Interrogations quant à un projet de condos place Émilie-Gamelin

«La Direction de l’aménagement urbain et de la mobilité de l’arrondissement de Ville-Marie estime que les bâtiments de deux étages situés dans la rue Sainte-Catherine Est présentent peu d’intérêt patrimonial», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir «La Direction de l’aménagement urbain et de la mobilité de l’arrondissement de Ville-Marie estime que les bâtiments de deux étages situés dans la rue Sainte-Catherine Est présentent peu d’intérêt patrimonial», affirme l'auteur.

Dans son article publié le 13 janvier, Jeanne Corriveau nous apprend l’existence d’un projet de tours de condos après la démolition de cinq bâtiments devant la place Émilie-Gamelin à Montréal. Cette place est le point de rassemblement de nombreuses manifestations démocratiques, mais aussi un nœud de transport avec la station Berri-UQAM et la gare d’autocars de Montréal qui, avec plusieurs autres institutions publiques et privées importantes, font ou ont fait de cet espace un haut lieu de la vie sociale montréalaise. J’ai notamment en tête Bibliothèque et Archives nationales, l’hôtel des Gouverneurs, la Place Dupuis, les magasins Twigg musique et Archambault, l’Université du Québec à Montréal, le cégep du Vieux Montréal, le Da Giovanni ou le bar L’Escalier qui a dû fermer récemment. Il s’agit aussi d’une porte d’entrée dans le Village.

On peut facilement dire que les lieux ont vu les gens et les hivers défiler depuis qu’Émilie Gamelin y a transformé une maison en hospice. C’était en 1843.

Nous voilà en 2020, en plein cœur d’une pandémie qui, en plus de mettre à genoux nos commerçants sur le court terme, semble être, pour le long terme, instigatrice (ou accélératrice ?) d’une imposante transformation de l’espace urbain. Le centre-ville voit les tours de bureaux se vider et les promoteurs immobiliers s’arrachent les vieux bâtiments qui logent des organismes culturels montréalais (ou leurs cadavres). Si certains se croyaient encore à l’abri de l’effet Toronto ou Vancouver avec l’envolée des prix, il est temps d’ouvrir les yeux, car ce n’est assurément pas le cas. Ce projet de tours de condos devant la place Émilie-Gamelin vient s’ajouter à la liste d’exemples qui le prouve.

Bien entendu, le logement, c’est essentiel, mais le logement ne se limite pas à des condos d’une certaine valeur. Le logement étudiant ou encore le logement social, qui auraient un intérêt géographique dans ce cas précis, sont aussi essentiels.

De son côté, la Direction de l’aménagement urbain et de la mobilité de l’arrondissement de Ville-Marie estime que les bâtiments de deux étages situés dans la rue Sainte-Catherine Est présentent peu d’intérêt patrimonial. Je ne suis pas en mesure de formuler un avis éclairé sur ces bâtiments en particulier, mais il me semble que la définition de « patrimoine » est assez restreinte à Montréal.

Il n’y a pas d’inquiétude à avoir pour les bâtiments du Vieux-Port, qui ont la chance de constituer un riche patrimoine en plus d’être prisés des touristes, qui renflouent les coffres de la Ville en temps normal. Mais le patrimoine bâti sort amplement des limites de la zone touristique. Il est évident qu’on ne pourra pas sauver systématiquement chaque bâtiment en péril, cela n’aurait aucun intérêt de toute façon. Il faut garder les pieds sur terre, mais il est difficile de rester insensible devant ces transformations de l’espace urbain qui ont tendance à mettre de côté nos concitoyens les plus fragiles. La crise actuelle ne fait que renforcer ce problème qui existe depuis longtemps déjà.

Il faudra donc redoubler de vigilance si nous souhaitons que Montréal garde une partie de son âme et reste un espace de vie accessible pour tout le monde à la sortie de la crise. C’est aussi le seul moyen de s’assurer qu’elle garde son énergie et la couleur qui la distingue des autres métropoles sur ce bout de continent.

J’ose espérer que le Da Giovanni pourra réellement revenir sur les lieux comme prévu si le projet va de l’avant, mais permettez-moi d’en douter. Apparemment, les finances de l’établissement vont mal, selon le même article, et la pandémie n’arrange pas les choses.

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