Des olympiades à boycotter

Récemment, une coalition de 180 groupes de défense des droits de la personne a réclamé le boycottage des Jeux olympiques d’hiver en Chine en 2022.
Photo: Mark Schiefelbein Associated Press Récemment, une coalition de 180 groupes de défense des droits de la personne a réclamé le boycottage des Jeux olympiques d’hiver en Chine en 2022.

C’est pour les Jeux olympiques de Berlin, en 1936, que le premier boycottage des Jeux eut lieu. Après l’instauration du régime nazi avec son racisme, sa xénophobie et son antisémitisme institutionnel, plusieurs pays demandèrent ce boycottage et organisèrent des jeux de substitution à Barcelone. Quarante-neuf pays et près de 4000 athlètes participèrent aux Jeux de Berlin ; 6000 athlètes de 22 pays s’inscrivirent à ceux de Barcelone, hélas interrompus par le pronunciamiento de Franco le 18 juillet 1936.

Le second boycottage fut celui des Jeux de Montréal en 1976, par 22 nations africaines, protestant contre la présence de la Nouvelle-Zélande, à laquelle ils reprochaient d’avoir envoyé son équipe de rugby à une tournée en Afrique du Sud, pays exclu des Jeux olympiques depuis 1962 à cause de sa politique d’apartheid.

Le troisième boycottage fut celui des Jeux de Moscou, en 1980, par une cinquantaine de nations (dont les États-Unis, la France, l’Angleterre et le Canada) en protestation contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Le boycottage des Jeux olympiques de Los Angeles de 1984, sous de ridicules prétextes, fut en fait la réponse politique de l’Union soviétique et de certainsde ses pays satellites au boycottage des Jeux olympiques de 1980.

Ce qui précède illustre amplement que les Jeux olympiques sont tout aussi politiques que sportifs. Si j’étais méchant, je dirais aussi qu’ils sont chimiques, le vainqueur d’une épreuve étant celui qui est dopé avec une substance que l’on n’est pas encore capable de détecter…

Il y a près d’un an, le lundi 23 mars 2020, Radio-Canada annonçait que le Canada était le premier pays à boycotter les Jeux de Tokyo de 2020, en raison des risques liés à la COVID-19 et, le lendemain, le premier ministre japonais demandait leur report en 2021, ce que le Comité international olympique entérinait aussitôt.

Très récemment, une coalition de 180 groupes de défense des droits de la personne a réclamé le boycottage des Jeux olympiques d’hiver de Beijing en 2022 et, tout aussi rapidement, le Comité olympique canadien a annoncé qu’il avait bel et bien l’intention d’envoyer ses athlètes à ces Jeux. On veut bien boycotter les Jeux parce que l’on a peur pour sa petite santé; par contre, les droits de la personne…

Il est clair qu’une médaille, ne serait-elle que de bronze, est bien plus importante que d’interdire aux Ouïghours d’aller à la mosquée, de se rendre en pèlerinage à La Mecque, de se laisser pousser la barbe, d’avoir un Coran chez eux, et d’enlever des enfants à leurs parents pour les mettre dans des orphelinats où on les éduque selon les normes et les bonnes traditions du Parti communiste chinois.

Il est clair qu’une médaille olympique vaut bien plus que le million de Ouïghours détenus au Xinjiang dans des camps dits de rééducation politique, lieux de sanctions, de torture, de privation de nourriture, de travail forcé, esclavage des temps modernes…

Il est clair qu’un podium, ne serait-il que le troisième, est bien plus important que la stérilisation forcée des femmes ouïghoures par le gouvernement chinois. Pour ne pas parler de Hong Kong, du Tibet, etc.

9 commentaires
  • Robert Bérubé - Abonné 8 février 2021 07 h 14

    Merci pour ce texte éclairant.

    M. Gros d’Aillon, j'aime beaucoup votre sarcasme. Il est aussi vrai que pour notre PM (spécialiste des selfies), il est plus important de bien paraître que d'embêter la communauté internationale et la première puissance. Et pour paraphraser Falardeau, ils sont jamais aussi grands que lorsque nous sommes à genoux.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 février 2021 08 h 52

    L’auteur écrit :

    « Le troisième boycottage fut celui des Jeux de Moscou, en 1980, par une cinquantaine de nations (dont les États-Unis, la France, l’Angleterre et le Canada) en protestation contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan. »

    Selon ce que j’ai lu, les athlètes du Royaume-Uni et de la France sont allés au JO de Moscou, mais sous la bannière olympique. Le Royaume-Uni a envoyé 231 athlètes et la France 125, ce qui n’est pas rien. Mais l’Allemagne de l’Ouest, quant à elle, a boycotté les JO de Moscou.

    Lu dans Wikipédia : « Au Royaume-Uni, le Comité olympique alla à l'encontre du souhait de Margaret Thatcher en décidant d'envoyer une délégation. La France laissa le libre choix au CNOSF et trois fédérations nationales (équitation, voile et tir) boycottèrent les Jeux. De plus, comme d'autres pays occidentaux, la délégation française boycotta la cérémonie d'ouverture. »

    « Nations défilant sous le drapeau olympique : Porto Rico (3) ; Andorre (2) ; Belgique (61) ; Danemark (63) ; Espagne (159) ; France (125) ; Grande-Bretagne (231) ; Irlande (48) ; Italie (163) ; Luxembourg (3) ; Pays-Bas (86) ; Portugal (11) ; Saint-Marin (17) ; Suisse (84) ; Australie (126). »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeux_olympiques_d%27%C3%A9t%C3%A9_de_1980

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 8 février 2021 09 h 05

    J’ai lu dans Wikipédia ce qui suit sur le boycott des JO de Moscou de 1980 :

    « Par ailleurs, 29 pays musulmans s'associent également à ce boycott considérant l'attaque contre l'Afghanistan comme une attaque contre l'Islam. »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Jeux_olympiques_d%27%C3%A9t%C3%A9_de_1980#Boycott_%C3%A0_la_suite_de_l'invasion_sovi%C3%A9tique_en_Afghanistan

    Peut-on répondre à cette question : combien de pays musulmans ont courageusement boycotté les JO de Beijing jusqu’à aujourd’hui, en soutien aux Ouïghours musulmans ? Il ne me semble pas y en avoir beaucoup. La Chine est-elle trop importante économiquement parlant pour que la majorité des pays musulmans puisse se passer d’elle ? Selon toute vraisemblance, le Prophète passe en deuxième, après le Veau d'or.

  • Jean-François Fisicaro - Abonné 8 février 2021 11 h 55

    Je suis tellement convaincu ... que dire de plus ?

    Bonjour François,

    J'apporte mon humble pierre à l'édifice :

    Poursuivons sur cette lancée. Les fameux JO ! Est-ce encore une bonne idée de poursuivre l'idéal olympique de Pierre de Coubertin ? Quand en 1908, il dit que « L’important dans ces olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part », il reprend en fait la maxime d’un évêque anglican de l'époque. Ce n'est donc même pas évident d'en conclure qu'il s'agit de sa propre vision des choses ... mais outre l'identité réelle de l'initiateur de cette idée, il en prendrait probablement pour son rhume s'il avait vu comment s'est décliné l'olympisme depuis 120 ans. Car si on y regarde de plus près, il y a à peu près tout ce qu'on peut imaginer dans l'olympisme moderne, mais pour l'idée d'y trouver le simple plaisir de la participation, on repassera !

    Étant donné que les athlètes du monde peuvent participer à des championnats mondiaux qui durent toute une saison et qui reviennent à chaque année dans toutes les disciplines qui sont présentes aux jeux olympiques des deux saisons concernées, les nations ont déjà une multitude d'occasions de fraterniser universellement, quand ça se peut.

    Vu que la liste ne pourrait pas tenir dans l'espace disponible pour ce commentaire, je n'énumérerai ici pas toutes les exagérations, dérives et scandales qui ont fait "le pain et les jeux" de la chose, mais à la lueur ce qu'on sait maintenant, ça ne fait plus de sens de maintenir un tel évènement. Que ce soit d'un point de vue environnemental, financier et même politique ...

  • Jean-Charles Morin - Inscrit 8 février 2021 13 h 23

    Il appartient aux athlètes seuls de poser un geste de cette nature.

    Le terme "olympiade", présent dans le titre, définit l’intervalle de quatre ans entre la tenue des jeux olympiques. Il est donc impropre de s'en servir dans le présent contexte pour parler des Jeux olympiques comme tels

    Pour un gouvernement, quel qu'il soit, user de son pouvoir arbitraire pour bouder un évènement international en ordonnant à ses ressortissants de ne pas y participer revient à imposer à ces derniers une forme de dictature. Dans le cas des prochains Jeux d'hiver, il revient aux athlètes, à titre individuel, de décider en leur âme et conscience s'ils peuvent se permettre de participer à un tel évènement et leur comité olympique se doit alors de ne pas chercher de quelque manière à les sanctionner pour leur geste.

    Voilà ce qui devrait être fait mais on peut être sûr que cela ne se produira pas. Si cela s'avère, les athlètes qui ne voudront pas se rendre à Pékin en paieront le prix fort. Les intérêts politiques des nations ont toujours pris le pas sur les considérations humanitaires.

    La Chine est en voie de devenir la première puissance mondiale et aucun pays ne peut se permettre de se mettre en travers de son chemin pour le genre de motif qui est invoqué ici, aussi noble puisse-t-il paraître. Personne ne se battra pour qu'un Ouïghour puisse conserver religieusement un exemplaire du Coran chez lui et inculquer à ses enfants les préceptes de l'Islam. Même la communauté musulmane canadienne reste étrangement silencieuse à ce sujet.

    Il serait néanmoins fort curieux de voir les pays occidentaux contraindre leurs athlètes à se retirer des prochains Jeux olympiques pour les raisons qui sont invoquées ici alors que les pays musulmans du Moyen-Orient, d'Asie et d'Afrique n'hésiteront pas une seconde à y envoyer les leurs.

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 8 février 2021 14 h 53

      Le sujet de cette lettre d'idée n'a aucun lien avec un appel au boycott. Par ailleurs, si je vous suis bien, on ne s'en sort pas. Et aucun argument concernant les graves dommages financiers et environnementaux liés à la tenue d'un tel évènement ne trouvent même un peu de mérite à vos yeux. Bon, alors si vous en êtes toujours convaincu et surtout compte tenu des arguments que vous invoquez pour un statuquo, je vous suggère de militer pour que les JO soient renommés pour ce qu'ils sont depuis 120 ans: Les Jeux Politiques d'été et d'hiver.

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 8 février 2021 19 h 39

      "Le sujet de cette lettre d'idée n'a aucun lien avec un appel au boycott. " - Jean-François Fisicaro

      Monsieur Fisicaro, je ne suggère à aucun moment dans ma réplique que l'auteur fait un appel au boycott, même si le titre de sa "lettre d'idées" cultive l'ambiguïté à ce sujet. Peut-être que le titre qui coiffe son texte n'est pas de lui et ne correspond pas à sa pensée. À M. Gros d'Aillon de nous le dire.

      Vous avez raison de me faire dire qu'on ne s'en sort pas. Et j'ajoute qu'on ne s'en sortira pas de sitôt.

      Mais contrairement à ce que vous semblez croire, je ne suis pas en faveur du statu quo. J'aurais plutôt tendance à partager votre avis sur l'abolition pure et simple de ce qui est devenu avec le temps un simple étalage outrancier de boursouflure politique, ce qui de toute manière ne m'intéresse pas.

      Là où je ne vous suis pas, c'est lorsque vous parlez de "graves dommages financiers et environnementaux". Je crois que vous avez là tendance à dramatiser quelque peu. Si un tel évènement pharaonique perdure, c'est qu'en bout de ligne les principaux acteurs en cause y trouvent largement leur compte au« plans politique et économique. Quant à l'aspect environnemental, ce genre d'aménagement n'est pas plus dommageable qu'un projet immobilier de la même ampleur. C'est sans doute d'ailleurs le seul aspect positif de toute cette histoire: une fois les Jeux terminés, les installations olympiques desservent la population et les appartements du Village olympique sont souvent convertis en logements sociaux.

      Pour terminer, votre suggestion de militer pour renommer les Jeux est intéressante mais malheureusement je n'ai pas de temps à perdre à coller partout des étiquettes. De toute manière les politiciens n'ont jamais aimé appeler les choses par leur véritable nom. C'est donc peine perdue; parlez-en à George Orwell...

    • Jean-François Fisicaro - Abonné 8 février 2021 22 h 53

      Tant mieux si vous êtes d'accord pour leur abolition pour vos raisons. Pour ce qui est du changement de nom, on s'entend que c'était dans la ligné de ma compréhension de votre texte ... par ailleurs, c'est vrai que bien des gens (pas seulement les politiciens) n'aiment pas qu'on appelle les choses par leur nom.

      Volet environnement: Je ne réfère pas seulement aux effets locaux de l'évènement. Par exemple par le nombre élevé de personnes qui sont appelées à se déplacer par avion. J'ai été très surpris de voir les données à ce sujet. Par exemple:

      https://www.ecoco2.com/blog/jeux-olympiques-de-pyeongchang-un-bilan-environnemental-encore-mauvais/#:~:text=Les%20%C3%A9missions%20de%20carbone%20li%C3%A9es,devrait%20%C3%AAtre%20compens%C3%A9%20%C3%A0%2084%20%25.