De quels ravages témoigner?

Il est temps que les journalistes accomplissent leur travail comme il se doit, c’est-à-dire sur le terrain, là où les Québécois sont morts par milliers et auprès des personnes qui sont au cœur de l’action et des préoccupations des Québécois.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Il est temps que les journalistes accomplissent leur travail comme il se doit, c’est-à-dire sur le terrain, là où les Québécois sont morts par milliers et auprès des personnes qui sont au cœur de l’action et des préoccupations des Québécois.

Dans une lettre publiée le 26 janvier 2021, les principaux médias généralistes québécois ont demandé conjointement au gouvernement Legault de permettre l’accès aux établissements du réseau de la santé que sont les hôpitaux et les CHSLD. Je salue ce réveil des médias, eux dont le rôle consistait essentiellement, depuis 10 mois, à jouer les porte-voix pour diffuser les annonces et les mesures imposées par le gouvernement ainsi que les statistiques de la Santé publique, et de les commenter, plutôt qu’à jouer leur véritable rôle de gardien de la démocratie.

En interdisant l’accès à ces établissements aux médias, le gouvernement entrave délibérément la liberté de presse, expose le public aux risques d’autocensure des médias (est-ce qu’ils pourraient éviter de critiquer le gouvernement pour espérer en retour la levée de cette interdiction ?) et mine la délicate relation de confiance entre le gouvernement et la population pour des motifs discutables — j’acquiesce à l’argument des médias voulant que les avantages soient supérieurs aux risques. En réponse, pourquoi les médias ne cesseraient-ils pas d’agir comme simple porte-voix du gouvernement ? Après tout, nous ne sommes pas dans un régime totalitaire, comme en Chine ou en Russie.

Il est temps que les journalistes accomplissent leur travail comme il se doit, c’est-à-dire sur le terrain (là où les Québécois sont morts par milliers), de manière rigoureuse et objective auprès des personnes qui sont au cœur de l’action et des préoccupations des Québécois, en faisant preuve d’un esprit critique, en posant les bonnes questions aux bonnes personnes, en rapportant fidèlement la réalité vécue en sol québécois, qu’elle soit bonne ou mauvaise, et que leurs patrons montent au front, comme ils viennent de le faire, pour défendre l’intérêt supérieur de la collectivité et de la démocratie.

Pourquoi le gouvernement refuse-t-il de donner aux journalistes l’accès aux hôpitaux et aux CHSLD, qui fonctionnent et dont le personnel est rémunéré grâce aux taxes et aux impôts qu’il prélève ? Ne devrions-nous pas être en mesure de voir et de savoir exactement ce qui s’y passe, et d’en juger par nous-mêmes ? N’est-ce pas le rôle habituel des médias ? Ce n’est pas un hasard si l’émission De garde 24/7 est devenue la production la plus regardée de Télé-Québec ; elle remplit justement cette mission à merveille. On y voit même des médecins et des infirmières soignant des patients atteints de la COVID-19, comme quoi il est possible pour les médias de faire ce travail de manière sécuritaire.

Cette usurpation de la mission journalistique doit cesser. Ou serait-ce que le gouvernement craint que les journalistes ne témoignent des ravages des mesures d’austérité, de la réforme Barrette et du manque d’amour de nos gouvernements envers notre système public de santé au cours des 20 dernières années ?

8 commentaires
  • Jean-François Fisicaro - Abonné 1 février 2021 07 h 16

    En complément à votre article et tout à fait dans la même veine, revoir la chronique (et son fil) de M. David du 28 janvier :

    https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/594148/les-bonnes-intentions

    • Patrick Provost - Abonné 1 février 2021 14 h 42

      Merci! J'ai bien vu et lu l'article de Michel David! J'ai écrit et soumis mon texte ci-haut aux médias le 27 janvier 2021, et le JdeM l'a publié le jour même (https://www.journaldemontreal.com/2021/01/27/liberte-de-presse-surveillee), et les COOPs de l'information un peu plus tard. Seul Le Devoir a conservé le titre et le texte original dans son intégralité.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 1 février 2021 07 h 56

    Tricher n'est pas jouer tout comme cacher son jeu est un manque de démocratie monsieur Legault!

    Depuis le début de la présence du virus de la Covid, la bévue des masques a mis le feu au poudre chez les citoyens inquiets de ce manque de transparence! Le sanitaire en est même venu à mentir sur le manque d'approvisionnement pour faire passer la pilule politique! Dès lors, les Québécois ont compris que la manipulation entre les deux, santé et politique, n'étaient pas sans risque pour la population, avec en plus un semblant que tout était sous contrôle qui ne passait pas la rampe! Beaucoup y ont cru, l'assurance du PM, renforcée par la présence caculée d'au moins deux autres personnes, le message passait sans se préoccuper des plus pessimistes face aux levers de rideaux, comme au vieux temps des recettes de cuisine à la radio! Bref, ce qui compte c'est le temps présent, de l'engranger comme une réserve-tampon en cas de mauvaises surprises!
    J'ai toujours eu une grande affection pour les journalistes sur les champs de bataille, dont plusieurs y ont perdu la vie! ils étaient mis au courant des risques et des mesures à prendre. Bref, des journalistes d'ici pourraient faire le même travail pour montrer ce qu'il en est exactement des réseaux de communication, des responsabilités de chacun, de l'adéquation du matériel et du personnel! Pour les premiers, on ne montre pas les tortures ni les militaires tomber au combat! Pourquoi le ferait-on dans les hôpitaux et les CHSLD? Ce ne sont pas des paparrazis en quête d'une célébrité!
    Je n'ai pas oublié cette période sombre quand le manque d'effectif, prés de 20 000 personnes, préposés, infirmières, médecins et spécialistes fut dénoncé par le PM! Sur le champ de bataille, des soldats refusent de suivre des officiers qu'ils savent incompétents! En montrant patte blanche, en autorisant les journalistes à pénétrer dans le réseau sanitaire, le gouvernement léverait le doute que de nombreux citoyens pensent avoir de la réalité! Enfin, sortez de cette ornière disgracieuse concernant votre agenda politique qui n'a pas sa place ici!

  • Germain Dallaire - Abonné 1 février 2021 08 h 02

    Un plus un fait deux

    Si le gouvernement ne veut pas que les médias entrent dans les établissements de santé c'est évidemment qu'il a des choses à cacher. La première vague a été honteuse pour le gouvernement comme pour l'ensemble des québécois. S'il y a une chose qu'on peut dire du message gouvernemental au cours de cette deuxième vague, c'est que les pros de la communication sont passés. Une ligne directrice: mettre tout le focus sur la responsabilité de la population. Pendant tout le temps où on se chicane entre nous pour trouver les délinquants, on ne discute pas de ce qui est l'essence de la responsabilité gouvernementale: la qualité des services. N'avez-vous pas remarqué qu'il est plutôt difficile de retracer l'origine des morts. Cette interdiction aux médias d'entrer dans les hôpitaux s'explique tout simplement par la volonté de contrôler le message. Par exemple, les médias s'excitent actuellement sur la question du délestage de services. Au printemps, il y avait 6000 lits réservés pour la Covid, aujourd'hui il y en a 2000. Au printemps, on avait délesté d'emblée par crainte du tsunami. Aujourd'hui, on déleste pratiquement au cas par cas et surtout on s'assure de bien publiciser le tout de façon à culpabiliser la population. Et nos bons médias, en bon pigeons voyageurs qu'ils sont, de répercuter le message. Au printemps, les spécialistes se tournaient les pouces et quand on leur a demandé de venir donner un coup de main aux CHLSD, ils sont honteusement sortis par la porte de derrière. Aujourd'hui, ils sont passés de zéro à héros, ils font les manchettes en déplorant le délestage. Au printemps, le gouvernement nous abreuvait jusqu'à plus soif des anges gardiens, un terme qui pue la mauvaise conscience et la manipulation. Aujourd'hui, il est en négociation depuis plus d'un an avec ses employé(e)s et il se pogne le beigne. Et personne n'en parle. Oui, vraiment, les pros de la communication sont passés par là et il réussissent plutôt bien.

  • Raynald Rouette - Abonné 1 février 2021 09 h 10

    Responsabilités partagées


    Entre les différents paliers de gouvernements, les médias et la population en générale dans le confort et l'indifférence. Pour les médias, il n'y a qu'à faire la genèse de chacune des vingt-cinq dernières années.

    Tant sur le plan politique que financier nous avons fait des choix. Toutes les réponses aux diverses questions étaient et sont déjà disponibles. La requête des médias est plutôt un relent de voyeurisme complètement inutile pour masquer peut-être une certaine complaisance durant toutes ces années. Un simple citoyen est capable d'évaluer la fragilité de notre système de santé et de sa descente aux enfers jusqu'à aujourd'hui.

    Le réveil causé par cette pandémie est brutal, il n'est plus possible de se bluffer d'un côté comme de l'autre...

  • Marcel Vachon - Abonné 1 février 2021 10 h 07

    Pauvres journalistes.

    Trop de journalistes n'ont comme objectif, de chercher la petite bête noire pour justifier leurs explois journalistiques. Plus ça sent mauvais à un endroit, plus il y a de journalistes. Si le gouvernement donnait accès aux journalistes, il y aurait 1,000 journalistes avec caméras, micros, appareils photos dans le pire CHSLD identifié ce jour là et cherchantl'endroit le plus sale de la place. Aucun journaliste ne va là où ça va bien. Vous appelez ça du journalisme?
    Il est facile d'imaginer un lieu où ça va mal par manque de personnel. Comme disait l'autre: "On veut le savoir, on veut pas nécessairement le voir". Bonne journée.

    • Rémi Lesmerises - Abonné 1 février 2021 15 h 35

      Justement, ça mettrait un peu de pression sur les directions d'établissement pour ne pas qu'il y en ait, de ces endroits sales et sans service... Difficile de l'ignorer quand on l'a vu.