Un impôt exceptionnel sur les riches pour rembourser la dette de la COVID-19

«Étant donné que le coût de cette pandémie touche avant tout la classe moyenne et encore plus les plus pauvres, notamment ceux qui ont perdu leur emploi, cet impôt concernerait les plus riches qui utilisent tous les moyens pour s’en protéger, dont les chalets dans les Laurentides», écrit l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne «Étant donné que le coût de cette pandémie touche avant tout la classe moyenne et encore plus les plus pauvres, notamment ceux qui ont perdu leur emploi, cet impôt concernerait les plus riches qui utilisent tous les moyens pour s’en protéger, dont les chalets dans les Laurentides», écrit l'auteur.

Depuis quelque temps, on parle de prélever un impôt exceptionnel en particulier sur les grandes fortunes pour rembourser en partie la dette de la COVID-19. Étant donné que le coût de cette pandémie touche avant tout la classe moyenne et encore plus les plus pauvres, notamment ceux qui ont perdu leur emploi, cet impôt concernerait les plus riches qui utilisent tous les moyens pour s’en protéger, dont les chalets dans les Laurentides.

Puisque, comme vient de l’expliquer le rapport d’Oxfam international, les chiffres montrent que les 1000 individus les plus riches de la planète n’ont eu besoin que de 9 mois pour recouvrer l’ensemble de leurs pertes financières causées par la première année de cette pandémie. Alors qu’il faudra dix ans pour les plus pauvres pour compenser ce qu’ils ont perdu.

Inégalités du sort et difficultés à s’en remettre qui ne font qu’augmenter. Par exemple, le directeur parlementaire canadien du budget a calculé que l’an dernier, 1 % des Canadiens les plus riches détenaient 25,6 % de la richesse totale, soit environ 3000 milliards de dollars sur un total de 11 700 milliards. Et l’on sait qu’au Québec, ces revenus des plus riches ont plus que doublé dans la décennie, alors que ceux des 99 % qui restent n’ont augmenté que de 15 %. Calculée autrement, la part de la richesse accumulée québécoise est passée de 6,8 % en 1982 à 10,5 % en 2014 pour ces plus riches, alors que cette part, pour 50 % de la population, a diminué de 13 % à 10,5 %.

Pas nouveau

À noter que le besoin d’un tel impôt n’est pas nouveau et a été prélevé chez ces grandes fortunes à chaque crise majeure au siècle dernier. Impôt touchant non seulement ces très hauts revenus (salaires, profits, intérêts, dividendes, loyers, etc.), mais aussi les successions.

Comme, après la Première Guerre mondiale, entre 1919 et 1923, avec des impôts frappant jusqu’à 60 % de ces revenus dans la plupart des pays européens, et même 90 % au Japon, notamment sur les actifs financiers, tels les actions ou les biens immobiliers, contre 5 % à 10 % pour les moins riches. Aux États-Unis, cette politique de tels taux exceptionnels d’imposition fut votée en réaction aux immenses fortunes, par exemple, des Rockefeller, des Carnegie ou des J. P. Morgan, issues en partie de comportements illégaux. Le tout pour payer une partie des terribles destructions dues en particulier aux bombardements, du côté européen, et à l’engagement dans la guerre, pour les États-Unis.

L’autre possibilité pour faire face aux dettes de cette pandémie serait de causer, avec le recours de la planche à billets, une forte inflation sinon une hyperinflation. Comme l’a connu l’Allemagne entre 1922 et 1923 avec des prix qui ont augmenté de 100 000 %, de façon à dévaluer la valeur des emprunts à rembourser. Mais les conséquences ont fait que tout le monde payait et que l’économie s’est effondrée, expliquant en grande partie l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, avec ce que l’on sait.

Après la Seconde Guerre mondiale, ce fut la même chose en France avec l’impôt dit de La solidarité nationale, allant jusqu’à 50 % chez les plus riches. De même, l’Allemagne a prélevé un impôt spécial, jusqu’à 60 %, de 1949 à 1952. Pour le Royaume-Uni et les États-Unis, avec le Victory Tax Act de 1942, les taux pour ces riches pouvaient atteindre 70 %, de 1945 à 1960. Et pour ce qui concernait les très riches successions, ils variaient entre 10 % et 40 %. Mais pouvaient atteindre aussi 75 % au moment de la transmission successorale. Impôt provenant aussi de tout le monde, mais de façon très progressive, soit moins de 5 % pour les revenus les plus faibles, pour atteindre graduellement ces maximums. Puisque le nombre restreint des privilégiés n’aurait pas produit des montants suffisants.

De nos jours, avec cet impôt exceptionnel, il faudrait inclure les placements dans les paradis fiscaux. Puisque les accords interpays permettent de connaître les grandes fortunes qui y sont placées. À la condition évidemment que les États mettent leurs culottes. Comme ce fut le cas avec les énormes placements financiers à l’étranger, notamment au Canada, des riches britanniques entre 1920 et 1930, et ensuite de 1945 à 1950, avec des taux d’imposition de 90 % pour les plus importants placements.

Le problème actuellement de ce côté de l’impôt est que c’est le contraire qui se passe, avec une diminution lente, mais constante qui fait que le taux effectif maximum (fédéral et provincial) sur les revenus, y compris les cotisations à l’assurance chômage, est à son plus bas depuis un quart de siècle.

Bref, si l’on ne fait rien du côté des plus riches, il faut s’attendre dans les trois prochaines années à des impôts de plus en plus élevés pour tous afin de rembourser les énormes dettes fédérales et provinciales de plus de 350 milliards. Ce qui ne fera qu’augmenter l’écart entre les riches et les pauvres, comme aux États-Unis actuellement. Augmentation qui a tendance à ralentir l’économie, puisqu’une partie grandissante des revenus des grandes entreprises et des plus riches se retrouvent dans des placements spéculatifs, comme on le voit maintenant avec la hausse continue des loyers. Il faut donc intensifier les discussions sur la meilleure méthode pour mettre en place cet impôt exceptionnel. Seule façon de rétablir une meilleure justice par rapport à cette pandémie.

6 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 28 janvier 2021 11 h 24

    Nos gouvernements doivent réglementer et taxer des GAFAMs de ce monde, si l'on veut éviter les dérives qui ont produit les crises économiques de 1929 et de 2008.

    Je favorise plutôt un réajustement de l'imposition fiscale permanente chez les riches et les GAFAM de ce monde, au lieu d'une taxe temporaire ou exceptionnelle.
    Après la Deuxième Guerre mondiale, le président Roosevelt avait le courage d'augmenter les taxes sur les plus riches à 70%. Eisenhower a augmenté les impôts pour les riches à titre de 90% dans les années 1950, ce qui a permis une relance économique inégalée et une période de prospérité pour la classe moyenne que l'on a appelée «les trente glorieuses».
    Nos gouvernements doivent réglementer la cupidité des riches qui s'apparente à un puits sans fond. Le laissez-faire que nos gouvernements pratiquent depuis les années 1980s est propice à engendrer les dérives boursières qui ont produit les deux crises économiques survenues en 1929 et en 2008.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 28 janvier 2021 13 h 44

    «Étant donné que le coût de cette pandémie touche avant tout la classe moyenne et les pauvres…» (l'Auteur)



    … Seuls ces derniers devraient être imposés …

    • Serge Pelletier - Abonné 28 janvier 2021 19 h 30

      HIHIHI...

  • Marc Sauvageau - Inscrit 28 janvier 2021 15 h 01

    La construction d'un mythe : «(...) l’économie s’est effondrée, expliquant en grande partie l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, avec ce que l’on sait. »

    Ce texte est construit sur de la pensée magique. Même en vampirisant tous les Canadiens riches, la dette diminuerait à peine de quelques points de pourcentage. Il vaut mieux, comme disent les économistes, laisser rouler la dette.

    Quant à l'explication de l'hyperinflation allemande de 1923, elle est farfelue. Première remarque, l'auteur semble avoir oublié qu'entre 1923 et 1933, l'arrivée de Hitler au pouvoir, le pays avait été plongé dans la déflation par suite du krach 1929 et au terme de trois années d'austérité budgétaire orchestrée par le Chancelier Heinrich Brüning.

    Suite au traité de Versailles, l'Allemagne devait rembourser sa dette soit en lingots d'or (qu'elle ne possédait pas) soit en matières premières et certains produits transformés. L'Allemagne était donc dans la situation où elle devait acheter son or, ou elle devait acheter la production nationale pour la remettre à l'étranger. Comme la seconde situation n'apportait pas d'or, les industriels allemands étaient ainsi forcés d'acheter de l'or pour payer toute leur importation de matières premières. Tout ceci a mené à la dévaluation du nouveau Mark allemand et à l'augmentation des prix.

    Si dans une première période, la dette avait été plutôt libellée en un montant fixe de Marks allemands par an (par opposition à un montant fixe d'or) et que cela avait entraîné un certain degré d'inflation qui aurait conduit à la dévaluation de 50 % de la valeur du Mark allemand. Dans une deuxième période, l'Allemagne n'aurait pas eu à dépenser un Mark de plus pour respecter ses obligations, car le passif est un montant nominal fixe (et donc, ses dépenses déficitaires à des fins de réparation par rapport au PIB nominal diminueraient simplement en raison de l'inflation !) Donc pas de spirale, pas d'hyperinflation, pas de crise.

    • Serge Pelletier - Abonné 28 janvier 2021 19 h 46

      M. Sauvageau, M. Julien n'est pas dans la pensée magique. Il en est fort loin. De plus, M. Julien n'écrit pas et aucunement que relevé uniquement les impôts pour les gens riches élimerait la dette, loin de là, même les gens à petits revenus ont payer plus d'impôts...
      Ce que M. Julien omet d'écrire se porte sur le fait que le gouverment central de Washington a simultanément "cassé" les monopoles par une loi anti-trust... À titre d'exemple la Aluminium Company of Canada y doit sa création, les pétrolières Esso et clique aussi, les services téléphoniques, Etc. Malheureusement, cette loi anti-trust est maintenant cuduque... Et les gros sont maintenant "bouffés" par les plus gros...

  • Gilbert Talbot - Inscrit 29 janvier 2021 11 h 17

    L'inégalité source de tous nos problèmes

    La source principale des problèmes qui nous affectent, y compris le Covid 19, c'est l'inagalité pas seulement en terme financier: inégalité en santé dans l'accès aux services et dans les traitements. Inégalité en éducation autant dans l'accès aux études que dans la formation elle-même. Et je pourrais énumérer ainsi tous Les domaines de la vie èconomique, culturelle ou politique. Tant que nos gouvernants seront au service des plus riches, la situation ne fera qu'empirer: Les plus riches seront de plus en plus riches et en meilleure santé jusqu'à ce que des catastrophes de plus en plus graves n'y mettent fin abruptement. Il faut que nos gouvernements servent le peuple, sinon c'est la planète entière qui va s'effondrer sous les escréments des plus riches.