Jeunes adultes encore oubliés?

Si la priorité de François Legault est que les jeunes puissent aller à l’école, pourquoi les étudiants du cégep et de l’université doivent-ils apprendre par eux-mêmes dans leur chambre? s'interroge l'auteur.
Photo: Ina Fassbender Agence France-Presse Si la priorité de François Legault est que les jeunes puissent aller à l’école, pourquoi les étudiants du cégep et de l’université doivent-ils apprendre par eux-mêmes dans leur chambre? s'interroge l'auteur.

Lettre adressée au premier ministre François Legault.

J’ai écouté votre point de presse du mercredi 6 janvier avec beaucoup d’attention et même avec un peu de nervosité. Vous annoncez un « électrochoc » afin de tenter (encore une fois) de réduire la propagation du virus. Je salue votre courage de prendre ces décisions sans doute très difficiles.

Vous annoncez que les services de garde, les écoles primaires, les écoles secondaires, les épiceries, les pharmacies, les entreprises manufacturières, les stations de ski et les dépanneurs vont rester ouverts. Vous avez même confirmé que les Canadiens de Montréal pourront disputer leurs matchs comme prévu. Vous avez également assuré que les itinérants auront un lieu pour être à l’intérieur et en sécurité durant la période du couvre-feu, de 20 h à 5 h. Je suis très content que nous puissions prendre soin de ces gens.

Par contre, je trouve qu’il y a une catégorie qui a brillé par son absence dans cette conférence de presse fort attendue par plusieurs. Vous avez annoncé que les écoles primaires et secondaires demeureront ouvertes, au grand soulagement de plusieurs parents, j’imagine. Je vous cite : « On doit ça à nos jeunes ! »

Je suis bien d’accord avec vous sur ce point. Vous nous devez bien cela. Je suis moi-même soulagé que nos jeunes puissent retourner à l’école. Mais voyez-vous, j’ai 24 ans, je suis allé au cégep et je suis étudiant à la maîtrise maintenant. Je me considère comme un jeune adulte. J’ai de la misère à saisir votre définition de « jeune ». Est-ce qu’on est jeune seulement lorsqu’on est à l’école primaire et secondaire ? Je ne le crois pas. Je suis un adulte, certes, mais un jeune adulte. Pourtant, en vous écoutant bien attentivement, rivé à mon écran, je ne me suis pas senti interpellé par votre déclaration « On doit ça à nos jeunes ». Or, je crois que vous nous devez ça à nous aussi, les jeunes du cégep et de l’université.

Comme vous l’avez répété maintes fois, votre priorité est que les jeunes puissent aller à l’école. Je suis d’accord avec vous. Pourquoi, alors, les étudiants du cégep et de l’université ne peuvent-ils pas aller à l’école eux aussi ? Bien sûr, nous porterions le masque dans les aires communes et jusque dans nos classes, assis sur nos chaises. Puis, nous retournerions à notre domicile dès que le cours serait terminé. Je suis convaincu que nous suivrions ces consignes à la lettre, parce que nous rêvons depuis longtemps de retourner à l’école. Nous sommes la génération de demain. Je suis persuadé que des milliers de jeunes adultes veulent contribuer à la construction du Québec de demain, mais pour ce faire nous voulons aller à l’école.

Je vais même plus loin, car votre silence m’a fait beaucoup réfléchir : quelle est la valeur de l’enseignement supérieur au Québec ? Quel message envoie-t-on à nos futurs étudiants s’ils savent qu’ils vont devoir apprendre par eux-mêmes dans leur chambre ? Je préfère ne pas répondre, parce que cela m’inquiète.

Alors, je souhaite m’adresser à tous les étudiants du cégep et de l’université qui s’apprêtent à vivre une deuxième rentrée virtuelle. Je veux vous dire que vous êtes résilients, forts, déterminés et très motivés. Je pense à vous chaque jour, parce que nous allons tous vivre et apprendre à distance encore une fois pendant la session d’hiver. J’ai l’espoir que les « beaux jours » sont devant nous et que nous aurons une vraie session à l’automne prochain. Soyons solidaires et aidons-nous à traverser cette période difficile.

Je pense à vous.

10 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 8 janvier 2021 09 h 01

    « Le corps grandit en prenant de la taille. L'esprit grandit en perdant de la hauteur » - Christian Bobin

    Bon. Il y en a encore qui n’ont pas reçu le tweet, le courriel, l’instagram, le texto et ainsi de suite. Des études postsecondaires se font très facilement virtuellement à moins d’être dans un secteur très pointu des connaissances et des compétences et même encore là. Nous n’en sommes plus à l’ancienne école de Dewey entre quatre murs physiques. Nous entamons la 4e révolution industrielle de l’informatique, de la robotique intelligente et de l’intelligence artificielle. Nous n’en sommes plus à la deuxième révolution industrielle du développement de l'automobile et de la chimie grâce à l'utilisation axée du pétrole. Vraiment pas.

    À 24 ans, on est plus un enfant, mais bien un adulte. On agit en tant que tel. Oui, il y a des gens qui meurent présentement résultant de cette pandémie et ce ne sont pas les jeunes adultes. Cela, il ne faudrait jamais l'oublié.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 8 janvier 2021 18 h 31

      À M.Dionne,
      Ici je suis d'accord avec vous, quand je parle de jeune, je parle de jeune en développement, ceux qui ont des chances de décrocher au secondaire ou ceux au primaire qui cumuleront des retard important qui les démotiveront plus tard et les mèneront au décrochage.
      Je suis une décrocheuse, je sais de quoi je parle, quand tu manque le bateau à une certaine âge, il ne revient pas, et encore j'ai eu de la chance.
      Bien du mal à croire qu'un homme sensé comme vous et enseignant ne soyez pas de mon avis, surtout au primaire.

      À l'auteur,
      Enfin à 24 ans, à la maîtrise en plus, vous avez ce qu'il faut jeune homme pour finir votre maitrise, vous ne me ferez pas pleurer. Vous êtes un adulte, même plus un jeune adulte.

    • Cyril Dionne - Abonné 8 janvier 2021 22 h 24

      J'ai enseigné à plusieurs décrocheurs Mme Geoffrion et ce sont surtout causes extérieures à l'école qui les font quitter. Pardieu, plusieurs sont extrêmement intelligents et c'est là que l'institution scolaire et la société en générale sans oublier la maison qui manquent à leur rôle de guider et d’encadrer les apprenants.

      Je sais que les enfants du primaire vont accuser des retards avec cette pandémie. Ce qui est appris, doit être vérifié et validé en utilisant d'autres formes de pédagogie pour s'assurer qu'ils ont vraiment compris. Les plus forts et surtout ceux qui sont bien encadrés vont s'en sortir. J’ai enseigné à un enfant de 10 ans qui avait passé 5 ans en Afrique du Sud et il était revenu au Canada (Ontario) avec sa mère. Il accusait un retard de deux ans de scolarité au début en septembre. À la fin de l’année, il avait rattrapé la classe et faisait parti de ceux qui avaient réussi leur année scolaire.

      Mais pour ceux qui accusaient des retards pédagogiques à priori de la pandémie, ce sera une autre paire de manches. Idem pour ceux qui ont des difficultés d'apprentissage et qui valorisent la dyade (enseignant – élève) comme forme d'enseignement.

      Mais il n'est jamais trop tard pour apprendre. En fait, tout est disponible sur le Net pour ceux qui sont intéressés de chercher et d'apprendre.

  • Bernard Dutilly - Abonné 8 janvier 2021 09 h 20

    Jeunes adultes oubliés

    Très bien dit Félix Bhérer-Magnan,
    L'éducation étant une des missions prioritaires du gouvernement caquiste, je ne comprends pas pourquoi les CEGEP et universités ne fonctionnent pas avec des mesures sanitaires semblables que celles appliquées au niveau primaire et secondaire. Les actions ne semblent pas suivre les paroles.
    Peut-être serait-ce à cause de la proportion d’étudiants étrangers qui occupent le réseau post secondaire ????? Seule la ministre ou le premier ministre peuvent répondre à cette question.

  • Benoit Genest - Abonné 8 janvier 2021 10 h 47

    Un texte pleurnichard

    Vous êtes donc étudiant aux cycles supérieurs et vous demandez qu'on rouvre un des principaux lieux de contamination, nommément les universités? Et ce, au moment même où les contaminations sont au sommet, au point où les médecins, faute de ressources, commencent à faire des choix tragiques.

    Ça commence bien!

    Vous nous demandez donc d’ajouter une nouvelle couche de risques (parce que c’est ce qui se produit lorsqu’on rouvre les universités qui concentrent énormément d’interactions humaines) et pourquoi au juste? Parce qu'on devine que vous ne tolérez pas les cours numériques.

    Peut-on parler de «first world problem»?

    Cher monsieur, nous sommes tous affectés par cette crise. N’allez pas croire pour autant que les problèmes d’un étudiant de 24 ans doivent avoir préséance sur la sécurité des plus vulnérables, même s’il s’identifie lui-même comme à peine plus mature qu’un adolescent: «est-ce qu’on est jeune seulement lorsqu’on est à l’école primaire et secondaire ? Je ne le crois pas. Je suis un adulte, certes, mais un jeune adulte». Il faut le faire!

  • Pierre Bernier - Abonné 8 janvier 2021 11 h 54

    24 ans ?

    À l'évidence, et ce depuis la nuit des temps, chaque génération a à régler les problème de son temps.

  • Raynald Richer - Abonné 8 janvier 2021 12 h 41

    Remarquables oubliés


    Depuis le début de la pandémie, lors des points de presse des gouvernements il n’est pratiquement jamais question des cégeps ou des universités. Les gouvernements et les journalistes discutent d’à peu près tous les secteurs de la société sauf de celui de l’éducation supérieure.

    Hier, des centaines de milliers d’étudiants, d’enseignants et d’employés de ces paliers d’éducation n’ont pas reçu la moindre indication sur ce qui allait se passer pour eux.

    Plusieurs questions restent sans réponses, par exemple : est-ce que la cote R va être comptabilisée ? Sinon comment va-t-on sélectionner les étudiants pour les programmes contingentés? Évaluation en ligne vs évaluation en présence? Atteinte réelle des compétences ? Situation familiale et organisation inégales entre les étudiants ? Etc.

    Devant l’indifférence médiatique et gouvernementale, on a l’impression que donner ou suivre des cours en ligne est quelque chose de banal pour les étudiants et les profs du niveau postsecondaire durant cette pandémie.

    Je sais bien que quelques-uns se vanteront d’avoir fait leurs études à distance tout en affirmant que toutes sortes de lieux communs pour justifier leur « mépris » envers ceux qui ont de la difficulté. À ceux-là, je répondrais simplement qu’il y a une différence entre choisir volontairement une situation claire et stable à 25 ans et être contraint dans une situation incertaine et changeante à 17 ans. Qu’il y a une différence entre des activités d’apprentissages planifiés de longue date et des activités d’apprentissages improvisés dans un contexte d’urgence et dans un cadre changeant avec des équipements plus ou moins adaptés .