La loi sur la radiodiffusion - Une protection à réévaluer

Je suis heureux de voir que les récentes décisions du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) soulèvent des questions non pas uniquement sur la pertinence de cet organisme, mais plutôt sur la loi sur la radiodiffusion. Depuis longtemps, je souhaite que le grand public constate les effets pervers et peu démocratiques de cette loi, qui interdit aux chaînes étrangères l'accès au Canada dès lors qu'elles présentent une concurrence, même partielle, à un service canadien.

Le CRTC, dans la même décision qui autorise la chaîne al-Jazira, a refusé la demande de la RAI et des chaînes généralistes de langue espagnole (si les médias font peu état de ces dernières, c'est sans doute parce les hispanophones n'ont pas de véritable porte-parole) afin de ne pas nuire à la chaîne Telelatino.

Cette chaîne, faut-il le préciser, ne diffuse que 50 % de programmation en langue italienne et celle-ci est depuis longtemps fort critiquée par la communauté italienne. De plus, je rappelle que Telelatino avait obtenu l'autorisation de lancer une chaîne RAI Canada il y a quelques années, mais comme elle n'a jamais manifesté la moindre volonté de lancer un tel service, il y a lieu de croire que cette société s'est servie de cette licence dans l'unique but de faire obstacle à RAI International.

Protection strictement économique

Je me demande bien quel autre pays démocratique se permet une telle censure des chaînes étrangères. Je rage de voir que la protection de la «culture canadienne» soit prétexte à une telle protection devenue strictement économique! De telles mesures s'opposent directement au concept de la diversité culturelle tant défendu par nos politiciens. L'omniprésence de la culture des voisins du Sud justifierait-elle donc la fermeture de nos frontières aux étrangers dans le domaine de l'audiovisuel — même si on s'enorgueillit du succès des Canwest Global et CHUM qui exploitent des chaînes à l'étranger?

Je tiens à préciser que les effets de cette censure ne se font pas uniquement sentir sur les communautés ethniques. La télévision numérique en français ne pourra vraisemblablement pas se développer à court terme, puisque l'importation de quelques-unes des chaînes thématiques européennes (dont plusieurs sont distribuées sur tous les continents) est interdite si elles présentent la moindre concurrence à un service d'ici.

L'exemple du Québec est encore plus flagrant. Le succès de la production télévisuelle québécoise, auquel peuvent seulement rêver la plupart des pays de taille comparable, ne sera tout de même pas menacé par l'arrivée de quelques chaînes européennes. Qui peut prétendre que RFO et Planète font trembler les Quebecor et Astral de chez nous?

Mais, comme le sait chaque abonné de Vidéotron numérique, les chaînes anglophones à fort contenu américain ne cessent de se multiplier, le marché canadien-anglais étant suffisant important pour se permettre un tel développement. La télévision américaine «pèsera» encore davantage au Québec, où le public constate désormais que l'avenir de la télévision numérique ne se fait qu'en anglais. Quel message envoie-t-on donc aux jeunes Québécois qui ont désormais accès à plus de 10 chaînes musicales de langue anglaise (dont deux de MTV), alors qu'en français l'offre se limite depuis des années à Musique Plus et Musimax?

Enfin, j'espère que les décisions de la semaine dernière ne tomberont pas de sitôt dans l'oubli. Il se peut que la solution passe simplement par une application plus souple de la loi, plus adaptée à chaque communauté cible, mais il est grand temps de tenir un véritable débat sur la pertinence de cette politique protectionniste qui nous prive d'un accès direct sur le monde! Les mesures protectionnistes ne doivent pas être le seul moyen de faire la promotion d'une culture nationale et la diversité culturelle ne se trouve sûrement pas dans ce repli sur soi.

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