L’accès aux garderies subventionnées pour les demandeurs d’asile

«Les enfants des demandeurs d’asile n’ont pas accès aux garderies subventionnées en raison du statut de leurs parents, accès qui leur a été retiré en avril 2018 par les libéraux», écrit l'autrice.
Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse «Les enfants des demandeurs d’asile n’ont pas accès aux garderies subventionnées en raison du statut de leurs parents, accès qui leur a été retiré en avril 2018 par les libéraux», écrit l'autrice.

Au Québec comme partout ailleurs dans le monde, la pandémie de la COVID-19 a été très révélatrice, et a particulièrement mis en lumière les inégalités sociales existantes au sein de notre société.

Dans le cadre de mon emploi, j’ai accompagné des femmes et des familles demanderesses d’asile ici au Canada à travers cette pandémie, et j’ai fait face avec elles aux injustices et aux inégalités qu’elles vivent tous les jours, pandémie ou non. D’autres l’ont fait avant moi, mais il me paraît important de les mettre en lumière en cette période particulière.

J’ai appris à travers mon travail que les enfants des demandeurs d’asile n’ont pas accès aux garderies subventionnées en raison du statut de leurs parents, accès qui leur a été retiré en avril 2018 par les libéraux. Les impacts ? Ils sont nombreux et néfastes, non seulement sur les parents, mais également sur le bon développement de leurs enfants, et sur la société québécoise en général.

En effet, les demandeurs et demanderesses d’asile sont déjà une population extrêmement vulnérable sur plusieurs plans ; isolement social, parcours migratoire traumatique et santé psychologique fragilisée, accès limité aux ressources, conditions socio-économiques précaires, etc. Le fait de ne pas avoir accès aux garderies subventionnées contraint particulièrement les demanderesses d’asile à rester à la maison pour s’occuper de leurs enfants et à vivre de l’aide sociale. Leur bonne intégration au sein de la société québécoise est donc compromise, dans la mesure où elles ne peuvent se trouver un travail, ou bien suivre des cours de français. Dans le même sens, leurs enfants, dont ceux qui sont nés ici, qui ont la citoyenneté canadienne et qui, dans la majorité des cas, vivront au Canada toute leur vie, voient leur bon développement compromis en n’ayant pas accès à des services éducatifs publics et de qualité.

On se retrouve donc avec beaucoup d’enfants qui commencent l’école, parce que oui, ils ont accès à l’école publique et non pas aux garderies subventionnées, avec des retards par rapport aux autres tout-petits, et avec des parents, particulièrement des femmes, qui n’ont pas eu la chance de véritablement s’intégrer au sein de notre société et de participer à l’économie québécoise. Il me semble que cette exclusion est contre-productive et engendre des problèmes que nous aurions pu prévenir. Nous vivons donc collectivement les conséquences de cette décision prise en 2018 par le gouvernement Couillard.

Dans le contexte actuel de COVID-19, il me semble d’autant plus important de tout faire pour travailler à diminuer les écarts et les inégalités existants, et cela commence dès la petite enfance. Pour les enfants des demandeurs et demanderesses d’asile, avoir accès à une garderie représente non seulement un filet de protection important, mais également l’opportunité à laquelle ils ont droit d’être stimulés, de jouer, de socialiser, de bien se préparer à l’école et, ultimement, de bien se développer.

Donnons à ces tout-petits une véritable chance, et toute la société en bénéficiera.

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