McGill manque d’ambition

Le projet du Royal Victoria devrait inclure les universités françaises, estime l'auteur.
Photo: Laslovarga Creative Commons Le projet du Royal Victoria devrait inclure les universités françaises, estime l'auteur.

S’il faut en croire Mme Suzanne Fortier, la rectrice surpayée de McGill, le Québec aurait tout à gagner de donner le site du Royal Victoria pour planter sur la montagne un grand pôle d’excellence en développement durable, comme le rapportait La Presse. Qui pourrait trouver à redire ? L’environnement est une préoccupation mondiale et il ne serait que justice qu’une université de réputation mondiale comme McGill apporte sa contribution. L’élite scientifique qu’elle rassemble déjà n’en serait que plus forte encore si elle pouvait compter sur une injection de fonds publics pour en soutenir les prétentions. Après tout, la vénérable institution draine déjà plus de la moitié des fonds de recherche consacrés aux universités québécoises, elle accueille avec son club fermé de Concordia plus des trois quarts des étudiants étrangers qui viennent en anglais s’encanailler rue Prince-Arthur entre deux séminaires de « classe mondiale ».

Quiconque a déjà pu constater ce que donne en Asie ou ailleurs ce rayonnement auquel McGill contribue pourrait aisément en témoigner : la référence québécoise y est insignifiante, si ce n’est pour évoquer les charmes de la latin atmosphere qui rend le séjour si agréable. De fait, sans l’apport des étudiants étrangers, cette université ne pourrait maintenir aucun de ses programmes clés. La raison est facile à comprendre : la démographie n’en justifie ni n’en soutient la viabilité. Elle ne peut le faire qu’en usant et abusant de la faiblesse du gouvernement du Québec et de l’ensemble des dirigeants universitaires qui n’osent pas reconnaître que la reine est nue.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue L’Action nationale, janvier 2021, volume CXI, no 1.

On ne reprochera pas tant à la rectrice de jouer son jeu qu’au monde universitaire francophone son esprit démissionnaire. Cela fait des siècles que les dirigeants de l’UQAM se plaignent du sous-financement et une éternité que les constituantes du réseau n’en finissent plus de quémander. Et que dire du silence des syndicats de professeurs et de chargés de cours, qui restent silencieux et résignés devant les projets qui consacrent leur marginalisation et, pis encore, leur déclassement professionnel.

Il faut être singulièrement candide pour s’imaginer que le grand projet de McGill ne signerait pas le déclin rapide de l’UQAM, déjà en passe de se faire damer le pion par Concordia. Le devenir des universités et de la recherche en français sera définitivement scellé. On connaît trop bien les réflexes de colonisé à la base du silence coupable de notre élite de gestionnaires universitaires. Un grand projet en anglais les fera baver d’envie. Le mimétisme leur dictera leurs plus lubriques pulsions et ils ne tarderont pas à tenter de se convaincre que la meilleure façon de composer avec l’ogre de la montagne sera de s’angliciser encore davantage et d’offrir des programmes en anglais.

Ils se perdront trop tard en lamentations. Et ne se rendront pas compte que ce qu’ils tiennent pour de la grandeur n’est en réalité qu’un manque d’ambition. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : McGill manque d’ambition. Si tant est que sa rectrice dise vrai et que cette université soit réellement soucieuse de faire rayonner le Québec, elle ferait de ce projet un puissant levier pour l’ensemble du monde universitaire montréalais, voire québécois. On s’étonne sans trop s’en surprendre que les recteurs de l’Université de Montréal, de Polytechnique, de l’UQAM et de l’École de technologie supérieure n’y aient pas songé. Si un projet comme celui du Royal Victoria doit avoir de l’envergure, il doit précisément l’être d’une dimension nationale. Il devrait être l’occasion de former une grande institution de convergence qui démultiplierait la force de frappe de ce mégacentre. Le gouvernement Legault ne comprend franchement pas grand-chose à ce que la construction et la défense de la nation peuvent bien signifier. C’est franchement scandaleux de le voir renforcer la logique du développement séparé.

Si le gouvernement du Québec avait le sens de l’intérêt national, il cesserait de financer l’apartheid universitaire et assortirait son soutien d’une obligation d’inscrire les ambitions de McGill dans une architecture institutionnelle au service du français et du développement d’un système universitaire national.

Si McGill avait de l’ambition et si son attachement au Québec était autre chose qu’une formule rhétorique, c’est l’idée d’une institution d’envergure nationale qui devrait charpenter son projet.

Si McGill était aussi vertueuse et inclusive, comme nous le répètent à l’envi ses thuriféraires, le projet du Royal Victoria inclurait les universités françaises.

Si McGill était si soucieuse de partager le destin du Québec, un destin français, elle accepterait de fonctionner dans une structure où elle serait ce que la démographie et l’histoire en ont fait et devraient en faire : un partenaire minoritaire, méritoire certes, mais néanmoins poussé par son statut à s’inscrire dans la dynamique nationale du Québec.

Si McGill était si soucieuse de l’avenir français au Québec, elle accepterait que ce projet s’incarne dans une institution française. Une institution qui consacrerait le statut de notre langue au centre-ville.

Non, décidément McGill manque d’envergure. À moins que ne se dégagent de ses réflexes les plus primaires les relents de la vieille maxime orangiste : Never under French rules !

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