Un autre regard sur l’enseignement asynchrone au collégial

«Un cours asynchrone peut être l’occasion de tester toutes sortes de choses qui se prêteraient moins au contexte de la classe», estime l'auteur.
Photo: Fayez Nureldine Agence France-Presse «Un cours asynchrone peut être l’occasion de tester toutes sortes de choses qui se prêteraient moins au contexte de la classe», estime l'auteur.

En lisant l’opinion de mon collègue enseignant Jean-Sébastien Bélanger dans le texte « Méditation sur l’enseignement asynchrone au collégial » (30 janvier 2021), je n’ai pu m’empêcher de sourciller à la réduction mise en avant lorsqu’il mentionne qu’un cours asynchrone ne consiste qu’à « […] mettre en ligne de simples enregistrements » et qu’il indique, de surcroît, que ce mode d’apprentissage participe encore plus au désengagement des étudiants ainsi qu’à leur démotivation (affirmation faite en l’absence de données probantes, comme il le mentionne à la fin de son texte). La critique implicite est que celles et ceux qui enseignent selon ce mode asynchrone ne contribueraient à rien de moins qu’à tuer davantage le cégep (!) parce que la grille horaire et la relation enseignants-étudiants seraient perdues.

En 2015, j’ai suivi un MOOC (Massive Open Online Course) intitulé « Développement durable : enjeux et trajectoires » offert par l’Université Laval. La formule proposée était asynchrone et rythmée à la semaine, le cours se déroulant en plusieurs modules et étant composé de diverses capsules vidéo, d’entrevues avec des experts provenant d’horizons variés, de lectures, etc. C’était ma première expérience avec un cours en ligne et j’ai vraiment été charmé. (Ai-je dit qu’il est gratuit ?) Cependant, je n’ai jamais eu l’idée de comparer ce mode d’apprentissage avec une salle de classe, tout simplement parce que le cours avait été pensé autrement.

Plus qu’un simple enregistrement

C’est ce qu’un cours asynchrone peut être : une autre manière d’aborder l’enseignement. Avec les avantages et les inconvénients que toute méthode comporte. Une séquence de 10 minutes peut prendre parfois de 30 à 60 minutes à réaliser parce qu’il faut souvent réenregistrer pour être clair, dynamique et ne faire aucune faute. Comme dans un cours en classe ou en synchrone, il est possible de bonifier les exemples, d’ajuster ce qui a moins bien fonctionné, de prendre en compte les commentaires des étudiants, de changer les capsules pour que les références suivent l’actualité, de varier les médias en introduisant des reportages, en proposant des références, des ateliers, etc. Personnellement, j’aime également demander à des collègues de participer à des entrevues avec moi pour introduire la plupart de mes cours afin d’exposer mes étudiants à d’autres perspectives.

Il est possible d’exiger que la plage horaire inscrite au cours demeure réservée pour les examens, les rencontres avec le professeur ou encore pour du temps d’étude. Dès la première semaine, nous pouvons engager les étudiants, par exemple en leur permettant de partager leur situation, leurs attentes et appréhensions face à la session, leurs intérêts, pour apprendre à les connaître, etc. Un espace hebdomadaire peut être aménagé pour qu’ils écrivent ce qu’ils ont pensé des éléments abordés dans la semaine courante ; le cours de la semaine subséquente peut alors être ajusté pour faire écho à leurs commentaires. La disponibilité du professeur devient primordiale. Pour ma part, autant que possible je leur propose des vidéoconférences pour les rencontrer. L’interaction n’est évidemment pas la même que lorsqu’un étudiant vient philosopher à mon bureau après un cours, mais elle demeure riche avec plusieurs d’entre eux et d’entre elles. Je peux dire avoir eu des discussions qui ont duré jusqu’à une heure en tête à tête avec des étudiants qui étaient intéressés par divers éléments.

Bref, un cours asynchrone peut être l’occasion de tester toutes sortes de choses qui se prêteraient moins au contexte de la classe. Certes, avoir uniquement des cours asynchrones risquerait d’aliéner les étudiants, mais d’autres ne trouvent pas plus attrayant d’être captifs de leur écran pendant trois heures à raison de sept ou huit cours synchrones par semaine, c’est pourquoi je pense que personne ne souhaite un transfert permanent des cours en classe vers les cours en ligne. Mais dans cette situation temporaire, qu’il y ait une diversité, c’est tant mieux. Cela étant dit, de bonnes comme de mauvaises expériences sont possibles en synchrone tout comme en asynchrone.

S’il y a de bonnes raisons de choisir l’asynchrone, il y a également des contraintes ne permettant pas toujours de donner un cours synchrone sans perturbations ; lorsque mon bébé fait une crise par exemple, le son est suffisamment perturbant dans mon appartement pour que je ne puisse plus me concentrer sur rien d’autre.

Ce qui compte : la passion

Évidemment, mon propos n’est pas de faire l’apologie de l’enseignement à distance par rapport au présentiel. Mais dans un contexte déjà difficile pour tous, on ne peut s’appuyer sur une vision réductrice des cours asynchrones pour faire peser un poids moral supplémentaire sur les épaules des collègues qui pratiquent cette façon de faire.

Les étudiants disent souvent que ce qui compte, c’est de voir la passion des professeurs, et ce, peu importe la matière enseignée… puis de pouvoir partager avec eux et elles. Même si les circonstances ne sont pas des plus favorables, la relation enseignants-étudiants peut également être présente dans un cours asynchrone. Je ne doute pas que mes collègues qui enseignent à leurs étudiants avec passion réussissent à « […] enrichir leur vie, à dynamiser leurs apprentissages, à construire des ponts avec eux… », et ce, qu’ils aient choisi un mode synchrone ou asynchrone.

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