Ruée vers Mars

Une photo de la planète Mars fournie dimanche par l’Agence spatiale des Émirats arabes unis (UAESA). Leur sonde, baptisée Al Amal, a réussi ce week-end son insertion en orbite martienne.
UAESA / Agence France-Presse Une photo de la planète Mars fournie dimanche par l’Agence spatiale des Émirats arabes unis (UAESA). Leur sonde, baptisée Al Amal, a réussi ce week-end son insertion en orbite martienne.

Au cours des prochains jours, trois sondes spatiales lancées en juillet dernier par trois pays différents atteindront la planète Mars : un orbiteur baptisé Al Amal (Espoir), lancé par les Émirats arabes unis, et deux atterrisseurs (des « amarsisseurs », devrait-on dire), l’un chinois, baptisé Tianwen-1 (Questions au ciel), et l’autre étasunien, le robot Perseverance. Cette coïncidence dans l’arrivée des trois sondes n’est pas l’effet du hasard : tous les 26 mois environ, la Terre et Mars se retrouvent au plus près l’une de l’autre, ce qui ouvre une fenêtre de lancement idéale, dont profitent les agences spatiales pour atteindre la planète rouge à moindre coût (en carburant) et après un temps de vol réduit.

L’exploration martienne ne date pas d’hier : la première sonde lancée vers notre voisine, la soviétique Mars 1, l’a été en novembre 1962. Le premiersurvol et les premières photos de lasurface martienne datent de 1965, avec la sonde étasunienne Mariner 4. Depuis, des dizaines de sondes orbitales, de sondes de surface et de robots mobiles ont été lancés vers Mars, avec une nette augmentation du nombre de missions au cours des vingt dernières années.

Pourquoi un tel engouement ? D’abord parce que Mars est relativement proche de la Terre et donc plus facile d’accès que bien d’autres planètes ; d’autre part, la planète rouge n’est pas si différente de la nôtre, avec sa surface solide, son atmosphère et son climat relativement tempéré (si on aime le froid polaire, bien entendu !).

Plus important encore, Mars a très vraisemblablement été couverte d’eau, il y a trois à quatre milliards d’années, ce qui soulève l’intrigante possibilité que la vie soit apparue, même brièvement, sur la planète rouge ; les scientifiques aimeraient bien découvrir des traces fossilisées de cette vie primitive. Plusieurs se demandent aussi si la vie martienne aurait pu subsister jusqu’à nos jours sous forme microscopique, bien à l’abri dans des nappes phréatiques enfouies sous la surface. Chercher des traces d’eau et, éventuellement, de vie passée ou présente sur la planète rouge est donc le principal moteur de l’exploration martienne.

Prestige et domination

Mais ce n’est pas le seul moteur.L’exploration de l’espace sert aussi aux nations à augmenter leur prestige et à asseoir leur domination politique et militaire ici même, sur Terre. La course à la Lune, dans les années 1960, mettait aux prises les États-Unis et l’Union soviétique, chaque pays essayant de démontrer sa supériorité politique à travers ses prouesses technologiques.

Soixante ans plus tard, certains acteurs ont changé (exit la Russie, entrée en scène de la Chine et d’autres de moindre importance, comme l’Inde), mais l’objectif géopolitique demeure le même. On explore l’espace pour les connaissances scientifiques, bien sûr, mais aussi pour gonfler ses muscles à la face du monde. La montée en puissance de la Chine, qui lance depuis peu des sondes vers la Lune et maintenant Mars, et qui ambitionne de créer sa propre station spatiale en orbite autour de la Terre, ne devrait laisser personne indifférent…

Il y a aussi le mirage de l’exploration humaine de la planète rouge qui motive en partie les nations spatiales. Oublions un instant les projections qui placent un humain sur Mars en 2030 ou en 2040 et posons-nous plutôt la question de savoir pourquoi nous prendrions le risque de lancer des humains dans une telle aventure.

L’espace est un endroit hostile pour les êtres fragiles que nous sommes. Les radiations ionisantes font vieillir le corps prématurément, sans compter les risques de développer des cancers liés à une trop grande exposition. En apesanteur, le corps humain perd une grande quantité de masse musculaire et de masse osseuse (une forme d’ostéoporose fulgurante), ce qui fait qu’à leur retour sur Terre après des séjours de longue durée à bord de la station spatiale internationale, les astronautes sont incapables de tenir sur leurs jambes et mettent des semaines, sinon des mois à retrouver leur capacité à se déplacer normalement.

Place aux robots

Que feront alors des astronautes se posant sur Mars après un voyage de plusieurs mois dans l’espace ? Seront-ils même capables de se tenir debout, malgré la plus faible gravité ? Dans quel état les retrouverons-nous au retour de leur mission ? Et que se passera-t-il en cas d’accident, sans que nous puissions leur porter le moindre secours ?

En contrepartie, les robots que nous envoyons vers Mars sont de plus en plus sophistiqués, de plus en plus capables de mener à bien des missions d’exploration complexes au profit des scientifiques sur Terre, sans mettre la santé ou la vie de quiconque en danger. Si un robot explose avec sa fusée au décollage, se perd dans l’espace ou s’écrase en tentant de se poser, on en construit un autre et on recommence, voilà tout ! Il est plus difficile de faire preuve d’un tel détachement si des humains sont à bord…

Il y a un dernier enjeu lié à l’exploration martienne dont on parle peu, mais qui constitue une véritable menace pour la planète rouge : la possibilité que l’environnement martien soit un jour contaminé par des micro-organismes terrestres. Il existe un protocole strict (le Traité de l’espace, ratifié par l’Organisation des Nations unies en 1967) auquel sont soumises toutes les nations exploratrices qui lancent des engins vers la Lune ou les planètes. Ce protocole prévoit, entre autres, une stérilisation poussée de tout matériel susceptible d’entrer en contact avec des environnements extraterrestres.

Le danger est loin d’être hypothétique : il existe sur Terre des micro-organismes capables de résister à des températures extrêmes, des environnements de haute pression ou le vide de l’espace, même de réparer leur propre ADN suite à une trop forte exposition à des radiations ionisantes. Certains de ces micro-organismes extrêmophiles ont démontré leur capacité à survivre à des séjours prolongés dans l’espace, aussi longtemps qu’il faut pour un voyage vers Mars. Il serait ironique que l’exploration martienne soit à l’origine d’une contamination biologique qui nous ferait découvrir sur Mars des formes de vie… bien terrestres !

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