Que feront les 500 000 électeurs souverainistes de la CAQ?

«Réaliser l’indépendance de notre nation est un objectif en soi, un projet exaltant qui devrait faire rêver les jeunes en quête de grands chantiers à entreprendre, comme la création d’un pays vert», estime l'auteur.
Photo: iStock «Réaliser l’indépendance de notre nation est un objectif en soi, un projet exaltant qui devrait faire rêver les jeunes en quête de grands chantiers à entreprendre, comme la création d’un pays vert», estime l'auteur.

Nous vivons ici dans un coin du monde qui ressemble à l’Absurdistan. La catastrophe provoquée par la pandémie a de nouveau révélé, au bien mauvais moment, les dysfonctionnements du système fédéral canadien au Québec, où il y a un gouvernement de trop, celui d’Ottawa. Comment nous sortir une fois pour toutes de ce guêpier ?

Dans son éditorial appelant à voter « surtout » pour le Parti québécois aux élections du 1er octobre 2018, le directeur du Devoir, Brian Myles, dressait ce constat : « Pour l’heure, l’indépendance du Québec est l’équivalent d’une semence remise en terre. » Quoi qu’en pensent les Cassandres nombreuses dans nos médias, cette remise en terre n’est pas un enterrement… Mais combien d’années d’efforts et de patience nous faudra-t-il encore pour faire pousser cette semence et cueillir un jour le fruit quand il sera mûr ?

La crise sanitaire montre que l’indépendance serait le meilleur moyen pour que le Québec soit un État complet, qui fait son travail en étant seul responsable de ses actes. Ce serait aussi la meilleure façon — et c’est là l’essentiel — d’assurer la pérennité en Amérique du Nord d’un peuple de langue française qui compte aujourd’hui plus de 8,5 millions de compatriotes. Réaliser l’indépendance de notre nation est un objectif en soi, un projet exaltant qui devrait faire rêver les jeunes en quête de grands chantiers à entreprendre, comme la création d’un pays vert.

Presque un demi-million de souverainistes ont voté pour la Coalition avenir Québec lors du scrutin d’octobre 2018, soit un bon tiers des électeurs de ce parti, nous a révélé un coup de sonde trop peu connu réalisé après le vote par la firme IPSOS, sous la direction de l’experte Claire Durand. Ils l’ont fait pour se débarrasser du vieux Parti libéral qui ne représentait plus la majorité francophone et, en outre, parce que l’indépendance n’était pas à l’ordre du jour. La CAQ a attiré presque autant de souverainistes que le PQ, d’ex-péquistes en quasi-totalité.

Selon ce sondage, plus de 80 % des électeurs du PQ, soit quelque 537 000 votants, se disaient indépendantistes. Si l’on y ajoute le tiers des électeurs de la CAQ, soit 498 000 votants, cela donne au total plus d’un million de souverainistes. Quant à Québec solidaire, moins de la moitié (47 %) de ses électeurs appuyaient l’indépendance, soit 305 000 votants. Ce parti de la gauche radicale se dit indépendantiste, mais la moitié de son électorat ne l’est pas, hélas. Ces pourcentages n’ont guère varié dans le sondage Léger réalisé en octobre dernier : 84 % des péquistes sont indépendantistes, 41 % des caquistes (en hausse) et 51 % des partisans de QS.

Les quelque 500 000 électeurs souverainistes de la CAQ pourraient mêler les cartes lors du scrutin du 3 octobre 2022, dans 20 mois, une éternité en politique. Déjà, sur la scène fédérale, ils ont aidé au formidable retour en force du Bloc québécois, le parti frère du PQ : 40 % des caquistes ont en effet appuyé le Bloc, davantage que les électeurs de QS qui ont plutôt voté pour le NPD. Dans la foulée, beaucoup d’électeurs de la CAQ pourraient revenir au bercail et contribuer à une remontée du PQ, surtout après avoir constaté la pusillanimité du gouvernement Legault sur la question nationale, sans parler de sa gestion de la pandémie. Le PQ est le seul parti dont l’unique raison d’être est de réaliser l’indépendance et d’en faire inlassablement la promotion. Selon les derniers coups de sonde, il se classe bon deuxième parmi les francophones, loin devant QS et les libéraux. Il est également deuxième dans toutes les régions sauf Montréal et Québec.

Un projet bien vivant

Soixante ans après la fondation du Rassemblement pour l’indépendance nationale — bien peu de temps au regard de l’Histoire —, le projet de créer ici un pays reste bien vivant, comme il l’est dans deux nations amies, l’Écosse et la Catalogne. Le sondage IPSOS nous a appris qu’à une question sur la « séparation » du Québec, sans association avec le Canada, le tiers des répondants (32 %) voteraient oui. Ce pourcentage a atteint 36 % dans le sondage Léger réalisé l’automne dernier. C’est le noyau dur, le socle sur lequel bâtir. Le oui grimpe bien au-delà de 40 % si on ajoute un projet d’association avec le Canada.

Une bonne moitié de nos compatriotes croient que l’indépendance reviendra à l’ordre du jour. Lorsque surviendra une crise grave et inévitable, que feront les indépendantistes et les autonomistes de la CAQ ? Ces nationalistes sincères pourraient se tourner vers la souveraineté, tout comme les forces vives de la société civile. La CAQ elle-même pourrait être secouée par un sursaut nationaliste et participer, avec le PQ et QS, à une vraie coalition pour l’avenir du Québec. Et quand le fruit sera mûr…

« Un peuple ne saurait se passer de tout idéal, a écrit René Lévesque. Il aura toujours besoin de rêver collectivement, et que de ses rêves sortent des projets à réaliser ». Rêvons un peu à ce nouveau pays, libre de vivre sa différence dans la diversité du monde.

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