Faire face aux migrations climatiques

Une jeune femme se promenant dans un camp de personnes déplacées à Beledweyne, en Somalie, après que des pluies massives — phénomène de plus en plus fréquent avec le réchauffement climatique — eurent inondé de grandes aires du pays en décembre 2019.
Photo: Luis Tato Agence France-Presse Une jeune femme se promenant dans un camp de personnes déplacées à Beledweyne, en Somalie, après que des pluies massives — phénomène de plus en plus fréquent avec le réchauffement climatique — eurent inondé de grandes aires du pays en décembre 2019.

Alors que nous assistons à une augmentation fulgurante des catastrophes climatiques, les États enregistrent un nombre grandissant de mouvements de population. Il suffit de regarder les vagues de personnes migrantes ayant déferlé sur l’Europe en 2015 ou l’afflux de migrants venus d’Amérique latine à la frontière canado-américaine en 2018 pour en mesurer l’ampleur.

La dégradation de l’environnement ainsi que les phénomènes climatiques extrêmes ne sont pas étrangers à ces mouvements de population. En effet, alors que de nombreux pays d’Asie et États insulaires voient le niveau de la mer monter de façon inquiétante, plusieurs pays d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient font quant à eux face à une désertification grandissante, rendant impraticable l’agriculture comme mode de subsistance. Les pays d’Amérique latine affichent eux aussi une grande vulnérabilité aux phénomènes climatiques extrêmes, affectant les conditions de vie des habitants.

Avec l’intensification à venir des changements climatiques, les flux migratoires subiront la même tendance, forçant de nombreux États à gérer l’afflux de migrants sur leur territoire. Jusqu’à présent relativement épargnés, le Canada et le Québec ne feront pas exception à cette réalité. Déjà, on assiste aux déplacements de plus en plus nombreux de personnes issues des Premières Nations vers des villes du sud du pays en raison des changements climatiques.

Une hausse marquée d’ici 2050

Dans ce contexte, comment s’adapter en tant que pays appelé à accueillir ces personnes migrantes ? Faisons d’abord un survol de la situation.

Les experts estiment que des millions, voire jusqu’à un milliard d’êtres humains pourraient migrer en raison des changements climatiques d’ici 2050. En 2018, 17,2 millions de nouvelles migrations internes ont été dénombrées à la suite de catastrophes naturelles, relève l’Organisation internationale pour les migrants. Cela représente environ deux migrations internes sur trois. Au Canada, les personnes issues des Premières Nations étaient affectées de façon disproportionnée, représentant 78 % des personnes migrantes canadiennes.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte paru dans la revue À bâbord !, décembre 2020, no 86.

Pas de consensus sur les termes

Réfugiés. Exilés. Migrants. Voilà des termes souvent utilisés comme des synonymes pour définir les personnes qui quittent leur milieu de vie. Pourtant, ces termes renvoient à des réalités bien différentes.

Le terme réfugié est tiré de la Convention relative au statut des réfugiés, dite Convention de Genève, adoptée en 1951. Il désigne toute personne « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut, ou du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ». Plus général, le terme migrant désigne quant à lui « toute personne qui quitte son lieu de résidence habituelle pour s’établir à titre temporaire ou permanent et pour diverses raisons, soit dans une autre région à l’intérieur d’un même pays, soit dans un autre pays, franchissant ainsi une frontière internationale ».

Si plusieurs sont tentés d’utiliser le terme réfugié pour définir les personnes qui quittent leur milieu de vie en raison des changements climatiques, cette utilisation est erronée. En effet, les changements climatiques n’apparaissent pas comme un motif de persécution comme l’entend le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. De plus, la notion de réfugié renvoie aux déplacements interfrontaliers de population, alors que les migrations climatiques ont actuellement tendance à être des déplacements internes.

Cette inéquation entre la Convention de Genève et la situation des migrants climatiques soulève un enjeu de taille, soit l’absence de protection qui leur est offerte. Aucun outil juridique ne protège actuellement les droits de ces individus, alors en proie à des situations d’injustice et de non-respect de leurs droits fondamentaux.

Devoir éthique et vision d’avenir

Un grand paradoxe entoure les changements climatiques : les États ayant généré le plus d’émissions de gaz à effet de serre pour assurer leur développement ne sont généralement pas ceux qui seront les plus directement touchés par les effets des changements climatiques. Dans ce contexte, il est du devoir des gouvernements de mettre en place les mesures pour assurer une migration sûre et sécuritaire.

En l’absence d’une réponse coordonnée et adaptée facilitant les migrations volontaires, les conséquences peuvent être importantes. Urbanisation croissante, pression sur les infrastructures, conflits, dégradation de l’environnement sont quelques risques que courent les pays appelés à recevoir les personnes migrantes dans le contexte de déplacements forcés.

Si l’avenir ne laisse présager aucun répit quant à l’afflux de migrants climatiques, il est impératif que les gouvernements soient saisis de la question afin d’agir de façon responsable et solidaire pour faciliter les migrations volontaires et réduire les migrations forcées liées aux changements climatiques.

Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ? Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.

6 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 19 janvier 2021 04 h 41

    Climat pluvieux

    Ouais mais les migrations vers l'Europe ont à voir avec les pluies de métal. Il n'y a rien qui encourage à migrer comme d'avoir sa maison et sa ville dévastées par les obus.

    • Cyril Dionne - Abonné 19 janvier 2021 09 h 54

      C’est bien plus que cela M. Lamarche.

      Bon. Si les autochtones quittent les réserves, vous savez, ces prisons à ciel ouvert, ce n’est pas à cause des changements climatiques. Pardieu, lorsqu’on pense qu’on a tout entendu. Non seulement les logements sont souvent déplorables sur les réserves, l’eau courante n’est souvent pas disponible tout en vivant dans des coins reculés sur des terrains très petits et pollués, ayant aucun avenir professionnel ou éducationnel pour les populations qui sont plongées plus souvent qu’autrement, dans la consommation de drogues de toutes sortes et la violence conjugale. Et on nous parle de leurs déplacements vers le sud à cause des changements climatiques. Oui, misère.

      Non, non et non. La raison principale des migrations est l’aspect économique. En fait, on doit parler de migrants économiques qui ne sont pas couvert par la Convention de Genève. Pourtant, cette convention de l’après la 2e guerre mondiale, il en pleuvait des réfugiés économiques qui vivaient dans bien plus pires conditions que ceux que l’on voit aujourd’hui traverser les frontières illégalement avec leur téléphone intelligent dernier cri, chemin de Roxham oblige.

      Nous ne sommes pas la conscience du monde. Le problème le plus pressant sur la planète est la surpopulation. Et on continu à faire l’autruche et faire des diversions pour ne pas aborder le sujet. Vous savez, les migrants économiques veulent venir dans les pays du nord pour consommer comme nous. Ceci n’a rien à voir les changements climatiques et les révolutions industrielles qui ont sorti plus de 98% des populations de la misère noire.

      Comme le disait si bien Nicolas Sarkozy : « À l’immigration subie, on choisie l’immigration choisie ». Amen.

    • Serge Lamarche - Abonné 19 janvier 2021 16 h 10

      Je parle des migrations vers l'Europe venant des pays dévastés par la guerre en Iraq et ses succédannés. Quand ISIS s'est formé, la destruction s'est amplifiée. C'est le sujet de l'article. Même chose en Afrique. Les troubles guerriers sont la cause première des migrations et les migrants ne sont pas à blâmer. Rien à voir avec les autochtones.

  • Pierre Rousseau - Abonné 19 janvier 2021 08 h 31

    Migrations autochtones

    S'il est vrai que bien des Autochtones migrent vers le sud et vers les villes ce n'est généralement pas pour des raisons climatiques mais plutôt pour améliorer leur situation qui demeure précaire au Nord avec les politiques colonialistes des gouvernements. J'ai vécu assez en milieu autochtone dans l'Arctique pour savoir que les gens partent souvent à reculons et fuient des conditions de vie intenables. Leur lot quotidien c'est de vivre dans des maisons surpeuplées alors que le manque de logements est criant depuis des décennies, souvent sans eau potable. Il y a aussi le manque d'emplois car les emplois reliés aux ressources naturelles (surtout les mines) vont surtout à des gens de l'extérieur et les redevances s'en vont aux gouvernements du sud.

    Tous les Inuits que j'ai connus et qui ont migré au sud l'ont fait par besoin économique, jamais pour des questions climatiques, bien au contraire. En effet, plusieurs manquent tellement leur territoire ancestral qu'ils y retournent assez rapidement. Ceux qui restent au sud manquent non seulement leur territoire, leur climat, leur nourriture traditionnelle mais aussi, évidemment, leurs familles, leur cuture et leur langue. Même si l'Arctique est plus touché par les changements climatiques, ce n'est certainement pas la raison des migrations vers le sud, loin de là.

  • André Savard - Abonné 19 janvier 2021 10 h 00

    plus de réalisme

    Cet article semble ignorer que l'appartenance à des climats, des origines, des langues, des religions et des passés départagent les peuples et que les faire vivre sur un même territoire est suicidaire. Au lieu de paver la voie à des conflits et à des effondrements généralisés, il faut aider ces peuples à rester où ils sont. Cela ne doit pas se faire cependant sans condition. Les régions les plus visés souffrent d'une explosion démographique insoutenable. Une nombreuse famille y tient de pension de vieillesse. Il faut donc que les gouvernements y créent un soutien au troisième âge en priorité.

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 19 janvier 2021 11 h 31

    9 millions

    En prendre 9 millions au Québec- il y a tant de place!- qui parlent anglais ou autre langue que le Français, ce serait super empathique mais suicidaire pour le Peuple québécois et la langue française. Lla compassion pour soi doit équilibrer celle pour les lautres. Et arrêtons-les dont ces changements climatiques!