Libre opinion: Les gisements éoliens: une occasion d'affaires!

Alors que certains veulent immanquablement «aller voir le potentiel» en hydrocarbures polluants et producteurs de gaz à effet de serre qui reposeraitau fond du golfe Saint-Laurent, une étude produite par Hélimax — le plus important consultant indépendant spécialisé en énergie éolienne au Canada — nous a révélé, en avril 2004, que le Québec est pourvu de gisements éoliens gigantesques et très concurrentiels avec les autres ressources énergétiques.

Il s'agit, en effet, d'un potentiel de quelque 100 000 MW d'énergie propre. Ce n'est pas négligeable comme solution de rechange! Tout en limitant les incidences environnementales, ce potentiel d'énergie naturelle (plus naturelle que le gaz soi-disant naturel) représente des possibilités indéniables.

La cartographie des gisements éoliens québécois situés au sud du 53e parallèle, c'est-à-dire à partir de la baie James jusqu'aux Îles-de-la-Madeleine, est fort révélatrice de l'existence de cette mine «d'or vert». Dans le débat qui nous occupe depuis quelques mois, avons-nous les moyens de négliger ce potentiel, pour paraphraser les affirmations de gens d'affaires lorsqu'ils font référence à l'or noir qui reposerait au fond du golfe? Ces gens d'affaires ne devraient pas lever le nez sur les possibilités liées à une telle abondance que la nature nous offre: le vent, dont la durée d'exploitation ne se limiterait pas à quelques décennies, particulièrement dans ces «gisements» exceptionnels dont les Îles-de-la-Madeleine sont pourvues.

En effet, notre archipel, comme les régions riveraines du golfe Saint-Laurent, regorge de ces gisements éoliens. Nous parlons particulièrement, dans notre cas, du potentiel éolien en mer (offshore). La cartographie produite par le rapport d'Hélimax place avantageusement les îles à ce chapitre, avec ses 9,5 m/s de vitesse moyenne du vent.

Pourquoi alors s'obstiner, à contre-courant de la tendance mondiale et en rupture avec nos engagements de réduction des gaz à effet de serre, à vouloir trouver à coups de millions des gisements d'énergie fossile, épuisables à moyen terme, au fond d'une mer intérieure qui donne pourtant gratuitement une denrée éternellement renouvelable?

Le mirage des quelque 3000 emplois prédits par les haut-parleurs de l'industrie pétrolière, dont fait désormais partie notre Hydro nationale (Hydro-Québec Pétrole et Gaz), fait piètre figure devant les retombées qu'entraînerait l'exploitation du vent comme source d'énergie.

Si on en croit Hélimax, selon différents scénarios de production d'électricité éolienne (1000 MW ou 4000 MW), pour un investissement comparable en milliards de dollars, on parle de 4000 à 14 000 emplois directs annuels et de 12 000 à 48 000 emplois indirects sur un horizon de 25 ans.

Nous pourrions demeurer sceptiques envers ce genre de prédiction, mais admettons que les perspectives de développement socioéconomique durable sont plus alléchantes que celles proposées par Hydro-Québec Pétrole et Gaz. Et ce, sans augmenter nos émissions de gaz à effet de serre.

Lors des audiences publiques du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), les 26 et 27 mai derniers, un résidant et professeur de physique au Centre collégial des îles, M. Pierre Beaudoin, a présenté aux commissaires un mémoire traitant de la diversification des sources d'énergie dans l'archipel. Il nous a exposé de façon magistrale un ambitieux projet: doter les îles d'un parc comportant de petites éoliennes terrestres et de grandes éoliennes en mer.

Persuadé que notre milieu présente les meilleures possibilités au Québec de réaliser des projets économiquement rentables, il affirme que les incidences environnementales liées à l'implantation et au fonctionnement de centrales éoliennes, à terre ou offshore, ne sont en rien comparables à celles qu'engendre notre centrale thermique, qu'elle fonctionne au mazout ou au gaz naturel. Et il poursuit du même souffle: «La force et la régularité de la vitesse moyenne annuelle des vents aux Îles-de-la-Madeleine permettent d'envisager des rendements exceptionnels pour certains sites et assurément pour le offshore.» Il ne s'agit pas de palabres, puisque Pierre Beaudoin a réalisé des études locales, en 2003, en vue de l'implantation d'une centrale éolienne de 35 kW à l'usine de Pêcheries Gros-Cap, à l'Étang-du-Nord, et à un site au milieu des buttes, à l'atelier de verre La Méduse inc., à Havre-aux-Maisons. Les deux projets sont prometteurs car on parle d'une production annuelle de 123 MWh, dans le premier cas, et de 155 MWh, dans le second, en raison de l'effet tunnel des buttes. C'est déjà un résultat intéressant.

Mais le véritable projet d'envergure pour les îles, c'est l'implantation de 24 autres éoliennes pour assurer la production de 3000 MWh supplémentaires, prévues d'ici dix ans dans l'archipel, ainsi que d'un parc de 40 turbines éoliennes de cinq MW, installées en mer, à des fins d'exportation. Voilà un type de mégaprojet qui pourrait être soutenable et rentable tout à la fois.

Hydro-Québec a les reins assez solides pour investir dans ce genre d'entreprise, coûteuse mais rentable, et surtout respectueuse de l'environnement, de la population et de l'économie locale.

Dans une telle optique, on peut penser à un développement profitable pour tous [...].

La Chambre de commerce des îles est déjà associée au projet de Pêcheries Gros-Cap, qui va voir le jour prochainement. Nos gens d'affaires ont intérêt à saisir l'occasion et à mettre directement le cap sur la tendance mondiale en faveur des énergies renouvelables.

Les pétrolières elles-mêmes ont flairé le potentiel qu'offre la filière éolienne. Chez nos voisins de l'Île-du-Prince-Édouard, par exemple, où l'on exploite déjà la puissance du vent (North Cape), l'entreprise Irving a un projet de parc éolien important dans la baie de Malpèque. Si c'est bon sur l'île d'à côté, pourquoi ce ne le serait pas sur nos îles? La cartographie des gisements éoliens du Québec nous place favorablement, avec la cote «qualité exceptionnelle du gisement».

Il n'en tient qu'à nous, Québécois et Madelinots, de choisir le virage éolien plutôt que de subir l'impropre virage gazier amorcé, comme par hasard, par une équipe d'anciens dirigeants de Gaz Métro, bien installés à la direction d'Hydro-Québec.

Dans la perspective où nous choisirions collectivement d'harnacher le vent, des Madelinots auront la possibilité de se former en la matière afin d'occuper de nouveaux emplois intéressants, puisque déjà le Groupe Collegia (consortium formé des cégeps de Matane et de Gaspésie-les Îles) entend démontrer à l'industrie qu'il est en mesure de former rapidement des travailleurs pouvant satisfaire à leurs exigences.

Par ailleurs, l'Université du Québec à Rimouski dispose d'un groupe d'experts en énergie éolienne. Enfin, une organisation régionale, la Corporation de gestion intégrée de la ressource éolienne, s'est donné le mandat de favoriser l'éclosion de projets éoliens sur les territoires du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et des îles, dans le respect et au bénéfice des collectivités de ces régions. Des liens sont déjà établis avec des Madelinots intéressés à se joindre à cette organisation.

Saurons-nous faire tourner l'efficacité énergétique à notre aVENTage?