Le changement identitaire de l’Impact de Montréal, un changement politique

«En attirant des vedettes internationales et en participant à des compétitions mondiales, l’Impact pouvait prétendre à projeter et à faire rayonner dans le monde non seulement Montréal, mais l’ensemble du Québec», note l'auteur.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «En attirant des vedettes internationales et en participant à des compétitions mondiales, l’Impact pouvait prétendre à projeter et à faire rayonner dans le monde non seulement Montréal, mais l’ensemble du Québec», note l'auteur.

Comme je l’ai déjà écrit en ces pages, le sport est un phénomène éminemment politique. Le sport amateur et le sport professionnel plus que la pratique individuelle du sport, et encore. Or, au Québec, et en Amérique du Nord en général, la finalité politique du sport est très peu étudiée, analysée et documentée, comme s’il n’y avait pas d’interpénétrations entre sport et politique. Il n’en est évidemment rien. Bien au contraire. Le changement identitaire de l’Impact de Montréal, devenu depuis la semaine dernière le Club de foot Montréal, offre une occasion de plus pour réfléchir et discuter du phénomène alors que deux visions politiques s’affrontent.

Les raisons fournies par la haute direction de l’équipe pour justifier cette transformation soudaine sont essentiellement les suivantes. Premièrement, le club a atteint « l’impact » voulu avec le nom et la philosophie qu’il incarnait en matière de démocratisation et de participation du soccer à Montréal et au Québec. Deuxièmement, le club souhaite être plus représentatif de la Ville de Montréal, de son histoire ainsi que de sa diversité culturelle. Troisièmement, l’équipe désire se projeter à l’international avec une identité plus susceptible de recruter des partisans hors des frontières du Québec. La question qu’on peut dès lors se poser est celle-ci : en quoi la marque et l’identité de l’Impact de Montréal telles qu’on les connaissait jusqu’à tout récemment étaient-elles un obstacle à l’atteinte de ces objectifs ? Le changement apporté laisse croire que l’identité et la marque précédentes posaient problème.

Depuis 1992, les couleurs du club étaient le bleu, le blanc et le noir, avec une nette prédominance pour le bleu. À partir de 2002, la fleur de lys est devenue partie intégrante du logo. En 2012, quand l’Impact a rejoint la Major League Soccer (MLS), l’équipe a expliqué l’utilisation du bleu en tant que référence au drapeau national et de la fleur de lys, « emblème officiel du Québec », comme une représentation du « caractère francophone unique de la province ». Nul doute que, par ses couleurs et son emblème, l’Impact de Montréal de 2012 voulait se présenter comme le club de soccer de la ville de Montréal et de l’ensemble des Québécois. En attirant des vedettes internationales et en participant à des compétitions mondiales, l’Impact pouvait prétendre à projeter et à faire rayonner dans le monde non seulement Montréal, mais l’ensemble du Québec. L’équipe avait, me semble-t-il, jeté les bases d’un projet collectif reprenant ainsi à sa façon l’esprit de l’interculturalisme québécois, au sein duquel la nation québécoise et la langue française sont les socles.

Force est d’admettre que l’opération identitaire présentée le 14 janvier dernier marque l’échec de ce projet collectif. En plus de faire table rase de l’histoire de l’équipe, la direction a choisi de mettre au rancart l’essentiel des référents au Québec pour se recentrer sur Montréal et s’aligner sur le discours de la ville « ouverte, multiculturelle et inclusive », « multilingue » et « fondée par cinq peuples ». Cette trame narrative adoptée depuis quelques années par la Ville de Montréal est, en plus d’être simpliste, critiquée et discutable, très calquée sur le discours de la politique canadienne du multiculturalisme. Notons au passage que, lors de leurs présentations, les dirigeants de l’équipe avaient des interprétations parfois surprenantes et discutables de certains faits politiques et historiques, sans compter la qualité très moyenne du français par rapport à une surutilisation de l’anglais.

Qu’on me comprenne bien : il n’y a aucun mal, et c’est même tout à l’honneur d’une équipe de sport, à vouloir refléter la pluralité sociale de sa ville et de son territoire d’attache. Mon but n’est pas non plus de nier ou de contester le caractère multiculturel de Montréal. C’est un fait et ne pas le reconnaître ou le critiquer serait l’équivalent de vouloir nier le courant des marées. Il est cependant fondamental de distinguer le caractère multiculturel d’une communauté comme celle de Montréal de la politique canadienne du multiculturalisme, un projet de construction nationale mis en place par Trudeau père pour, entre autres, contrecarrer le mouvement indépendantiste québécois. Cette politique, qui fait de l’identité canadienne une identité multiple d’expression essentiellement anglaise, s’est notamment révélée à travers le temps être un vecteur d’atomisation sociale. L’adoption du flocon de neige comme emblème, dans son unicité et son particularisme, représente d’ailleurs bien cette vision. Il s’agit de choix politiques que les dirigeants du club ont choisi d’assumer pour des raisons qui leur appartiennent. Certains se reconnaîtront sans doute dans ce projet. D’autres non.

Au-delà de l’aspect politique de la chose, je note que tous les partisans déçus qui se sont exprimés depuis jeudi dernier avaient leurs raisons d’aimer l’Impact et d’en être fiers. Et ce, il faut le souligner, malgré les nombreux cafouillages des dirigeants et ratés du club au cours des dernières années. Était-il nécessaire de jeter le bébé avec l’eau du bain, d’adopter un nom sans saveur et un logo (presque) sans couleur ? Je ne le crois pas. La mise en place d’une équipe gagnante intégrant talents locaux et internationaux aurait d’emblée permis de faire d’une pierre trois coups. D’autres objectifs semblent donc avoir motivé le changement identitaire. Espérons néanmoins que l’équipe saura s’imposer le plus tôt possible sur le terrain. Les sceptiques seront alors peut-être confondus.

7 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 21 janvier 2021 10 h 49

    Multiculturalisme, où ça?

    "Mon but n’est pas non plus de nier ou de contester le caractère multiculturel de Montréal."

    En fait vous devriez, M. Houle. En tout cas, le multiculturalisme à la Torontoise n'a pas sa place à Montréal-avec-un-accent.

    Toronto est "organisée" en ghettos barrés de l'extérieur, ce qui en fait la ville la plus multiculturelle, au sens de raciste, au Canada. Comme plusieurs villes américaines.

    Montréal n'a pas de ghettos mais des quartiers où se regroupent des immigrants à leur l'arrivée, puis essaiment de loin en loin selon la hausse de revenus et la disponibilité de logements.
    Ailleurs ils ne sont pas vus comme "déplacés" ou "bizarres", contrairement à Toronto où les strates culturelles marquent encore plus que les strates économiques.

    Le multiculturalisme est une forme d'autorisation du racisme.
    Le Libéralisme a prouvé hors de tout doute raisonnable que sa protection des droits individuels n'empêche en rien le racisme, au contraire! Il en est né de l'abstration des cultures, grave tare.

    Il existe un seul ghetto à Montréal. Il a nom West-Island, muré de l'intérieur. D'où, on peut dire que le vrai ghetto est le ROM, le "Rest Of Montreal".

    À Montréal se vit quelque chose qui ressemble à cet "interculturalisme", non idiot calqué sur l'autre, pour dire qu'il y a toujours une place de plus à table en autant qu'on veuille bien s'y asseoir.
    C'est ce qui se vit à ras du sol évidemment! Nos institutions dépendent beaucoup trop de la "pensée" Libérale pour y ressembler.

    Malheureusement, la division souhaitée par le multiculturalisme, imposée par le haut depuis 40 ans, commence à causer de graves ravages. Un racisme en partie copié de celui des américains, tout fait de fausse grandeur et de clinquant, se trouve à germer en réaction à l’implantation forcée de la pensée moraliste et Trudeauesque.

    Je vous prie donc d'éviter ce terme en ce qui concerne Montréal.

  • François Beaulne - Abonné 21 janvier 2021 12 h 02

    La désillusion du sport profesionnel

    Vous avez tout à fait raison de vous interroger sur ce qui motive ce changement de cap de la part de la direction de l'Impact. Pour être depuis mon enfance un fan de football (soccer au Canada et aux U.S), j'étais de ceux qui ont célébré la naissance de l'Impact et son identification à la spécificité du Québec, entre autre en raison du lessivage d'identité du club de hockey <Les Canadiens> de Montréal, jadis la fierté et le lieu de ralliement des Québécois, notamment des francophones qui y voyaient évoluer leurs idoles du moment, dont Maurice Richard, Jean Béliveau et toutes les autres étoiles qui ont fait notre fierté dans ce sport.
    Où sont aujourd'hui les Québécois ou les franco-canadiens dans cette équipe? On les compte sur les doigts d'une main.
    Oui, il se passe quelque chose d'étrange dans le sport professionnel au Québec, et les préoccupations que vous soulevez devraient être davantage discutées parmi les fans et les autorités gouvernementales impliquées.

  • Christian Roy - Abonné 21 janvier 2021 14 h 00

    Ça marchera à une condition...

    Que le "Club de foot Montréal" ne soit pas un "Club de Pieds",

  • Gilles Théberge - Abonné 21 janvier 2021 15 h 24

    D'avoir confié la transformation de l'équipe de L'impact de Montréal à, «flocon de neige», ça me laisse pantois, muet.

    C'est sùr que des fleur de lys sur les chandails, ça choque les pauvres yeux des petit lapins de, Westmount !

    On continue de dépouiller les Québécois. Et les Québécois se laissent manger la laine sur le dos...

  • Alain Lavallée - Inscrit 22 janvier 2021 14 h 36

    Changement politique et multiculturalisme: OUI

    Analyse très intéressante et pertinente du changement identitaire de l'Impact.

    L'auteur décèle avec justesse que le nouveau logo reprend «une trame narrative simpliste, critiquée et discutable», «très calquée sur le discours de la politique canadienne du multiculturalisme».

    Il faut souligner que l'un des 2 "creative strategist" qui ont conçu cette nouvelle identité est Jacob Kingsley, qui indique fièrement sur son CV qu'il a travaillé au cabinet du Premier Ministre Paul Martin, à titre de secrétaire de presse. Alors aucun doute qu'il maîtrise fort bien tous les codes de la politique canadienne de multiculturalisme et qu'il sait comment les appliquer.