Revaloriser les proches aidants

La solitude et l’ennui, que le gouvernement ne semble pas vouloir combattre, font des ravages aussi importants que le virus chez les jeunes et les personnes âgées, affirme l'auteur.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La solitude et l’ennui, que le gouvernement ne semble pas vouloir combattre, font des ravages aussi importants que le virus chez les jeunes et les personnes âgées, affirme l'auteur.

D’entrée de jeu, mon propos ne vise pas à remettre en question le couvre-feu décrété par le gouvernement. Toutefois, il est révoltant de constater que les chiens bénéficient de droits qui visent à améliorer leur qualité de vie que nos aînés n’ont pas.

En effet, la ministre des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a limité les visites des proches d’une personne confinée dans un CHSLD à une par période de 24 heures et leur interdit de sortir du stationnement de leur établissement pour voir autre chose que les murs de la chambre dans laquelle elles sont confinées depuis plus de 10 mois. De leur côté, les chiens ont le droit de sortir à un kilomètre de leur résidence, avec en prime un proche aidant pour les accompagner, et on peut se questionner sur les fondements scientifiques qui justifient cette exception. Pour ma part, je n’ai jamais vu un chien attendre un kilomètre pour faire ses besoins.

Pendant ce temps, combien de personnes âgées sont condamnées à faire leurs besoins dans une couche faute d’avoir quelqu’un pour les accompagner aux toilettes qui se trouvent à quelques mètres de leur chambre ?

En fait, mon propos va au-delà d’une simple histoire d’excréments. Ce qui est en jeu devant ces incohérences, ce sont les mesures mises en place et l’apport des proches aidants dans la qualité de vie d’une personne âgée, qu’elle soit dans un CHSLD ou ailleurs. Pendant cette guerre, nous avons deux ennemis à vaincre : le virus d’un côté, combattu par une armée de microbiologistes et de professionnels de la santé, et de l’autre, la solitude et l’ennui, que le gouvernement ne semble pas vouloir combattre, qui font des ravages aussi importants que le virus chez les jeunes et les personnes âgées.

Humaniser les soins

L’armée contre la détresse et l’ennui, constituée par les proches aidants, est laissée de côté par nos gouvernements. Pourtant, avant la pandémie, cette armée était efficace et évitait des coûts substantiels devant être assumés par l’État québécois. Mais la culture actuelle des établissements les exclut au moindre problème. À preuve, le discours stratégique de messieurs Legault, Dubé et Arruda ne comprend pas les mots « proches aidants ». Celui de la ministre Blais est pareil. Elle utilise les mots « gestionnaires » et « responsables des milieux de vie » pour leur demander de multiplier les efforts pour garder le contact avec les aînés, et lorsqu’elle utilise le terme « proches aidants », c’est pour diminuer leur présence auprès de leurs parents.

Selon des estimations du Vérificateur général du Québec datant de 2001, les proches aidants feraient économiser de 4 à 5 milliards de dollars au système de santé québécois chaque année. En limitant l’accès des proches aidants au milieu de vie des personnes âgées, on prive ces dernières de services qu’elles recevaient avant la pandémie pour l’équivalent de cette somme.

Après cette guerre, nous aurons à soigner tous ceux qui auront survécu à la COVID et dont la solitude et l’ennui auront tué l’esprit, créant ainsi des cohortes de « zombies » qui déambuleront dans les corridors des CHSLD et des RPA.

Deuxième vague

La deuxième vague est semblable à la première. Le système craque de partout avec ceux qui contractent la COVID-19. Les comités d’experts sont formés uniquement d’épidémiologistes, et l’expertise des gériatres, des psychologues et des travailleurs sociaux est mise de côté. Les gouvernements sont incapables de gérer la présence des proches aidants dans leurs établissements, et ils choisissent de restreindre leur accès et de laisser nos parents dans leur solitude et leur ennui. Lorsqu’il est question des proches aidants, nous faisons face à un problème de gestion, pas de santé publique.

Il serait grand temps que nos décideurs et experts scientifiques tiennent compte de la première recommandation de la protectrice du citoyen dans son analyse de la première vague, qui indique qu’il faut « centrer les soins et les services en CHSLD sur les besoins des usagères et des usagers en misant sur l’humanisation des soins et la valorisation des personnes proches aidantes ».

3 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 13 janvier 2021 11 h 16

    Une société civilisée s'occupe d'abord de ses citoyens les plus vulnérables.

    En effet, nos gouvernements parlent des deux côtés de la bouche. D'un côté, ils prétendent aimer les vieux, et de l'autre ils les délaissent croupir dans les mouroirs que l'on appelle les CHSLD. Les problèmes dans ces maisons de repos à long terme sont connus depuis longtemps, mais les gouvernements successifs ont choisi de les négliger. Il fallait rémunérer comme il faut les infirmières et les préposés qui font un travail très difficile et très ardu aux seines de ces maisons, un travail que personne ne veut faire.
    C'est honteux et scandaleux de traiter les vieux qui ont contribué de bâtir le Québec moderne avec un tel mépris.

  • Louise Melançon - Abonnée 13 janvier 2021 11 h 40

    La gestion du risque...

    Je suis d'accord avec cette opinion. Ce que le gouvernement avec les autorités de santé publique ont essayé de réaliser pour les écoles, et même des usines, etc...c'est la gestion des risques, plutôt que des interdictions "carrées".... Mais pourquoi ne réussisent-ils pas à en faire autant avec les "proche-aidants" au bénéfice des personnes âgées dans les CHSLD? Vouloir les préserver d'une maladie qui peut être mortelle en oubliant le support nécessaire pour continuer de vivre...ce n'est pas une bonne gestion des risques dans ce cas...

  • Françoise Crassard - Abonnée 13 janvier 2021 12 h 02

    Comparaison douteuse

    Par contre la comparaison entre vieilles personnes et chien est mal choisie. La sortie sanitaire de Pitou ne rentre pas dans un objectif de qualité de vie mais est simplement un besoin (sans mauvais jeu de mots) naturel incontournable. Ceci dit le gouvernement a quand même tenu compte des préjudices causés par le confinement sévère du printemps en autorisant la présence d'un proche aidant cette fois-ci.