Lettres : Qu'est devenu l'idéal premier de Radio-Canada?

Je désire exprimer ma plus vive impatience au sujet de la résolution de fermer la chaîne Radio 100,7, le principal, sinon l'unique, média culturel radiophonique et francophone de qualité en ce pays.

Qu'est devenu, je vous prie, l'idéal premier de Radio-Canada, cette radio-télévision d'État vouée à la culture et à l'identité canadiennes? On n'y entend et n'y voit que des continuités savonnées bien nettes ou lavées à la bière, où ronronnent de puissants moteurs de conditionnement d'un peuple réduit à s'accrocher au petit écran, dont la survie est assurée grâce aux sornettes et aux sports propres à occuper ses loisirs.

Or, la chaîne Radio 100,7, mise à part sa bavarde compagne, la «première» chaîne, nous réserve le repos total contre toute hégémonie mercantile. Elle est la prodigue de notre culture, musique matinale classique dès 6 heures jusqu'à 11 heures, accompagnée de bulletins succincts des actualités de ce monde; Aux arts et cetera, émission aux quatre vents culturels, le concert d'après-midi et le jazz à l'heure du dîner, le concert du soir à 20 heures, jusqu'à l'opéra du samedi, événements de tous les temps radiophoniques reliés aux grandes chaînes de la francophonie internationale; parfois même, tard le soir, pour les seuls esprits curieux, un accompagnement de lecture littéraire ou philosophique. Tout y est permis en matière de curiosité culturelle, musicale, ethnologique, philosophique. En somme, la fine pointe de l'ouverture sur la nouveauté, sur le pur néant de nous-mêmes livré à sa rêverie poétique. Voilà ce que Radio-Canada (Ottawa?) veut fermer et transformer en musak des bien-pensants...

Certes, cette chaîne ne répond peut-être qu'à 5 % de l'auditoire de la CBC/R-C, comme on l'appelait autrefois... Enfin, cette identité trop francophone, entendue dans un large rayon pancanadien, on décide de la supprimer. Alors que la consoeur culturelle anglophone demeure, la subversive francophone doit disparaître... Voilà un chapitre de plus ajouté au livre noir du fédéralisme canadien. Les électeurs sauront comment on les traite lorsqu'il s'agit de l'identité francophone.