L’austérité n’est pas une option

«Les libéraux ont quitté le pouvoir délogés par la Coalition avenir Québec. Y voyons-nous une différence significative dans la gestion de l’État? Bien sûr, la pandémie a pris toute la place depuis le 13 mars 2020. Cependant, les salariés de l’État québécois associés aux services publics sont sans contrat de travail depuis presque un an», écrit l'autrice.
Photo: Getty Images «Les libéraux ont quitté le pouvoir délogés par la Coalition avenir Québec. Y voyons-nous une différence significative dans la gestion de l’État? Bien sûr, la pandémie a pris toute la place depuis le 13 mars 2020. Cependant, les salariés de l’État québécois associés aux services publics sont sans contrat de travail depuis presque un an», écrit l'autrice.

Contrer « un vent de droite qui nous vient de l’Ouest », nous disait étonnamment Lucien Bouchard dans les années 1990. Et si cette droite était maintenant bien établie au cœur de la Belle Province ou, mieux encore, bien ancrée dans la tête des citoyens du Québec comme étant la seule véritable option étatique « responsable » ?

A contrario, ce que la pandémie a révélé au grand jour est la faillite du système néolibéral et de la mondialisation. Le chacun-pour-soi, qu’il soit individuel ou entrepreneurial, ne peut pas contrer ce qu’engendre comme problèmes sociaux et sanitaires la propagation du virus de la COVID-19. Seul l’État national ou plurinational le peut. Nous vivons donc, en temps de crise, le retour du politique reléguant l’économie au second plan. Et cette économie est à repenser à l’aune des principes de base que sont la sécurité des citoyens et la santé (création de vaccins et de médicaments), d’une certaine autonomie alimentaire et d’une meilleure adéquation avec l’environnement. Ce que les temps de crise révèlent est la solidité du système social établi. Raison pour laquelle il serait important de ne pas tomber dans le piège de l’austérité.

De l’État social à l’État partenaire

Que ce soit par la lancinante litanie des partenariats public-privé (PPP) chantée par Monique Jérôme-Forget, par l’abolition de la taxe sur le capital réalisée par Raymond Bachand privant annuellement l’État québécois de 889 millions ou par sa révolution tarifaire (donc, faire payer aux citoyens le manque à gagner) poursuivie dans les années Couillard (CPE, routes, eau, électricité…), que ce soit par l’étonnant trou dans les finances publiques trouvé après le bref passage de Pauline Marois au pouvoir et devant l’urgence de retrouver l’équilibre budgétaire par la rigueur d’un Carlos Leitão (diminution draconienne des dépenses), il ne fallait que les esprits éclairés d’un Gaétan Barrette pour mettre la touche finale à ce coup de barre de l’État social.

Les libéraux ont quitté le pouvoir délogés par la Coalition avenir Québec. Y voyons-nous une différence significative dans la gestion de l’État ? Bien sûr, la pandémie a pris toute la place depuis le 13 mars 2020. Cependant, les salariés de l’État québécois associés aux services publics sont sans contrat de travail depuis presque un an. Si les syndicats avaient proposé, solidairement, le report des négociations dans un avenir propice à ce genre d’exercice, le gouvernement a fait la sourde oreille. Il a beau jeu aujourd’hui de nous chanter les louanges de l’austérité.

Le gouvernement de la CAQ avait fait de l’éducation un enjeu prioritaire de son mandat. Les problèmes en éducation (du primaire à l’université) étaient saillants avant la pandémie : que l’on parle de bâtisses vétustes, de décrochage scolaire, de santé mentale, d’explosion d’élèves aux besoins particuliers, d’alourdissement de la tâche, de clientélisme […] La pandémie a exacerbé ces déboires, ajoutant à la liste déjà longue l’inégalité inhérente à l’enseignement en ligne (connexion aléatoire, motivation et autonomie obligatoires).

Le courage de penser autrement

Réviser le cadre légal budgétaire qui oblige de retrouver l’équilibre à l’intérieur de cinq ans (imposé par les austéritaires), utiliser le Fonds des générations pour faire face aux défis de la génération-COVID, c’est-à-dire miser véritablement sur les services publics (santé physique, santé mentale, éducation, infrastructures, logements, aînés, communautaire…), rendre leur dignité aux travailleurs qui tiennent à bout de bras le Québec et, finalement, faire preuve de courage politique en renversant la tendance à l’austérité par la solidarité, voilà ce qui serait la véritable voie de relance pour le Québec.