Il faut corriger l’erreur historique de la centralisation gouvernementale

«Le gouvernement du Québec est responsable de notre territoire et il doit être un vecteur favorisant l’occupation et la vitalité de l’ensemble des régions», écrit l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Le gouvernement du Québec est responsable de notre territoire et il doit être un vecteur favorisant l’occupation et la vitalité de l’ensemble des régions», écrit l'auteur.

Lors de son discours inaugural du 27 novembre 2018, le premier ministre du Québec, François Legault, déclarait que, « pour aider les régions à développer leur économie, on va renverser la centralisation qui est à l’œuvre depuis quelques années. On va se donner un plan pour déplacer des postes gouvernementaux en région ». Cet engagement faisait écho à la plateforme électorale des régions adoptée par la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et réclamant « l’adoption d’une politique de déconcentration des activités de l’État pour faire en sorte qu’au moins 5000 emplois soient déconcentrés en région d’ici 5 ans ». La CAQ est au pouvoir depuis deux ans, et nous sommes toujours en attente d’indications sur la façon dont sera réalisé cet engagement.

Le gouvernement du Québec est responsable de notre territoire et il doit être un vecteur favorisant l’occupation et la vitalité de l’ensemble des régions. Or, comme la FQM le souligne depuis plusieurs années, il s’est malheureusement retiré des territoires au cours des dernières décennies, cessant ainsi de jouer son rôle. On ne compte plus les bureaux fermés dans nos municipalités, des ministères ont aboli leurs directions régionales, les effectifs gouvernementaux ont été sans cesse concentrés à Québec, Montréal et, dans une moindre mesure, dans quelques grands centres. Des réformes ont contribué à éloigner davantage l’État de ses citoyens, à diminuer les services de proximité et à priver plusieurs communautés d’emplois bien rémunérés. La tendance est encore observable ces dernières années : la part de la Capitale-Nationale du total des effectifs réguliers du gouvernement continue à croître et est passée de 48,3 % à 49,6 % de 2015 à 2019 (de 24 279 à 26 578 employés).

Pourtant, un État présent sur son territoire, cela se traduit par des programmes et des politiques adaptés au milieu. Des bureaux locaux et des directions régionales fortes signifient une modulation effective de l’action des ministères en fonction de la réalité des milieux. De plus, une présence accrue sur le territoire est une occasion de redonner aux ministères le goût d’adapter leurs politiques et programmes aux régions et aux communautés afin de les rendre plus efficaces et de permettre au gouvernement de mieux atteindre ses objectifs. Le dossier environnemental est un excellent exemple des bénéfices que procurerait la présence de fonctionnaires sur le territoire.

Par ailleurs, le contexte actuel facilite le respect de cet engagement : engouement pour les régions confirmé par les récentes données sur la démographie de l’Institut de la statistique du Québec ; acceptation généralisée du télétravail ; adoption de nouveaux outils performants qui rendent ce projet encore plus crédible et porteur. En somme, la situation actuelle offre une occasion exceptionnelle de réaliser une véritable déconcentration des activités du gouvernement.

Action substantielle

Pour avoir un véritable effet structurant, le gouvernement doit déconcentrer de façon marquée les postes décisionnels et les emplois de professionnels qui ont une incidence véritable sur la gestion des affaires de l’État et la façon dont il livre ses services en région. En fait, cet engagement ne pourra pas se traduire en un exercice factice en pourvoyant simplement des postes opérationnels, souvent déjà prévus par les ministères.

Lors d’une récente rencontre avec la présidente du Conseil du trésor, Mme Sonia LeBel, la FQM a proposé, à titre de porte-parole des régions, des mesures concrètes pour faciliter et mesurer l’action véritable du gouvernement dans ce domaine. Parmi celles-ci, nous lui avons suggéré que la présence, les activités des ministères en région et leur capacité à répondre aux besoins des milieux fassent l’objet d’une reddition de comptes particulière dans le cadre des plans stratégiques des ministères et que cette rubrique figure au Tableau de bord de la performance de ces derniers. Ainsi, les gestionnaires des ministères seraient évalués selon leur capacité à livrer cet important engagement du gouvernement en faveur des régions.

Réaliser la promesse de transférer 5000 emplois gouvernementaux, c’est voir des travailleurs et des travailleuses ainsi que de nouvelles familles s’établir partout dans les communautés, diversifier la démographie et dynamiser les milieux. C’est aussi placer l’État au cœur de ses responsabilités premières, soit celles de servir ses communautés et sa population, d’occuper son territoire et de le développer.

Réaliser les conditions nécessaires à l’attractivité des communautés (Internet haut débit, cellulaire, transport, services publics, etc.), acheter localement et être présent sur le territoire — voilà pour l’État québécois les trois axes d’un plan gagnant pour la relance des régions. Il n’est pas question seulement de survie des territoires, mais également de saisir maintenant une occasion unique de mettre en valeur toutes les ressources des régions et de préserver la diversité régionale qui a toujours fait la force du Québec. C’est agir pour que le Québec de demain soit le Québec de toutes les régions !

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5 commentaires
  • Majella Simard - Abonné 4 février 2021 07 h 15

    Décentraliser: une solution efficace pour mieux occuper le territoire

    Il s’avère effectivement essentiel de mettre en place des mesures structurelles afin de repeupler certaines régions du Québec. La décentralisation est l’une de celles-ci. Les soldes migratoires positifs enregistrés dans certaines MRC des régions périphériques au cours des dernières années sont certes une bonne nouvelle, mais ils sont loin d’inverser les tendances lourdes qui ont prévalu durant des décennies en raison de la dénatalité et du vieillissement de la population. Il est à souhaiter que la stratégie d’aménagement du territoire que le gouvernement du Québec souhaite déployer puisse contribuer à favoriser un meilleur équilibre de la structure de peuplement de la province.

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 4 février 2021 08 h 31

    On s'ennuie de Duplessis....

    Les régions sont victimes de la longue marche des technocrates amorcée depuis la Révolution tranquille.

    On a oublié quelques principes de base qui ont eu cours dans une grande partie de notre histoire, et sans lesquels il n'y aurait pas eu de peuplement et de mise en valeur de notre territoire : subsidiarité, responsabilité, solidarité. Le tout menant au bien commun.

    Ce sont ces principes qui relèvent plus du relationnel que du rationnel, et qui ont prévalues à une autre époque, qui nous ont permis de faire plus avec moins,et que nous devons retrouver.

    Et pourquoi pas, les inscrire dans une Constitution de l'État du Québec.

    On s'ennuie de Duplessis

  • Denis Drapeau - Inscrit 4 février 2021 09 h 22

    Merci pour ce texte très judicieux et positif. Ajoutons simplement qu'une fois les régions redynamisées, elles deviendront plus attractive pour les nouveaux arrivants. Or, les régions sont un bien meilleur facteur d'intégration que ne l'est la région de Montréal.

  • Michel Héroux - Abonné 4 février 2021 09 h 35

    Faites-moi rire

    Jacques Demers évoque une volonté de décentralisation de Québec. Faite-moi rire, mais pas trop : j'ai les lèvres gerçées. Depuis 1608, le gouvernement du Québec (oiu ce qui en tenait lieu à cette époque lointaine) n'a jamais voulu décentraliser son autorité, d'où entre autres l'éternelle rivalité Québec-Montréal. Pire encore, sa volonté de tout centraliser à Québec a été et demeure tellement forte que tout juste en face de Québec, à Lévis, il n'y a pas un seul ministère qui aurait pu y établir son siège social. RIEN. Nada. Pourtant, Ottawa a su s'étendre du côté de Hull (maintenant Gatineau). Je comprends qu'à Québec il y a le fleuve (comme à Ottawa la rivière des Outaouais), mais ça fait plus de cent ans que le pont de Québec existe. Si le gouvernement du Québec a jugé bon de ne rien installer à Lévis, pourquoi le ferait-il pour d'autres villes encore plus éloignées du centre du pouvoir ? Dormez tranquille. Notre permanente, puissante et inamovible bureaucratie provinciale va y voir...

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 4 février 2021 09 h 44

    États Généraux sur la démocratie territoriale.

    Je pense qu'on devrait s'enligner vers la réalisation d'États Généraux sur la démocratie territoriale, décrits dans le livre d'Andrfé Larocque et Roméo Bouchard: Décentralisons-nous! Pour une sortie de crise digne du Québec.Et l'annexe du livre subséquent de Roméo Bouchard: Le rêve de Champlain, de Papineau et de Lévesque Un peuple!, intitulé NOUS PEUPLES DU QUÉBEC, est un " projet de manifeste pour une démocratie et une citoyenneté québécoise" qui coiffe cette entreprise d'un cadre théorique tout à fait pertinent.