CHOI-FM: un assaut inacceptable

Le 13 juillet 2004, la liberté d'expression a subi un assaut sans précédent.

Que Charles Dalfen et Andrée Wylie, entre autres membres du CRTC, ont été pris en flagrant délit à se sustenter à l'auge de Pierre Karl Péladeau représente certes un scandale, mais il y a bien pire, selon moi. Il réside non seulement dans le sans-gêne indécent avec lequel ils l'ont fait, mais aussi dans la légitimité inébranlable qu'ils se sont attribuée, malgré tout, pour rendre sur CHOI-FM un jugement aussi inique que suspect et digne de tous les soupçons.

C'est un signe de corruption profondément ancrée qui ne craint plus les représailles — ne représenteraient-elles qu'une vulgaire gifle, sans plus, de toute façon; les profits amassés surpassant outrageusement l'insignifiante marque fugace laissée par la claque.

Que quelques petits commissaires qui doivent leurs fonctions à de vulgaires nominations politiques, et non à des compétences reconnues, traitent de sujets aussi complexes que ceux relevant de la Charte canadienne des droits et libertés représente un irrespect sans borne des principes émanant de l'état de droit — base de notre système démocratique — et doit être perçu comme une violation inacceptable de la démocratie et aussi comme une tentative de jeter des bases limitatives, par ceux qui contrôlent ou tentent de contrôler davantage ce qui les dérange, d'une nouvelle définition des droits et libertés.

En ayant bafoué toutes les règles qu'exige un État de droit, comme fondements de notre démocratie, ils viennent, ni plus ni moins, de prendre la clôture et de la déplacer de plusieurs mètres à l'intérieur de notre propriété. Si nous nous satisfaisions d'un espace très précis et restreint à l'intérieur même de notre terrain, c'est évident que, tant que cette clôture n'entravera pas notre liberté de jouir de l'espace limité dans lequel nous nous sommes toujours complu, aucune nécessité ne nous forcera à défendre ce lopin de terre. Ce faisant, de facto, et en vertu des délais de prescription, nous nous verrions retirer tout un pan de notre liberté qui finirait, inéluctablement, par être irrécupérable.

Il se peut bien que, pour certaines personnes, le bout de terre que le CRTC vient de nous spolier n'eût aucune utilité. Mais, pour les enfants à qui nous léguerons cette propriété, sera-t-il préjudiciable, sous prétexte de son inutilité pour nous, que cette terre fût amputée d'une substantielle partie? Qui nous dit qu'ils n'en profiteraient pas? Qui nous dit qu'ils ne la rendraient pas fertile? Qui nous dit qu'ils n'en feraient pas un îlot de paix? Qu'est-ce qui nous permet de croire qu'ils ne seraient pas, tout simplement, plus compétents que nous...

Nous sommes tous responsables de nos actions, mais nous sommes tous, aussi, responsables de notre inaction. La bataille pour la liberté d'expression et le droit à la radio divergente prend son envol aujourd'hui, et c'est ce qu'on peut faire ressortir de positif dans ces malheureux événements.

Si nous cédons sans nous battre âprement, nous ne méritons pas cette liberté qui est nôtre et nous mériterons alors que l'ignominie soit notre accablement éternel. Si, par contre, nous sommes de toutes les batailles, et elles seront pénibles et difficiles, nous pourrons toujours garder la tête haute, quoi qu'il advienne.

Si, par ce coup de force, le CRTC réussit, sans rencontrer trop de résistance, à fermer la radio la plus écoutée d'une région, imaginez ce à quoi les politiciens auront recours lorsqu'ils seront certains de ne pas mériter les critiques, les attaques et les questions difficiles — celles-ci représentant, pour eux, des empêcheurs de tourner en rond, des contretemps.

La loi de causalité doit être au centre de notre réflexion: ou bien nous nous organisons, ou bien nous nous faisons organiser. Tout le reste n'est que vaines palabres. Il est maintenant temps de passer à l'action et de mettre notre grain de sable dans l'engrenage de cette Matrice.

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