissions scolaire a déjà démontré son échec. D'accord aussi avec une bonne partie du diagnostic sur le système scolaire actuel. D'accord aussi pour dire que la concertation menée en '95 n'a pas été un succès, alors que dans d'autres domaines elle a apportée de bons résultats comme pour la régionalisation, l'économie sociale, les CPE etc. Dans ces cas c'est plutôt l'arrivée au pouvoir des libéraux qui ont charcutée une bonne partie des acquis sans toutefois parvenir à les éliminés complètement. Une mobilisation de la société civile est nécessaire mais la question "Comment imaginer que le gouvernement actuel ait la volonté politique de répondre à une telle demande ? ..." annoncent d'avance le choix pour un dialogue entre sourds comme on en a vécu sur la question de la laïcité. Qu'on le veuille ou non ceux qui sont au pouvoir bien qu'ils ne soient pas mon choix ont été élus et il faut bien l'accepter. Cette mobilisation ne peut que faire long feu si au départ on pense que le gouvernement ne peut accepter de propositions venant de la société civile. Un mobilisation devrait d'abord viser à l'adhésion de l'opinion publique pour une réforme consensuelle. Ensuite on verra si le gouvernement suit ou non. Mais poser d'office l'incapacité pour ce gouvernement de réformer le système nous condamne à un nouveau débat entre sourds qui n'a pas nécessairement désavantagé ce gouvernement

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 février 2021 13 h 42

      Le 24 août 2003, Radio Canada publiait les données des recensements Léger Marketing, dans lequel 66% des Québécois se disaient satisfaits de leur système d'éducation. Le Québec n'était devancé que par les provinces des Prairies avec 69%.

      Je pense que le même sondage, aujourd'hui, pourrait donner des résultats différents. Et c'est normal: la société a changé....et beaucoup!

      Le danger avec la CAQ: aller trop vite. Comme ils ont fait avec Jolin Barrette en immigration. Comme ils ont fait avec la loi 40; avec laquelle nos écoles francophones sont gérées par une organisation régionale fermée sur elle-même, sur le modèle des CISSS et des CIUSS en santé, sans aucune transparence. Et cela sans qu'il y ait eu de véritables débats sur la place publique.

      A propos, voir « Le cas Roberge » : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1770518/cas-roberge-martine-biron-ministre-education-quebec

    • Pierre Grandchamp - Abonné 19 février 2021 17 h 10

      Un exemple du recul démocratique avec les Centes de services scolaire. Le cas des élèves acceptés puis refusésà un eécole publique de Montréal, dans un programme particulier. C'est le minsitre qui a dû régler cela. Alors que s'il y avait un président ÉLU de Commission scolaire, cela aurait été réglé localement. Grosses boîtes de fonctionnaires où les membres du CA jouent le rôle de figurants; comme dans les CISSS et les CIUSSS, en santé.

      Au fait, vous connaissez le nom du DG du CSS de votre région? C'est lui le porte parole: un employé!

    • Jacques Patenaude - Abonné 19 février 2021 19 h 32

      M Grandchamp
      Bien d'accord avec vous. La CAQ agit et pense après. Tout gouvernement en démocratie doit tenir compte de l'opinion publique d'abord car s'il ne le fait pas il perdra le pouvoir. Alors mobiliser l'opinion publique est j'en suis convaincu beaucoup plus important que de décréter des guéguerres avant même d'avoir mobilisé la population autour d'un projet porteur. Bourassa deuxième mouture c'était présenté avec un vrai programme libéral qui n'était pas vraiment en phase avec la population tout comme la CAQ est présentement élue par défaut. La mort récente de Robert Dean ministre anglophone péquiste me l'a rappelé. M. Dean proposait une véritable politique de l'emploi. La mobilisation de l'opinion publique fut importante dans ce dossier. Bourassa n'a eu que d'autres choix de faire des pas dans cette direction. Il faut je pense s’inspirer de ça pour avancer. Il faut définir d'abord un projet auquel l'opinion publique ADHÉRERA majoritairement. La CAQ n'aura d'autre choix que de le suivre ou perdre le pouvoir. C'est préférable à d'office postuler que le gouvernement n'acceptera jamais tout compris car trop idéologue

    • Pierre Fortin - Abonné 20 février 2021 12 h 34

      Merci pour cette référence au texte de Madame Biron, Monsieur Grandchamp.

      On y apprend sans grande surprise de nouvelles révélations sur la culture qui prévaut dans l'administration publique. Madame Biron y relate les propos d'anciens ministres dont un ancien ministre de l’Éducation : « Il ajoute qu’à l’Éducation, c'est plutôt une expertise idéologique, et ces idéologues pensent qu’ils savent tout. » Ce qui permet de confirmer bien des constats d'échec de ce ministère.

      Et le plus malheureux c'est que ces fonctionnaires ne se risquent jamais à soumettre leur idéologie à l'examen public. Nous faut-il un vérificateur général nouveau genre qui sache apprécier la culture d'entreprise, l'efficience et la productivité réelle de nos grands ministères, et qu'ils en rendent compte publiquement ?

  • Raynald Richer - Inscrit 19 février 2021 15 h 14

    À votre liste, vous pouvez ajouter (entre autres):


    Une intégration anarchique des élèves avec des problèmes graves dans les classes ordinaires jumelées à un manque de ressource. Ce qui surcharge les enseignants et les enseignantes, les empêche de bien faire leur travail et pousse les parents ( et les enseignants) à envoyer leurs enfants à l’école privée. La privatisation de l’école publique par des programmes spéciaux, la sous-diplomation des garçons et leurs manques d’accès à l’éducation supérieure. La politisation des contenus, les réformes cosmétiques et idéologiques dont l’efficacité n’est pas évaluée. manque de présence masculine à l’école, le corporatisme des pédagogues sur la formation des enseignants(es) et des techniciens(es), etc.

    Bien daccord avec vous, l’éducation a été fortement amochée ces 20 dernières années et elle a besoin d’un sérieux coup de barre.